Lâchée lousse

Les yeux de 60 millions de filles...

...et la tête dure de Manuela.

Lache_lousse

Elle s’appelle Leyla et elle a 18 ans. Son regard vous happe. Perçant, allumé, un brin baveux. La photo pourrait avoir été prise dans une rue de Montréal, de Calgary ou de Berlin. Elle a été croquée au Kenya, dans un camp de réfugiés où la jeune femme a abouti avec sa mère et ses deux frères, après avoir quitté sa Somalie natale, ravagée par la guerre civile.

Leyla est l’une des 12 filles présentées dans le cadre de 60 millions de filles, une exposition de photos offerte dans une petite salle du Musée des beaux-arts de Montréal. Et la preuve que l’art, parfois, prend aux tripes et vous parle au cœur.

60 millions de filles

60 millions de filles – 60millionsdefilles.org

Elle n’a pas tellement envie qu’on le dise, mais cette expo, on la doit beaucoup à Manuela Clément-Frencia, une Montréalaise membre fondatrice de la Fondation 60 millions de filles qui amasse des sous pour subventionner des projets visant spécifiquement l’éducation des filles (60 millions, c’est le nombre de filles dans le monde qui, en 2006 étaient privées d’éducation pour des raisons économiques, sociales ou culturelles).

Plus discrète que Manuela, tu te fonds dans le paysage. Elle insiste, avec raison, pour dire que ce projet est le fruit du travail de toute l’équipe de 60 millions de filles,  de l’équipe du musée et des photographes.

Travail d’équipe mais quand même. C’est Manuela qui a pris des congés sans solde (elle travaille dans une grande entreprise mais ne dira pas laquelle — discrète je vous dis !) pour aller de ses yeux voir quelques-uns des projets que la Fondation marraine. Et qui a eu l’enthousiasme assez contagieux pour convaincre des amis, photographes professionnels, de se joindre à elle, sans salaire et à leurs frais !  Les Parisiens Dominique et Maria Cabrelli l’ont accompagnée en Inde, le Montréalais Arvind Eyunni — d’origine indienne mais qui a grandi à Nairobi — est retourné au Kenya, et Jean-François Lemire, qui collabore souvent avec Châtelaine, est allé avec elle en Éthiopie.

60 millions de filles - 60millionsdefilles.org

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C’est elle aussi qui a fortement suggéré ce format de portraits rapprochés, en noir et blanc. « Pour qu’on se concentre sur leur regard, dit-elle. Sur la lumière qui jaillit des yeux de ces jeunes filles. Elles ont tant à donner, tant à dire. Mais nous, on ne les écoute pas et on ne les voit plus. Cette expo, c’est pour faire entendre leur voix et leur donner une présence dans notre monde. »

C’est aussi elle qui, en juillet 2013, a envoyé un courriel à Nathalie Bondil, directrice du Musée des Beaux-arts de Montréal, pour lui proposer les photos.

Elle a failli s’évanouir quand le Musée l’a rappelée le lendemain. Le vernissage de l’expo a eu lieu la semaine dernière. Allez faire un tour (et emmenez vos enfants !)

Ah oui. Leyla a obtenu la meilleure note de tous les élèves de l’école du camp de Kakuma, ce qui lui valu une bourse d’études. Elle a entrepris son secondaire à l’extérieur du camp, dans une école du réseau scolaire kenyan. Une réussite magnifique.

60 millions de filles - 60millionsdefilles.org

60 millions de filles – 60millionsdefilles.org

Musée des Beaux-Arts de Montréal (entrée par le 2200 Crescent)
Jusqu’au 23 novembre
Entrée gratuite
60millionsdefilles.org

p.s. : Soixante millions de filles compte aujourd’hui une cinquantaine de bénévoles qui, ensemble, ont amassé près de 2 millions de dollars en 8 ans. Cet argent sert à financer des projets (17 jusqu’à maintenant, dans 13 pays différents, de l’Afghanistan au Kenya) qui tous n’ont qu’un but : amener des filles à l’école. Et les y maintenir. Construire des écoles, financer des garderies (pour s’occuper des petits pendant que leur grande sœur est en classe), offrir des programmes de leadership et de mentorat, toutes ces initiatives menées à bien en collaboration avec d’autres ONG, expertes dans ces domaines et avec les communautés locales (mieux placées pour évaluer leurs besoins).