Pour ou contre, la chirurgie esthétique?

Vous pouvez retourner la terre à l’envers si vous voulez mais les femmes voudront toujours être jolies et les hommes aimeront toujours les belles femmes.

  5

Photo : Régine Mahaux

Rosemonde a participé au reportage Belle à tout prix de notre numéro de septembre.

Je suis une féministe qui croit aux libres choix. D’ailleurs quelle expression à connotation féminine que celle du « libre choix » ? On ne parle de libre choix que pour les femmes. Libre choix par rapport à l’avortement, au fait d’avoir des enfants ou non, à celui de rester à la maison pour élever ses enfants, à celui de se consacrer à sa carrière, à celui d’avoir recours ou non à la chirurgie esthétique et quoi encore? Avons-nous déjà entendu un homme dire : «Je crois aux libres choix pour les hommes»? Qu’est-ce que les femmes ont à se justifier, et à qui d’ailleurs? Je vous pose la question.

Il semble que beaucoup d’hommes se mêlent de l’apparence des femmes et bien des femmes se plient à cette pernicieuse dictature. De mes collègues qui pratiquent la médecine esthétique et l’art de l’injection, j’ai appris que plusieurs Québécoises, pourtant autonomes financièrement, choisissent de cacher leur démarche à leur conjoint. Elles savent que ces derniers sont contre l’idée et, plutôt que de renoncer aux Botox, injectables ou autres techniques, elles déploient toutes sortes d’astuces : étalement de paiements, retraites fermées, cachettes. Et le silence. On entend souvent des commentaires négatifs sur l’aspect non authentique des femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique – même si quasi toutes les célébrités de plus de 30 ans qui forcent l’admiration ou les fantasmes sont déjà passées sous le bistouri ou la seringue, ou le feront bientôt pour conserver des acquis avantageux. On sait que les femmes les plus photographiées au monde ont subi plusieurs interventions chirurgicales ou injections, sinon quelques corrections ici et là. Se met-on à hurler d’horreur chaque fois qu’on les aperçoit? Je pense aux Angelina Jolie, Cameron Diaz, Megan Fox, Jennifer Anniston et autres Courteney Cox. Poursuivez-moi si vous voulez, aucune d’elles ne pourra démentir. On a beau gagner sa vie avec sa face ou ses fesses, c’est devant le miroir que tout se joue, pour tout le monde.

On naît déjà inégaux sur plusieurs plans… La glace peut en rajouter aussi de son côté.

Et si la beauté d’une femme aux yeux d’un homme insécure ou paresseux pouvait représenter trop de pouvoir – surtout si cette dernière a la capacité certaine de s’affirmer? Parlons franchement. Les gros seins, chez les danseuses, c’est fabuleux. Dans les films de Fellini, encore mieux. Chez le voisin, ça fait bien, mais pas dans ma cour!  Parce qu’ainsi, nos messieurs devraient se surpasser comme partenaires et se montrer à la hauteur de nos attentes. Sinon la compétition pour leur jolie chérie risquerait de les mettre K.O.

La compétence, le développement des connaissances, le savoir-être sont aussi nécessaires que l’estime de son image corporelle. Il s’agit de dimensions qui relèvent de «l’acquis» (l’épanouissement d’un être) par opposition à l’inné, ce qui nous est livré à la naissance. Pourquoi fait-on donc tant d’histoires avec la chirurgie esthétique? La technique est là, pourquoi s’en priver? Reproche-t-on à quelqu’un d’aller au gym et de modifier l’apparence de son corps avec la musculation? De porter des broches pour corriger des dents croches? Qui décide de ce qui est en droit de nous déranger ?

Je remarque que les femmes, de surcroît, très souvent portées par leurs contradictions, leurs peurs, leur incapacité à assumer leurs choix et leurs indépendances, leur difficulté à reconnaître leur valeur, la peur d’être jugées, mènent une guerre d’amour/haine contre la technologie qui permet d’améliorer l’apparence.

À mon sens, il ne sera jamais plus important d’avoir une augmentation mammaire à 20 ans qu’un diplôme universitaire. Mais il est faux d’opposer l’un à l’autre comme si l’intelligence, la compétence devaient avoir une enveloppe « naturelle » ou « d’origine ».

Il m’apparaît évident que les tabous reliés à l’usage de la chirurgie esthétique sont le reflet de ce qui reste de la domination masculine dans les sociétés occidentales. De façon directe, lorsque les femmes s’en privent pour correspondre aux idéaux soi-disant de beauté « naturelle » des hommes puis par ricochet lorsque plusieurs d’entre elles se font une fierté de défendre l’idée que c’est indigne envers les femmes de «s’en réduire» à son apparence et d’y accorder cette importance.

Grâce à leur système endocrinien, les hommes ne sont pas confrontés au processus de vieillissement aussi tôt que les femmes. Ils sont même favorisés par le fait qu’en vieillissant leurs traits se masculinisent.

Ainsi, ils sont nettement avantagés du point de vue physiologique par rapport aux femmes qui, elles, voient leur production de collagène diminuer de 1% dès 30 ans, et chuter brutalement de 30% quand elles entrent en ménopause. Sans parler du tour de taille qui s’épaissit, des vaisseaux sanguins qui se détériorent visiblement tout autant que la qualité de la peau, sa perte de volume et j’en passe. Ici, on ne parle pas coquetterie mais biologie.

Sans compter les effets dramatiques des grossesses sur le corps des femmes (sans penser aux effets sur la carrière, les fonds de pension, remises en question de choix professionnels, primes et promotions ratées). Tout ça est évidemment censé être naturel, mais je ne vois aucune raison de ne pas s’y opposer. Après tout, la mort aussi, c’est naturel. Ne tentons-nous pas tous de repousser ce moment fatidique et de traiter toute maladie qui se pointe? Ramener l’égalité dans le vieillissement, il se pourrait que parfois, selon la génétique, ça passe par le bistouri.

Aussi, parce que l’estime des hommes au point de vue social se fonde moins sur l’aspect physique que sur l’humour, la débrouillardise, les revenus, le standing et la réussite, il est plus difficile pour eux de saisir concrètement la portée du vieillissement pour les femmes. 

Vous pouvez retourner la terre à l’envers si vous voulez mais les femmes voudront toujours être jolies et les hommes aimeront toujours les belles femmes. À des degrés différents selon leur personnalité. Le jour où ça changera, c’est l’espèce humaine qui sera en danger. Est-ce que le désir ne passe que par la beauté? Bien sûr que non, mais on ne peut négliger l’importance de l’aspect physique.

Je trouve donc assez odieux d’entendre encore poser la question du «pour ou contre» la chirurgie esthétique. Il va de soi que, comme toute démarche médicale, la chirurgie et la médecine esthétiques doivent être pratiquées par des experts reconnus et qualifiés. Mais en ce qui a trait au fond de la question, cela me semble une décision unilatéralement personnelle.

On peut jouer les hypocrites, se raconter des histoires, on peut laisser les autres guider notre vie par peur d’affirmer ses désirs, ses besoins et de s’y retrouver confrontés, mais je trouve que c’est une façon bien triste de vivre sa vie. Pour cette question ou pour d’autres…


Rosemonde Gingras œuvre dans le milieu des communications comme relationniste à Montréal depuis plus de 15 ans au service des plus prestigieuses équipes en musique, au théâtre, en littérature, en art contemporain, dans le milieu de la beauté et le domaine médical. Sa passion pour les relations de presse et l’être humain est reconnue pour être contagieuse. rosemonde@rosemondecommunications.com

Impossible d'ajouter des commentaires.