Lâchée lousse

#FHRITP et les conséquences d’une très mauvaise blague

Qu’arrive-t-il quand vous criez une obscénité («Fuck her right in the pussy!») au micro d’une journaliste qui fait un topo télé en direct? Souvent, rien. Parfois, des conséquences graves.

Lache_lousse

Imaginez deux secondes que vous voulez être une Femen active les fins de semaine. Ou que, plus simplement, vous allez manifester contre un port méthanier sur le Saint-Laurent ou pour une augmentation du budget des garderies. Ça vire au grabuge. Et le soir, aux nouvelles, vous apparaissez dans un extrait vidéo un peu compromettant. Votre boss le voit et vous congédie.

Ça vient d’arriver à un ingénieur d’Hydro One, l’équivalent ontarien d’Hydro-Québec. Plus tôt cette semaine, Shawn Simoes s’est amusé avec des amis à un nouveau sport très à la mode ces années-ci à la télé anglophone. Il s’agit de repérer dans la rue une journaliste en train de faire un topo devant la caméra, de s’approcher d’elle et de crier une obscénité dans son micro. Toujours la même : « Fuck her right in the pussy! » Le phénomène se propage depuis deux ans, des États-Unis à l’Angleterre en passant par l’Australie et le Canada, s’offrant même un hashtag sur les réseaux sociaux, #FHRITP. Dégueulasse, vraiment.

Victime encore une fois de cette blague délicate, Shauna Hunt, reporter à la chaîne torontoise CityNews, a décidé de répliquer, dimanche dernier.  Elle a interpellé son agresseur et sa bande pour leur demander si c’était vraiment si drôle. L’un d’eux, Shawn Simoes, lui a répondu : a) qu’elle avait de la chance qu’il n’ait pas de vibrateur sous la main; b) qu’il trouvait ça très drôle et c) que sa maman à lui trouverait certainement ça hilarant elle aussi.

La vidéo de l’incident 

Sauf que. Oups. Car a) l’extrait vidéo est devenu viral; b) les boss de Shawn Simoes l’ont vu. Et c) l’ont foutu à la porte. Il peut donc dire adieu à son salaire qui, paraît-il, dépassait les 100 000 $ par an.

On s’entend, crier des obscénités dans le micro d’une journaliste en direct à la télé, c’est grossier. Sexiste. La preuve qu’on a l’âge mental d’un enfant de 12 ans mal élevé. Et pas cinq sous de jugement.

Ce gars est un imbécile, c’est clair. Que sa femme le plaque ou que sa mère l’envoie dans sa chambre d’ado (où il va probablement devoir retourner d’ailleurs), il ne mérite que ça.

Mais congédier quelqu’un pour une grossièreté qui n’est pas (pas encore du moins) considérée comme une agression au sens de la loi ? Voilà qui introduit un sacré flou entre travail et vie privée. Où donc finit notre responsabilité envers l’organisation qui nous emploie ? Et où commence ma vie privée, ma vie citoyenne ? Non, je ne vais pas me confectionner un panneau «Je suis Shawn». Mais j’essaie de me souvenir qu’on ne peut pas être Charlie seulement quand le discours fait notre affaire…