Santé

Damnés maux de tête !

Ils touchent tout le monde un jour ou l’autre. Certains, comme les migraines, peuvent être insupportables. Pourquoi a-t-on mal à la tête ? Que peut-on faire pour se soulager ? Faisons le point.

Ça commence toujours comme une petite brume douloureuse, juste derrière les yeux. Puis, lentement, une pression m’enserre le crâne, un peu à la façon d’un bandeau. Une douleur sourde, mais tenace. À ce moment-là, je sais que j’en ai pour des heures, parfois des jours. Le bon vieux mal de tête vient de frapper encore une fois…

Les maux de tête – ou céphalées – font partie de la condition humaine depuis la nuit des temps. Pour les soulager, les Égyptiens plaçaient sur la tête du malade une statuette représentant un crocodile qui avait pour tâche de dévorer le mal. Les Incas y allaient de façon plus musclée : ils perçaient un trou dans le crâne du patient pour laisser sortir les démons.

Des milliers d’années plus tard, la cause des maux de tête demeure nébuleuse. Seulement 1 % d’entre eux signalent un problème de santé : une tumeur, un AVC, un traumatisme ou une infection. Les 99 % qui restent sont appelés « céphalées primaires » parce qu’ils ne sont le symptôme d’aucune maladie. La céphalée de tension et la migraine appartiennent à cette catégorie.

Le mal de tête ordinaire
On appelle « céphalée de tension » le mal de tête ordinaire qui afflige le commun des mortels. Rares sont les gens qui n’en ont jamais souffert. Il frappe cependant les femmes de façon plus régulière que les hommes : 88 % contre 69 %. Étrangement, c’est le mal de tête le moins bien connu des spécialistes. C’est que peu de gens consultent pour ce problème. Tout et n’importe quoi peuvent le provoquer : stress, fatigue, abus d’alcool, le fait de sauter des repas… Selon les études, il peut durer de 30 minutes à sept jours.

Dans ce type de céphalées, la douleur est ressentie des deux côtés de la tête, sans nausée et sans sensation de pulsation… Enfin, la plupart du temps, car certaines céphalées de tension comportent aussi une douleur pulsatile, de même qu’une sensibilité à la lumière… comme la migraine. D’ailleurs, pour certains neurologues, la céphalée de tension n’existe tout simplement pas. Elle ne serait qu’une migraine de faible intensité.

Parfois, les médecins ne savent pas à quel mal de tête ils ont affaire. Le docteur Michel Aubé évoque des « migraines probables, céphalées de tension probables ou céphalées de Horton probables », car les symptômes chevauchent l’une et l’autre définitions…

Le neurologue André Bellavance, de la Clinique des maux de tête de la Rive-Sud, à Longueuil, pense que l’origine de certaines céphalées se trouve dans le cou. De l’arthrose, une irritation des terminaisons nerveuses, des tensions ou des spasmes musculaires seraient en cause. « Certains médecins ne croient pas à cette hypothèse, ajoute le neurologue. Alors, ils prescrivent des médicaments qui restent parfois sans effet. »

Le docteur Bellavance traite les spasmes musculaires avec des injections de Botox – la même substance qui est utilisée contre les rides – sur le front, les tempes et le trapèze, muscle qui part du cou et descend vers les omoplates. Est-ce que ça marche ? « J’ai des patients qui souffraient depuis des années et qui sont maintenant très heureux ! » répond-il.

Le médecin ne craint pas, non plus, de recommander à ses patients un ostéopathe qui possède une formation de physiothérapeute, surtout en présence de problèmes de posture. « Souvent, ils obtiennent de bons résultats. »

Un curieux mal de tête
Au palmarès des céphalées, il existe un curieux mal de tête qu’on ne souhaiterait pas à son pire ennemi : les céphalées de Horton (cluster headache). La personne atteinte a l’impression d’avoir un couteau planté dans l’œil. Cet élancement apparaît à heure fixe tous les jours et dure entre 15 minutes et 3 heures. Fait étrange, ces douleurs se manifestent à des moments précis de l’année – souvent aux changements de saison – et disparaissent ensuite. Heureusement, il s’agit d’un trouble rare qui ne touche que 0,04 % de la population. Des injections de sumatriptan (Imitrex) et de l’oxygène en inhalation soulagent les crises.

