Santé

Accouchement: les femmes méritent mieux

Une femme couchée sur le dos, les pieds dans les étriers, hurlant de douleur devant un médecin qui lui dit de pousser. C’est l’image qu’on se fait en général d’un accouchement normal. Pour Marie-Hélène Lahaye, juriste et autrice française, ayant donné naissance naturellement deux fois, ces accouchements médicalisés entraîneraient des complications évitables. Dans son livre «Accouchement: les femmes méritent mieux», elle remet en question les pratiques obstétricales actuelles.

Photo: Carlo Navarro/Unsplash

Sur quelles données fondez-vous votre réflexion?

Sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), entre autres. Depuis plus de 20 ans et en se basant sur une littérature scientifique abondante, ses experts estiment qu’il faudrait laisser accoucher naturellement celles dont les grossesses ne sont pas «à risque». Ça implique de se passer des interventions inutiles, comme l’injection d’ocytocine – une hormone synthétique qui accélère les contractions et augmente leur puissance –, le déclenchement, les touchers vaginaux à répétition et le monitoring fœtal constant, car elles nuisent au processus physiologique normal et peuvent mener à une césarienne, ce qu’il faut éviter.

Pourquoi?

La césarienne sauve des vies, mais elle présente un risque beaucoup plus élevé pour la santé de la mère et de l’enfant qu’un accouchement par voie vaginale. Le taux de mortalité maternelle est trois fois plus élevé, ce n’est pas rien. On doit par conséquent faire en sorte de ne pas se rendre là, autant que possible. L’OMS est claire: au-delà de 10% à 15% d’accouchements par césarienne, il n’y a pas de bienfaits. C’est-à-dire que, au-delà de cette proportion qui correspond à peu près au nombre de grossesses à risque, les césariennes ne sauvent pas plus de vies et sont donc évitables. [NDLR: Au Québec, le taux de césarienne est présentement autour de 25%, alors qu’il était de 18,5% en 2000.]

Quel lien peut-on établir entre les interventions en cours d’accouchement et la probabilité de césarienne?

Toute intervention peut déclencher une cascade. Par exemple, la péridurale oblige les femmes à rester couchées puisqu’elles ne sentent plus leurs jambes. Cette position peut nuire à la progression du travail et conduire à une injection d’ocytocine pour l’accélérer. Comme cette hormone augmente la force et la fréquence des contractions, elle peut mener à de la détresse fœtale et à une césarienne d’urgence. Mais même les gestes simples comme les touchers vaginaux fréquents peuvent perturber le déroulement normal de l’accouchement.

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De quelle façon?

Ils peuvent bloquer la production naturelle des hormones qui régulent les contractions et ralentir celles-ci. C’est un peu comme si on se faisait interrompre à plusieurs reprises pendant qu’on fait l’amour avec notre partenaire pour vérifier si nos organes fonctionnent bien.

N’est-ce pas un peu rétrograde de prôner un retour aux accouchements sans intervention médicale?

On m’accuse souvent de souhaiter que les femmes donnent naissance à leur enfant dans la douleur ou de nier les bienfaits de la médecine, mais ce n’est pas le cas. Au contraire. Je me fie à la science, à l’OMS. C’est loin d’une théorie du complot basée sur des sources obscures. Ce qui m’étonne, c’est surtout qu’il y ait encore des obstétriciens qui ne suivent pas ces recommandations. Dans quel autre domaine tolère-t-on que des professionnels ne mettent pas en application les meilleures pratiques?

Plusieurs d’entre nous se sentent pourtant plus en sécurité d’accoucher à l’hôpital, entourées de professionnels.

C’est qu’on oublie qu’il s’agit d’un processus naturel, pas d’une maladie. Notre corps sait enfanter. C’est un réflexe. Il n’a pas besoin d’aide pour y parvenir, sauf dans de rares cas plus risqués. C’est pour cette raison que de nombreux pays tendent aujourd’hui vers la démédicalisation. Au Royaume-Uni, la plus haute autorité de santé encourage toutes les femmes ayant une grossesse normale à accoucher à leur domicile ou dans une maison de naissance plutôt qu’à l’hôpital.

Comment croyez-vous qu’on pourrait arriver à réduire le nombre d’interventions médicales et à rejoindre les recommandations de l’OMS?

On doit certainement informer davantage les femmes sur le déroulement d’un accouchement afin de les rassurer sur leurs capacités. Mais il faut aussi que les médecins soient mieux formés sur l’accouchement physiologique normal, pas seulement sur les pathologies. Et qu’ils acceptent de remettre en question leurs façons de faire.

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