Entrevues

Hélène Bourgeois Leclerc : une aptitude au bonheur

Dans la vie ou à l’écran, sur scène ou se confiant à notre magnéto, la belle Hélène est toujours la même : authentique et touchante.

Je suis une femme de 33 ans – 34 en avril –, célibataire. Ayoye, ça fait drôle de dire ça. Au moment où vous lirez ces lignes, ça ne sera probablement plus un scoop… Sans enfant. Ça non plus, c’est pas un scoop. À mon âge, la question des enfants interpelle les femmes qui n’en ont pas. Ce qui interpelle aussi, à mon âge, c’est la différence entre la réalité et ce qu’on a toujours imaginé ou rêvé pour soi. Moi, je ne peux pas me plaindre, au contraire, je peux juste remercier le ciel, la Terre, l’Univers, la vie de m’avoir menée là où je suis. Professionnellement, bien sûr. Mais j’ai de la chance aussi physiquement, car je suis en santé, et sur le plan émotif, parce que ma famille m’a toujours encouragée dans tout ce que j’ai fait et que mes parents sont présents et généreux.

Merci aussi à l’amitié, à ma gang de filles. On se connaît depuis qu’on a huit, neuf ans. Faites le calcul, ça fait 25 ans qu’on est amies. Il y en a une dans le domaine du spectacle comme moi. Elle est chorégraphe, c’est ma grande, grande amie. Avec les autres, je n’ai rien en commun professionnellement, mais tout en commun sur les plans humain, de la féminité, de l’amitié. Deux sont fonctionnaires, une autre travaille en développement international et la cinquième est en informatique. Si on se rencontrait cette année pour la première fois, probablement qu’on aurait quelque chose à se dire parce qu’on a toutes le même humour, les mêmes valeurs, le même sens de la vie, de la famille.

Se sentir appréciée
J’ai le privilège d’évoluer dans un milieu où on me dit à longueur de journée et d’année que je suis appréciée. On me le confirme par des prix, des témoignages dans la rue, au dépanneur, à l’épicerie. On me le prouve aussi en me réengageant année après année, projet après projet et ça, c’est extraordinaire. Vous ne savez pas à quel point ça remplit. Quand les comédiens disent dans les galas ou en entrevue qu’ils apprécient vos sourires, que leur salaire, ce sont vos applaudissements, ça a l’air quétaine et cliché, mais c’est tellement vrai. J’ai un peu « pogné le fixe » sur le plafond de ma chambre. Il est quand même 10 h 45 et je travaille demain matin. Je suis en tournage pour Annie et ses hommes et, comme d’habitude depuis six ans, ça va être le fun. J’aime tellement ce personnage de Josée qui ne ferait pas de mal à une mouche, qui veut seulement bien faire les choses. Parfois, je me retrouve en elle, elle me ressemble. Sur ce, je vous laisse, je vais aller apprendre mes textes pour demain. On les a répétés, mais ma mémoire a encore quelques petites défaillances que je vais aller corriger immédiatement. Je vous souhaite une belle nuit. Bye.

Rechercher la sincérité
Petite montée de lait. Je suis tannée des games de pouvoir, des gens qui ont besoin de rabaisser les autres pour se remonter eux-mêmes. Il vient d’arriver un petit quelque chose de plate, rien de grave, mais qui me permet de me rendre compte à quel point j’ai besoin de me débarrasser de ces affaires dans ma vie. Moi, je veux des choses simples, des relations vraies basées sur le respect mutuel, la sincérité, sur ce qu’on est réellement, pas sur ce qu’on veut être ou ce dont on voudrait avoir l’air. Des jeux de pouvoir, il y en a évidemment parfois au travail et il y en a souvent dans les relations interpersonnelles. C’est triste de se valoriser dans la vie par ce qu’on fait plutôt que par qui on est. C’est pas ce qu’on fait qui est important, mais comment on le fait.