La migraine : un mal féminin
On ne meurt pas d’un mal de tête et c’est probablement la raison pour laquelle, pendant des années, les médecins n’ont pas pris la migraine au sérieux. Mal féminin, car il touche trois fois plus de femmes que d’hommes, il a longtemps été perçu comme un trouble bénin. « Il faut dire aussi que nous n’avions pas grand traitement à proposer, explique le docteur Éric Magnoux, de la Clinique de la migraine, à Montréal. Mais les choses ont changé. »

La migraine est probablement la céphalée la plus étudiée par les chercheurs. Entre autres parce qu’elle affecte une personne sur dix et peut empoisonner l’existence. Selon un sondage réalisé par le Réseau canadien des céphalées, ce trouble de santé gâche chaque année, en moyenne, 20 jours de travail ou d’activités familiales chez les femmes qui en souffrent.

Le mot migraine vient du grec hemikrania, qui signifie « douleur dans la moitié du crâne ». Et dans 90 % des cas, il s’agit toujours du même côté. Une crise dure en moyenne 24 heures, mais certaines personnes peuvent devoir les endurer pendant trois jours.

La douleur est pulsative, martèle le crâne, s’accompagne souvent de nausées et d’hypersensibilité à la lumière et aux sons. « Comme dans cette pub où une femme est assise dans son salon, toutes lumières éteintes, raconte Martine Provost, migraineuse depuis 20 ans. Dehors, une foule est massée contre la fenêtre parce que la dame vient de gagner un million de dollars, mais cette dernière s’en fiche. C’est ça, la migraine : une douleur si intense qu’elle vous coupe du monde. »

La migraine est parfois précédée d’une aura, c’est-à-dire des points brillants et des flashs qui scintillent dans le champ de vision. C’est pourquoi on l’appelle aussi migraine ophtalmique. Parfois, la vue s’embrouille. Heureusement, le phénomène s’estompe au bout de 5 à 20 minutes.

Un cerveau en détresse
On a longtemps cru que la migraine était causée par le relâchement des vaisseaux sanguins du cerveau. On sait aujourd’hui que ce relâchement est une conséquence, et non la cause, de la maladie migraineuse.

« Le cerveau des migraineux fonctionne différemment, explique le docteur Michel Aubé, neurologue au Centre universitaire de santé McGill et coauteur de La migraine : un cerveau en détresse. On y trouve moins de sérotonine, un neurotransmetteur qui permet aux signaux nerveux de voyager d’un neurone à l’autre. » Or, ce neurotransmetteur sert de frein aux nombreux stimuli – bruits, lumière, odeurs, stress – qui nous assaillent quotidiennement. Sans ce frein, le cerveau est bombardé sans arrêt. Les neurones s’épuisent et cette détresse s’exprime par de la douleur. « Mais comme la nature est bien faite, la migraine nous pousse à fuir les stimuli, ce qui donne un répit au cerveau », ajoute le neurologue.

On apprenait récemment que les migraineux de moins de 45 ans risqueraient trois fois plus de souffrir d’un AVC. La migraine serait-elle dangereuse pour le cerveau ? Le docteur Aubé apporte des nuances. « N’oubliez pas, dit-il, que l’on multiplie des pourcentages infimes. Par exemple, entre 25 et 30 ans, le risque de faire un AVC est de deux cas pour 100 000 personnes. Souffrir de migraine sans aura multiplie ce risque par trois, ce qui donne six cas pour 100 000. Les migraines avec aura les multiplient par six. Ce n’est pas énorme. »

Quelques chiffres
• En Occident, un individu sur 10 souffre de migraine. En Chine et au Japon, c’est une personne sur 20.
• 18 % des femmes sont touchées par la migraine, contre 6 % des hommes.
• Les premières crises apparaissent fréquemment entre 15 et 20 ans.
• Entre 2 % et 5 % de la population souffre de céphalées chroniques, c’est-à-dire de maux de tête présents plus de 15 jours par mois.
• Plus de 70 % des patients présentant des céphalées d’origine médicamenteuse avaient initialement des migraines.

