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Mes vacances sans filtre - Partie 2 : Fait frette

On fait quoi quand il fait frette? Dans son petit coin de paradis de la Gaspésie, Geneviève Pettersen se demande si la météo va dicter ses vacances.

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J’ai pourtant étendu mon chapelet sur la corde à linge. Façon de parler. Ça fait longtemps que je ne crois plus que le petit Jésus fait la pluie et le beau temps. Sauf que quand je pars en vacances, j’aime mieux mettre toutes les chances de mon bord. Je nous souhaite des ciels bleus et du soleil brûlant. Je nous imagine sur la plage et à la pêche, en pique-nique ou en train de nous raconter des histoires de peur sur le bord d’un feu de camp. Je songe au barachois de Carleton-sur-Mer et à sa petite bande de terre au milieu, là où mes filles et leurs amis aiment courir pour chercher des coquillages, des carcasses de crabe et des étoiles de mer.

Quand je me suis levée ce vendredi matin, j’ai trouvé qu’il faisait frisquet dans la maison bleue. Assez pour que j’enfile une petite laine et une paire de bas. Pendant que le café se faisait aller dans le percolateur et que je regardais si la marrée était haute ou basse, j’ai vu un chiffre épeurant sur le petit thermomètre accroché après la fenêtre de la cuisine : 13. Treize degrés plus haut que zéro. Treize degrés avant qu’il neige.

Le fils de Geneviève Pettersen

Photo: Geneviève Pettersen

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J’ai un peu paniqué, je l’avoue. Adieu plage, pêche, pique-nique, guimauves et barachois. Bonjour enfants qui se plaignent qu’ils n’ont rien à faire et qui tournent en rond à l’intérieur en nous suppliant de sortir les iPad et les iPod. On a bien apporté quelques jeux de société, des cartes et toute notre imagination, n’empêche qu’au bout d’un certain temps, je sais qu’on n’aura pas le choix de lâcher prise et de consentir à brancher l’Apple TV pour s’abandonner à un marathon de films familiaux traduits en français.

Marc, le chum de mon amie Josée qui nous a prêté la maison, m’a confié samedi soir que ça faisant un méchant bout qu’il n’avait pas fait aussi frette au mois de juillet. «On a battu des records», il a dit. Moi aussi j’ai battu un record. Un record de lâcher-prise et de laisser-aller. On a dessiné en masse, on s’est inventé des histoires et, oui, on a écouté des films en rafale. Pis? J’avoue que parmi mes plus beaux souvenirs d’enfance figurent toutes les fois où j’ai écouté À la poursuite d’octobre rouge collée contre mon père.

On a lu aussi. Beaucoup. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié Les murailles, un roman de la poète Erika Soucy. Ça parle d’une petite fille devenue adulte et qui s’en va à la rencontre de son père manquant sur les chantiers de La Romaine. C’est une véritable incursion dans l’univers ultra codé des grands chantiers du nord du Québec. Vraiment, un livre d’une grande beauté que je conseille à tous de lire si la grisaille s’empare à nouveau du paysage.

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De leur bord, les filles ont consommé une quantité incroyable de Carnets de Cerise. C’est l’histoire d’une petite fille de 11 ans qui vit avec sa mère et qui éprouve une fascination pour le monde adulte. Si vous ne connaissez pas cette série, je vous jure que vos enfants seront captivés et que, pendant qu’ils dévoreront les albums, vous pourrez plier une brassée de bas blancs et peut-être même avoir la sainte paix.

Je n’ai jamais aimé que la météo me dicte mon humeur ou mon emploi du temps, mais force est d’admettre qu’en vacances, on est pas mal dépendants de Mère Nature et de son bon vouloir. Je vais donc prendre mon mal en patience, construire des cabanes de couvertes, cuisiner dans les creusets de Josée et me remémorer tous les jeux auxquels je jouais quand il pleuvait au camp de vacances. Je vais me répéter que ce temps passé entre quatre murs laissera tout de même sur mes enfants une empreinte impérissable. Peut-être pas autant qu’un bar rayé qui se débat au bout de la ligne ou qu’une chasse au trésor dans l’anse, mais de bons souvenirs pareil.

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Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
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Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)