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Trop dangereux, le contraceptif hormonal pour hommes?

On vient d'apprendre que des essais cliniques du contraceptif hormonal pour hommes ont été interrompus en raison d'effets indésirables. Notre chroniqueuse Marianne Prairie se demande si les femmes ne se font pas avoir quand il est question de contraception.

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Groupe, j’ai besoin de votre aide. Je me questionne à propos des résultats d’un essai clinique d’une injection hormonale qui bloque temporairement la production de spermatozoïdes. Dans un article paru à la fin du mois d’octobre dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, on apprend que cette méthode contraceptive est efficace à 96 %, mais que les tests ont été interrompus à cause d’un taux d’effets indésirables trop élevés chez les participants.

En effet, parmi les désagréments les plus souvent observés, il y a la dépression, les problèmes d’humeur, les douleurs musculaires, l’acné et une libido accrue. Sur les 320 hommes âgés de 18 à 45 ans qui ont pris part à cette étude, 20 volontaires ont abandonné en cours de route, car ils étaient trop incommodés par les injections d’hormones. Toutefois, selon les chercheurs, 39 % de tous les malaises rapportés pendant l’essai clinique n’avaient aucun lien avec la prise du médicament.

Photo: iStock

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Je comprends le besoin d’avoir des méthodes de contraception sécuritaires et diversifiées pour les hommes. Parce qu’à part le condom et la vasectomie… Un entre-deux serait apprécié, non? Je trouve que la responsabilité de la contraception pourrait être plus équitablement partagée dans les couples. D’ailleurs, plus des trois quarts des participants à l’étude souhaitaient utiliser cette méthode de contraception à la fin de l’essai. Mais ce ne sera pas pour tout de suite, semble-t-il, car ce médicament ne satisfait pas les standards pharmaceutiques.

Je comprends tout ça. Mais il y a aussi plein d’autres choses que je ne comprends pas :

  • C’est moi qui hallucine ou les effets indésirables expérimentés par les participants sont les mêmes que ceux décrits par une foule de femmes qui prennent des anovulants ou portent un stérilet hormonal en ce moment même?
  • Est-on en présence de « l’effet secondaire d’homme », un concept semblable à « la grippe d’homme »?
  • Pourquoi a-t-on arrêté les essais cliniques pour retourner améliorer ces médicaments pour messieurs en laboratoire, mais qu’on continue de prescrire ceux pour dames malgré des risques connus d’embolie pulmonaire, d’AVC ou de thrombose?
  • Comment se fait-il que les effets indésirables des contraceptifs oraux pour femmes me paraissent plus dangereux que la pire chose qui soit arrivée pendant les tests des injections hormonales pour hommes, soit ne pas retrouver sa pleine fertilité une fois le traitement arrêté?
  • Quel était le standard pharmaceutique lorsque les femmes ont testé la pilule contraceptive au cours des essais cliniques des dernières décennies?
  • Est-ce que les hommes participant à l’étude ont été ridiculisés et infantilisés à cause de leurs sautes d’humeur provoquées par les hormones?
  • Pourquoi la première étude de fond établissant des liens entre la dépression et la pilule contraceptive vient tout juste d’être publiée, il y a à peine un mois?
  • Pourquoi les malaises physiques des hommes sont-ils pris plus au sérieux que ceux des femmes?
  • Pourquoi cette nouvelle me donne-t-elle l’impression qu’on se fait solidement avoir, en tant que femmes?

C’est à n’y rien comprendre. Vous avez des réponses pour moi?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prairie est la co-directrice de l’ouvrage collectif Je suis féministe, le livre (les éditions du remue-ménage)