Vieillir
J’ai envie de parler du fait de vieillir. Je sais que je suis encore jeune pour bien des personnes, mais pour d’autres, je suis déjà vieille. Présentement, je me sens dans une période de choix importants et je trouve encourageant de voir autour de moi, dans mon métier, dans ma famille, chez mes amis des femmes de 40, 45, 50, 55, 60 ans et plus, des femmes de tous les âges inspirantes, bien dans leur peau, dans leur corps. J’ai plaisir à croire qu’avec les années, on se connaît de plus en plus, on se sent de mieux en mieux dans sa peau, dans son âme, dans ses liens avec les autres et aussi avec qui on est. Vieillir, pour moi, c’est évidemment apprendre, mais aussi repousser les illusions, redécouvrir les rêves, les joies et l’émerveillement. Il y a un moment dans la vie où on se perd de vue… Maintenant, j’ai le sentiment que je suis en train de me retrouver et je trouve ça magnifique. Ça me fait partir bien loin dans mes pensées tout ça…

Rester intègre
J’ai commencé à travailler vers 26, 27 ans. Je me suis alors mise à faire des sous, à avoir un rythme de vie plus luxueux qu’avant : je pouvais aller au restaurant quand je voulais, faire toutes sortes d’affaires tripantes comme ça. Mais je suis en même temps devenue plus visible, j’ai commencé à avoir une conscience de mon image ou de ce que je suis publiquement. Je pense qu’on a une responsabilité quand on a une image publique. Celle d’être intègre et cohérent.

Que ce soit en entrevue ou chez moi dans mon salon avec mes copines, j’ai vraiment le sentiment d’être la même personne. Mon image publique ressemble tellement à qui je suis réellement que je n’ai pas à exagérer ou à masquer quoi que ce soit. Même si, en public, bien sûr, je ne peux faire autrement que de m’imposer une petite censure. Je me demande : « Qu’est-ce que je devrais dire pour ne pas lancer de rumeur ? » ou « Qu’est-ce que je devrais éviter de dire aux journalistes pour ne pas ouvrir la porte aux rumeurs, la porte sur ma vie privée ? » Mais je n’essaie pas de cultiver l’image de la fille toujours de bonne humeur, sympathique et dynamique, la fille qui a donc de la compassion parce qu’elle a traversé des épreuves avec son chum.

Mon ange
Je viens de rentrer du théâtre. Il est 10 h 30. On est mardi soir. La pièce que j’ai vue (Lucidité passagère) parlait des relations humaines, des couples, de qui on est et de ce qu’on veut, de l’espèce de crise de la trentaine – s’il y en a une. Tout ça m’a beaucoup fait réfléchir et m’a emmenée dans de petites zones que je connais très bien…

Je n’ai pas fait de théâtre depuis quatre ans. En mars, je vais monter sur scène. Ces dernières années, j’ai eu de belles propositions, j’aurais pu les accepter. J’ai refusé parce que j’étais trop occupée à faire de la télé et du cinéma et aussi à cause de ce qui se passait dans ma vie personnelle. Chaque fois que je vais au théâtre, je me répète à quel point je suis privilégiée de faire ce job-là. Visiblement, j’ai un petit ange qui me guide parce que les choses se passent avec tellement d’amour dans ma vie…

Je trouve ça dur de réfléchir à haute voix ou, en tout cas, d’exprimer mes pensées devant un magnéto, toute seule dans ma chambre ou dans ma voiture. En général, je réfléchis en silence. En ce moment, j’ai l’impression de traverser une petite ligne, celle de la parole, du partage, de la conscience de ce que je dis aussi. Et réfléchir, câline que des fois ça remet en question ! Quelle est la frontière entre s’aimer soi-même et continuer à se respecter en aimant l’autre ? Quelle place fait-on à l’autre dans sa vie par rapport à la place qu’on con­serve pour soi ? Ce sont de grosses réflexions.

