L’alpinisme, le sport de la factrice Monique Richard

La factrice Monique Richard gravit des marches chaque jour pour livrer le courrier, mais sa passion la pousse bien plus loin. Everest, Kilimandjaro, Elbrouz, elle s’attaque aux plus hautes cimes de la planète.

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Photo: Facebook monique.richardalpiniste

Comment as-tu eu la piqûre ? En 2007, après avoir vendu un bistro que je tenais (à Montréal), je suis partie faire le chemin de Compostelle. J’ai décidé ensuite de grimper le Kilimandjaro, en Tanzanie, une bonne initiation à l’alpinisme, puisque cette ascension demande peu d’équipement et d’expérience. Ç’a été le coup de foudre. Quand j’ai vu le soleil se lever sur l’Afrique, j’ai su que j’avais trouvé ma passion.

Qu’est-ce que l’alpinisme t’apporte ? Je me sens encore plus vivante. C’est étrange, puisque j’ai passé très près de mourir quelques fois en montagne. Mais j’ai toujours ce sentiment d’être privilégiée quand j’ai devant moi un paysage que si peu de gens sur terre ont la chance de contempler.

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Qu’est-ce que ce sport a de particulier ? Tout est simple, mais si intense ! Manger, dormir, boire… Les problèmes superficiels de congestion routière et de comptes à payer disparaissent. On est face à des défis réels, on se bat pour sa survie. Mais ce n’est pas un sport accessible. Il y a tellement de souffrance. Les blessures musculaires, les maux de tête, les nausées à cause de l’altitude. Il faut vraiment être motivée et passionnée.

Ton souvenir le plus marquant ? Le plus beau, c’est un soir où je montais en pleine éclipse lunaire. C’était unique. Je fais souvent ça, partir tard pour être en marche la nuit, quand c’est la pleine lune. Je n’ai même pas besoin de frontale, tant la lumière se reflète sur la neige. Mais mon souvenir le plus marquant, c’est certainement quand j’ai perdu mon ami et compagnon d’alpinisme en 2016 au mont Rainier, dans l’État de Washington, aux États-Unis. On s’est fait surprendre par une tempête et on a dû passer la nuit dans la tente, au froid. Il est mort d’hypothermie dans mes bras. [NDLR : Elle a été secourue le lendemain par hélicoptère.] Je me suis beaucoup remise en question après et ça m’a pris près d’un an avant d’affronter une autre montagne.

Tes endroits préférés ? Le Népal, pour ses montagnes gigantesques, bien sûr, mais aussi pour la spiritualité et son peuple si accueillant. Toute la chaîne himalayenne est impressionnante, mais j’ai particulièrement apprécié le Makalu, où j’ai vécu des émotions très intenses, entre autres parce que j’étais la première Canadienne à atteindre son sommet, mais aussi parce qu’il est encore plus difficile techniquement que l’Everest. J’aime aussi beaucoup la Suisse. Au pied de ses pics de 4 000 mètres, il y a de jolis villages, où l’on trouve bonne nourriture et confort : c’est le meilleur des deux mondes.

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Quels sont les prochains défis que tu veux relever ? J’ai déjà escaladé l’Everest (8 848 mètres), alors je ne peux pas viser plus haut. J’ai aussi gravi les sept sommets (les plus hauts de chaque continent). Pour aller plus loin, je commence à faire des ascensions en solo, alors que j’avais toujours grimpé avec d’autres alpinistes. J’ai réussi le 30 mai à faire le mont Logan, au Yukon, seule. C’est très exigeant, car je dois transporter tout mon équipement sur mon dos, mais c’est tellement gratifiant. J’aimerais aussi m’attaquer à un autre sommet dans les 8 000 mètres. Ce serait un bon moment puisque je suis dans la fleur de l’âge pour ce sport. À 43 ans, j’ai à la fois la forme physique et l’expérience qu’il faut. Ça dépendra surtout de mes moyens financiers. Ce n’est pas donné, partir au Népal pendant un mois ! 

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