Élections fédérales 2015

Élections fédérales: pour qui votent les femmes?

Pour quel parti votent les femmes? Est-ce vrai qu’elles s’intéressent moins à la politique que les hommes? On a posé ces questions (et quelques autres) à Manon Tremblay, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa.

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Photo: iStock

Un vieux cliché veut que les femmes s’intéressent peu à la politique. Moins que les hommes, en tout cas. Est-ce vrai ?
Les femmes ont le sentiment de moins comprendre la politique. Et elles s’investissent moins dans les partis; elles préfèrent d’autres formes d’implication collective, comme les groupes communautaires par exemple. Par contre, elles votent davantage que les hommes, et ce, dans toutes les tranches d’âge. Aux dernières élections fédérales en 2011, 57,3% des hommes et 59,6% des femmes ont voté. Une explication possible: à cause de leur rôle social qui les amène à se soucier beaucoup des autres, les femmes sont, plus que les hommes, tournées vers le collectif, ce qu’on appelle le vivre ensemble. Et voter, c’est décider du vivre ensemble.

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Votent-elles différemment ?
Oui. Les positions politiques des individus sont encore influencées par les rôles que leur genre, féminin ou masculin, leur impose. Les femmes étant encore en grande partie responsables de la famille, elles sont plus portées vers des positions qu’on considère de gauche et de centre-gauche, vont préférer le NPD ou le parti Libéral, alors que les hommes sont plus nombreux à aller vers le parti Conservateur.
Les études montrent que ce clivage femmes-hommes s’accentue, surtout depuis les années 1990. Ce sont des tendances générales, bien sûr. D’autres critères, comme la scolarisation, le revenu ou l’appartenance professionnelle viennent aussi moduler le vote. Ainsi, le fractionnement du revenu, proposé par le parti Conservateur, séduit certaines tranches de l’électorat, celles des «personnes qui demeurent au foyer», comme le dit la rectitude politique.

Quels sont les enjeux qui font pencher la balance des femmes quand vient le temps de voter ?
J’en donnerais quatre.

  • Justice sociale et redistribution de la richesse. Les femmes sont encore statistiquement moins fortunées et vivent plus longtemps que les hommes. Des questions comme l’âge de la retraite et la bonification du revenu minimum garanti les touchent de près.
  • Santé. La question, de moins en moins évoquée dans cette campagne, est majeure pour les femmes qui sont les plus grandes utilisatrices, pour elles et pour leur famille, du système de santé.
  • Politiques familiales. La sempiternelle question du réseau national de garderies (où se pose cependant l’épineuse question du partage des compétences entre le fédéral et les provinces). Partout au Canada (sauf au Québec), les frais de garde pour un enfant varient entre 700 et 1700 $ par mois. C’est une préoccupation majeure pour les femmes. Mais pour beaucoup d’hommes aussi. Au clivage femmes-hommes s’additionne celui des classes sociales. Car les inégalités socioéconomiques s’accentuent au Canada, les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent.
  • Éthique et valeurs. Les études menées au Canada disent que les électrices sont plus libérales (au sens philosophique du terme) que les hommes. Elles sont ainsi plus favorables à la réinsertion sociale qu’à la punition, et préfèrent l’aide humanitaire aux missions militaires.

Le sexe du candidat les influence-t-elles?
Apparemment, non. Bien sûr, il reste des femmes qui vont toujours voter pour des femmes et des hommes qui refuseront toujours de voter pour une femme. Les deux sont marginaux, mais s’annulent un peu.

Les partis parlent-ils bien aux femmes ?
Les formations politiques ne les définissent encore que par leur rôle privé. On les enferme dans la famille. Cela dit, les femmes s’enferment aussi un peu elles-mêmes là-dedans. Je crois que les femmes sont en partie responsables de leur sous-représentation politique.

Merci à Manon Tremblay, de l’Université d’Ottawa.

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