Alléger sa vie
Mon Dieu qu’on s’en met sur les épaules, peut-être surtout nous, les filles. Je ne suis jamais tombée dans le « il faut que je sois le plus cute possible, le plus mince possible ». Mais comme je suis une fille, ça veut dire qu’il y a des moments dans le mois où j’ai le goût de peser 20 livres de moins ! À part ça, je ne cultive pas l’hyperconscience de mon corps, ou de ma face, ou de mon image, ou de mon look.

On m’a dit que le thème du mois de Châtelaine, c’est « Alléger sa vie ». Belle coïncidence, je suis en plein là-dedans. Alléger sa vie, ça devrait être vivre simplement en écoutant son instinct, son intuition, son amour pour soi, pour les autres, pour ce qu’on fait. Et se rappeler – c’est mon travail personnel présentement et il me fait du bien – la petite fille qu’on était. Je me souviens de la petite Hélène de 4, 5, 8, 12 ans. Pas tant des rêves, des ambitions que j’avais à ces âges-là, mais plutôt de ce qui me faisait rire. Et je me rends compte que ce sont encore les mêmes choses qui me font rire aujourd’hui. C’est pas si loin derrière, cette époque…

Se faire plaisir
Je viens de lire un spécial astrologie 2008. C’est affreux ces affaires-là parce qu’on les lit pour se faire plaisir en se disant : ben non, c’est du niaisage. Mais on finit toujours par y trouver sa petite vérité qui nous fait du bien. C’est une façon positive de fonctionner dans la vie, une certaine sélection de l’information. Je lisais que pour moi, qui suis Bélier, mon envie secrète de l’année 2008 serait d’enlever mon masque de superwoman, de poser ma tête sur une épaule et de me laisser porter comme dans un long tango, me montrer vulnérable, quoi. Mon Dieu que ça me parle !

Parler de soi
Tous les jours, sinon toutes les semaines pendant un an et demi, j’ai eu affaire au système de santé. C’est sûr qu’il y a des lacunes épouvantables, des problèmes d’hygiène de base par exemple. Mais d’humain à humain, l’accompagnement qu’on a reçu a été irréprochable. Chez les médecins, chez les préposés aux bénéficiaires, chez les infirmières, l’accueil était absolument enveloppant, sécurisant et généreux. Richard [ Petit, chanteur et animateur ] avait un cancer grave, donc tout allait vite : tests, résultats, traitements. Est-ce qu’on a eu ce service parce qu’on passe à la télé et qu’on est connus ? Honnêtement, je ne crois pas. Je pense que c’est parce que la maladie dont souffrait Richard était sérieuse et qu’il fallait s’en occuper rapidement. Quand même, j’espère ne plus avoir affaire au système de santé…

Depuis que je parle à ce petit magnéto, j’ai l’impression que je dois me censurer, faire attention à ce que je dis. Au cours des deux dernières années, avec ce qui s’est passé dans la vie de Richard, il y a eu des intrusions bien plates, très dures à vivre. Ça ne me tente plus du tout de parler de ma vie privée mais, en même temps, je sais que ça fait partie des choses qui intéressent les gens. Ils ont l’impression de nous connaître, d’entrer dans notre intimité. Veut, veut pas, on a tous un côté voyeur.

Je trouve difficile de parler en paraboles pour ne pas dire exactement ce que je voudrais dire. Je ne suis pas prude, mais j’ai besoin de me protéger. Je n’ai jamais fait ce métier pour être une star. Depuis que je suis une personnalité publique, j’ai découvert ce côté de la médaille et ce n’est pas un côté si amusant que ça.

Quand on est en amour, on a le goût de le dire au monde entier, on a le goût de poser en photo avec son amoureux. Tout le monde est comme ça. Peu importe qu’on passe à la télé ou pas, quand on est amoureux, on a le goût de le crier sur les toits. Quand la relation se met à aller moins bien, c’est là que ça intéresse le monde, mais ça, c’est dur à partager. C’est moche d’aller à l’épicerie ou au dépanneur et de voir sa face sur une revue à potins. La moitié de ce qui est écrit n’est pas vrai, ce sont des ouï-dire, des interprétations, des suppositions.