Pourquoi les femmes ?
Abonnée au mal de tête, surtout quand je m’énerve, je connais de très près la migraine ! Mes crises se produisent toujours à la quatrième journée de mes règles. On dit que je souffre de migraine périmenstruelle, due à la fluctuation du niveau d’œstrogènes.

Elle revient aussi sûrement que le soleil se lève, mais repart dès que j’entame une nouvelle boîte de contraceptifs oraux. Chez Liette Beaulieu, 41 ans, les contraceptifs n’y faisaient rien. « Mon médecin m’avait même prescrit la pilule sans interruption pour atténuer les fluctuations hormonales. Ça diminuait l’intensité des crises, mais ça ne les faisait pas disparaître. »

Les hormones féminines jouent un rôle dans la migraine. Avant la puberté, les deux sexes sont également touchés. Après, les femmes en sont trois fois plus souvent victimes que les hommes. La plupart du temps, la fréquence de ces céphalées diminue après la ménopause puisque, à ce moment-là, le niveau d’œstrogènes est bas et, surtout, beaucoup plus stable.

Les hormones n’expliquent pas tout. Une étude menée par l’Institut neurologique de Montréal a montré que le cerveau des femmes retient moins la sérotonine que celui des hommes, ce qui augmente encore nos risques de souffrir de migraine. Décidément, la chance n’est pas de notre côté !

Comme la sérotonine atténue la douleur, un déficit de ce neurotransmetteur abaisse notre seuil de tolérance. « C’est pourquoi certains migraineux de longue date finissent par avoir mal un peu partout, comme les personnes atteintes de fibromyalgie, explique le docteur Aubé. De la même façon, 15 % d’entre eux – on ne sait pas encore pourquoi – en viennent à souffrir de migraine chronique : leurs céphalées seront présentes plus de 15 jours par mois. »

La migraine est un trouble héréditaire. Pourquoi se transmet-elle au fil des générations ? Elizabeth Loder, neurologue à Boston, croit que ce damné mal de tête aurait pu être utile à la survie de l’espèce humaine, que, dans les premiers temps de l’humanité, l’hypersensibilité aux sons et à la lumière aurait permis une meilleure détection des dangers. Le hic, c’est qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde non seulement très sécuritaire, mais également rempli de stimuli de toutes sortes, ce qui fait de la migraine un fardeau plutôt qu’un outil…

Un signal d’alarme
Un mal de tête peut parfois annoncer un problème de santé. On consulte rapidement le médecin si :
• on éprouve un mal de tête soudain et violent ou si on ressent une céphalée à la suite d’un effort physique ou après avoir toussé ou penché la tête. Ces symptômes peuvent signaler une hémorragie cérébrale ;
• on souffre d’un mal de tête inhabituel accompagné d’autres symptômes : double vision, troubles d’équilibre, engourdissements, faiblesse d’un côté du corps, fièvre, perte de poids, douleurs abdominales.

Du soulagement
Or, des solutions existent. Tous les médecins le disent : le mal de tête ordinaire se traite avec des analgésiques de type Tylenol ou Advil. « Un simple anti-inflammatoire non stéroïdien peut également soulager la migraine légère à modérée, ajoute le docteur Luc Marchand, neurologue à la Clinique de la migraine et autres céphalées du CHUM. Le problème, c’est que la plupart des migraines comportent des douleurs modérées à aiguës. »

Pour ce type de migraines, l’arrivée d’une nouvelle classe de médicaments, les triptans (Imitrex, Zomig, Relpax), constitue une percée majeure. Ils agissent en diminuant l’excitation nerveuse des vaisseaux sanguins autour des méninges et en bloquant la transmission des messages douloureux.

