Ariane Gagnon-Légaré

Elle gagne 30 000 $ par an, en dépense à peine 10 000 $. Tout ce qu’elle possède est usagé. Disciplinée, cohérente, rigoureuse, elle a fait sien le principe de Gandhi : « Vivre simplement pour que d’autres, simplement, puissent vivre. »

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Les présentations : Moi, Ariane, 34 ans, célibataire, sans enfant. Depuis janvier et jusqu’en novembre 2013, j’enseigne bénévolement dans une école de l’Inde fondée par Jeunes musiciens du monde, Kalkeri Sangeet Vidyalaya. Mon vieux minou de 15 ans s’appelle Zyljona. Je partage un appartement à Québec avec deux amis.

Les finances : Depuis 10 ans, mon revenu annuel après impôts se situe de 20 000 $ à 30 000 $ (je gagne ma vie surtout à titre de professionnelle de recherche à l’Université Laval). C’est bien plus que ce dont j’ai besoin : je dépense à peine 10 000 $ par an. Une année, j’ai remboursé d’un coup mes dettes d’études de 15 000 $. Sinon, je prête le reste de mon argent à des proches, je le donne à des organismes, j’économise pour planifier des projets.

Mon mode vie : En gros, je pratique « l’austérité joyeuse ». C’est une formule du célèbre écologiste québécois Pierre Dansereau. Déjà, dans les années 70, il disait qu’il fallait de nous-mêmes freiner la croissance de la population et le développement économique avant que des catastrophes naturelles entraînées par nos abus détruisent tout.

Alors, je me contente de peu. Pas de télé, d’iPod, de voiture, de cellulaire. J’ai une chaîne stéréo reçue en cadeau il y a 20 ans, des meubles et des vêtements donnés, je me coupe moi-même les cheveux, ma trousse de cosmétiques se résume à des produits d’hygiène de base, je ne dépense pas plus de 50 $ par semaine à l’épicerie, je vais rarement au resto, je suis végétarienne pour des raisons humanitaires. Je n’ai pas l’impression de me priver. Avec le temps, c’est devenu un état d’esprit.

J’ai un bac en biologie, une maîtrise en science politique, des études en relations internationales, en langues modernes, en arts plastiques, en environnement… Avec tout ce bagage, je pourrais sans doute obtenir un poste lucratif. Mais je préfère ma liberté à la possibilité de gagner beaucoup d’argent.

En ce moment, j’ai du temps pour voyager, militer, faire du bénévolat. Si j’acceptais un emploi payant, il faudrait que je m’y sente utile, qu’il corresponde à mes valeurs – soit l’ouverture par rapport aux autres cultures, le respect des gens différents, l’engagement citoyen.

Mes motivations : J’ai grandi dans une famille de hippies, en Estrie. Des végétariens, adeptes du recyclage bien avant l’avènement des bacs verts… On était pauvres. On mangeait à notre faim, sans toutefois connaître le luxe – on n’avait même pas la télé. Ça a eu l’avantage de me soustraire à l’influence de la publicité. Mes proches ont beaucoup contribué à former mon esprit critique.

J’aurais pu me mettre à dépenser follement pour combler mes désirs d’enfant inassouvis (je sais que la pauvreté peut avoir cet effet). J’aurais tant voulu, moi aussi, être habillée à la mode comme mes compagnes de classe! Mais j’ai réalisé que consommer n’est pas un loisir.

Je connais trop bien les problèmes environnementaux liés au gaspillage et à la surconsommation. En ce moment, des gens en meurent. Pour moi, c’est inacceptable. Je trouve la vie belle, je veux que l’humanité continue. J’ai l’espoir fou qu’on réussisse à changer avant qu’il ne soit trop tard. Si je consomme moins, ça s’additionnera à ceux qui le font aussi et ça laissera plus de ressources à ceux qui en manquent. Au jour le jour, à mon échelle, j’essaie de construire un autre monde pour les générations à venir. Je crois en la pertinence et la puissance des petites actions.

Consultez les portraits des quatre familles et les épisodes du dossier Vivre mieux avec moins.

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