Est-ce qu’on doit se révéler ainsi au public parce que c’est lui qui nous donne notre job, parce que le public nous aime et a le droit de savoir ? Je fais ce travail pour m’exprimer, pour faire partie du portrait culturel, point final. C’est dur d’être intègre dans ce métier puis de ne pas trop en dire, d’en garder pour soi. Difficile de refermer la porte quand on l’a déjà ouverte un peu…

Retomber sur ses pattes
J’ai l’impression d’être née sous une bonne étoile. Vraiment, c’est pas des farces. Oui, j’en ai vécu des affaires plates comme tout le monde, des choses qui m’ont bouleversée, mais je retombe tout le temps sur mes pattes. Je finis par m’organiser pour être bien. J’ai une aptitude au bonheur. Tellement que, des fois, je me tape sur les nerfs. Je me dis : « Mon Dieu, elle est trop positive et trop heureuse, la Bourgeois Leclerc ! » N’empêche que, honnêtement, je pense que j’ai une aptitude au bonheur. C’est simplement là, en moi. Les petites choses de la vie, le bonheur d’être ensemble, le sentiment d’appartenir à un groupe, à une émission de télé, à une famille, c’est formidable.

Comme comédienne, j’aurais pu être la saveur du mois, la petite actrice à la mode qui passe, qui est bien bonne et tout à coup, boum !, il y en a une autre aussi cute, aussi fine, aussi bonne, peut-être meilleure encore, qui arrive et prend « ma » place. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé et j’en suis très reconnaissante à la vie.

Je m’arrête souvent dans des églises. Il y en a une belle, avenue Mont-Royal, à côté du métro. Elle est toujours ouverte, ce qui est assez rare. J’y entre juste pour m’asseoir. Je ne suis pas plus croyante qu’il faut, je ne suis pas pratiquante non plus, mais le silence d’une église m’émeut et me donne l’occasion de me recueillir. J’y suis allée bien des fois depuis deux ans, Seigneur, oui.

Jouer
Je n’ai pas parlé des deux films dans lesquels j’ai joué cette année. Ils vont sortir, je pense, vers la fin de 2008. D’abord un film de Claude Meunier, Le grand départ. Ça a été toute une expérience parce que je n’avais jamais fait ce genre de personnage : une fille très simple, pas du tout caricaturale, qui pourrait me ressembler. On a totalement changé mon look. J’ai les cheveux châtain clair et tout raides. Super beau.

C’était un grand défi de jouer un personnage qui peut être aussi proche de moi. J’ai l’habitude d’interpréter des Dolorès Bougon, des Marianne Houde (la marâtre dans Aurore), ou des Josée dans Annie et ses hommes. Je n’avais jamais été un personnage doux, une fille amoureuse, portée par l’amour et le bien-être. Une fille qui a simplement le goût d’être bien avec son nouveau chum. Le tournage du film s’est passé dans la détente, la joie. Et comme j’étais en pleine rupture avec Richard, ça faisait du bien.

Présentement, je joue dans un film de Marc-André Forcier, un univers complètement différent. Ça se déroule en Abitibi dans les années 1940 et 1950. Le film est tourné là-bas d’ailleurs. C’est beau l’Abitibi mais c’est loin, l’Abitibi ! On y est très bien accueillis, on a l’impression d’être en colonie de vacances. L’histoire se passe dans les mines. Une équipe de mineurs veut introduire un syndicat. Je joue la femme d’un des mineurs. J’espère que ça va être bon. Notre job, c’est de faire de notre mieux en espérant que le résultat plaise.

Bref, je suis contente, je suis vraiment, vraiment contente. J’ai une belle vie. Bizarre de dire ça à un magnéto, comme ça, à 11 h le soir, toute seule dans ma chambre, toute seule dans mon condo, toute seule dans ma vie. Bye.