Pourquoi alors ne pas utiliser les triptans dès qu’une migraine se pointe, puisqu’ils sont les médicaments les plus efficaces ? Réponse : si on utilise un médicament plus de 10 jours par mois, on risque de créer une accoutumance. À ce moment-là, dès qu’on cesse de prendre les comprimés, la migraine revient en force. On parle alors de céphalée médicamenteuse ou céphalée de rebond. « Tous les antimigraineux peuvent la provoquer, autant les analgésiques que les triptans, précise le docteur Aubé. Ce qui joue, ce n’est pas la quantité de médicaments, mais la fréquence à laquelle on les prend. »

Cela explique en partie ce qui arrive à Louise Houle, migraineuse depuis 20 ans, mais dont les maux de tête sont maintenant présents plus de 15 jours par mois. « Ce n’est pas une douleur aiguë, explique-t-elle. Seulement un vague malaise en arrière-plan, mais qui est là constamment. »

Souvent, même lorsqu’on cesse d’utiliser le médicament qui a causé la céphalée de rebond, la douleur persiste. Ici, un médicament appelé amitriptyline peut être efficace. Ça tombe bien, car ce produit agit également sur la migraine chronique et les douleurs qui l’accompagnent parfois. La gabapentine, antiépileptique, peut aussi contribuer au soulagement.

Louise Houle a commencé un traitement au Botox, car elle croit que ses problèmes de cou jouent un rôle dans ses maux de tête. Elle s’est aussi mise à la méditation. « Je conseille à tous les migraineux de consulter un autre médecin si les traitements qu’on leur propose ne sont pas efficaces, dit-elle. Chaque clinique possède sa propre approche et il y en a sûrement une qui peut fonctionner… »

Liette Beaulieu, elle, s’est tournée vers l’acupuncture : « Je n’ai plus de migraines depuis des mois. Mais je suis chanceuse, si j’en crois mon acupuncteur : il m’avait dit que ce n’est pas simple de régler ce mal avec des aiguilles. »

Prévenir !
Tous les spécialistes s’entendent : il faut prévenir les crises. D’abord en établissant les facteurs qui les déclenchent. Ce sont, par ordre d’importance, le stress, les règles, les modifications du cycle éveil-sommeil, les périodes de jeûne, les changements météorologiques, certains aliments (chocolat, mets épicés…) et les stimulations sensorielles excessives. « Mais, ajoute le docteur Aubé, la personne la mieux placée pour savoir ce qui provoque les migraines, c’est vous. »

Certains médicaments peuvent aider à les prévenir. « Un des meilleurs antimigraineux de prévention, c’est l’amitriptyline, antidépresseur d’ancienne génération qui agit sur le seuil de la douleur », affirme le docteur Luc Marchand, du CHUM.

Voici les ressources :
• Clinique de la migraine, 1575, boul. Henri-Bourassa Ouest, Montréal : 514 337-0432
• Clinique des maux de tête de la Rive-Sud, 3090, chemin Chambly, Longueuil : 450 670-5700
• Clinique de la migraine Val-des-Arbres, 1600, boul. Saint-Martin Est, Laval : 450-669-1882
• Clinique de la migraine et autres céphalées du CHUM (Hôtel-Dieu de Montréal, pavillon Jeanne-Mance) : 514 890-5151
• Centre neurologique, Hôpital Enfant-Jésus de Québec : 418 649-5536
• Dans la région de Sherbrooke, certains neurologues traitent la migraine. Adressez-vous à l’Hôpital Fleurimont du Centre universitaire de santé de Sherbrooke : 819 346-1110.
• Migraine Zéro, groupe d’entraide pour les migraineux

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