Je suis féministe, mais le fait d’avoir des enfants a changé ma perception de la chirurgie esthétique

J’ai toujours aimé mon corps et je n’avais jamais envisagé passer sous le bistouri. Mais, trois enfants plus tard…

 

Ahhh, les choses dont on croit être certaine avant d’être mère. Par exemple, moi, j’étais persuadée que mes enfants ne regarderaient jamais la télé et qu’ils se délecteraient de tous mes petits plats bios préparés avec amour. J’étais également convaincue – sans l’ombre d’un doute – que les femmes qui subissaient des interventions esthétiques étaient malheureuses et que, de toute évidence, elles avaient une piètre opinion d’elles-mêmes. Je les plaignais de ne pas s’accepter telles qu’elles étaient. Mais, on ne sait jamais avant de l’avoir vécu. Comme je me trompais! Il m’aura fallu trois grossesses pour réaliser que ma perception des femmes ayant recours à la chirurgie esthétique était erronée.

Une mère et ses enfants à la plage
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J’ai toujours adoré prendre des selfies et j’ai toujours eu une image positive de mon corps. J’accepte mon ventre, mes cuisses grassouillettes et mes fesses plates – j’aime tout ! J’ai eu trois enfants en quatre ans et, en général, je suis contente de mon apparence. Mais dernièrement, j’ai fait face à des problèmes d’image corporelle post-partum qui font qu’il m’est difficile d’avoir confiance en moi au quotidien.

Mon plus gros (ha!) problème est que ma poitrine est passée de plutôt généreuse à si généreuse que je ne peux plus faire de push-ups ni prendre aisément mes enfants dans mes bras. J’ai aussi réfléchi longuement à… mes sourcils. Les hormones de grossesse et post-partum, combinées à une épilation excessive dans les années 1990, les ont décimés. Cela fait maintenant 20 ans que je les dessine, jour après jour.

On pourrait penser qu’à titre de féministe, j’affirmerais haut et fort que «la chirurgie esthétique, c’est mal et anti-femmes». J’ai pourtant réalisé qu’avoir recours à une telle intervention ne signifie pas que je me déteste ou que j’essaie de me conformer aux standards de beauté établis par la société. Il s’agit plutôt d’accepter ce qui me rend heureuse en tant que femme et en tant que mère.

Mon amie Annie a subi une réduction mammaire en 2006. Elle a deux filles, que quatre ans séparent, et sent que son corps a changé à la suite de ses grossesses. «Bien qu’avoir des enfants me fasse sentir puissante et fière de tout ce que mon corps a accompli, ça m’a aussi apporté un lot de problèmes métaboliques et hormonaux, m’a-t-elle confié. Je ne suis pas du tout satisfaite de mon apparence, et ça n’a rien à voir avec mon tour de taille. C’est très frustrant d’être constamment en discorde avec son corps. »

Depuis qu’elle a des enfants, Annie comprend mieux la frustration des femmes face au manque de contrôle sur leur corps après une grossesse. Elle aimerait recourir à ce qu’elle appelle «des mesures préventives», c’est-à-dire des procédures esthétiques moins invasives qui, sans durer toute la vie, la feraient se sentir mieux maintenant.

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Microblading
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Cette option de la chirurgie «moins invasive» est ce que je recherchais de manière quasi obsessionnelle. Je suis en général satisfaite de mon physique, mais j’avoue qu’avoir à redessiner mes sourcils tous les jours est épuisant. Bien que ça semble anodin, le fait de ne pas avoir de sourcils naturels me dérange. Je ne me sens pas bien s’ils ne sont pas parfaitement tracés, ce qui occupe une grande partie de mes avant-midis. Je veux être en mesure de me lever et d’être prête à partir, de me sentir belle en tout temps (même quand je n’ai pas fermé l’œil de la nuit). Pour moi, avoir des sourcils fait en sorte que je me sens belle. Or, les minces lignes de poils qu’il me reste sont source d’angoisse au quotidien : je n’arrête pas de me demander si mes sourcils redessinés tiendront jusqu’à l’heure du coucher. Sauter dans la piscine ou aller dans les jeux d’eau avec mes enfants? On oublie ça! C’est pourquoi, après avoir rejeté l’idée du maquillage permanent, j’ai opté pour une nouvelle tendance beauté avant-gardiste, le microblading. Originaire d’Asie, cette technique est en train de devenir la procédure esthétique pour sourcils par excellence au Canada grâce à son application non permanente et non invasive. La méthode est simple et rapide : le technicien utilise un pigment de couleur (similaire à l’encre de tatouage) qui dure de un à trois ans.

«Je crois qu’en tant que femmes, mais aussi en tant que mères, nous devons trouver des solutions simples à nos problèmes», affirme Leanne Colley, propriétaire du Tips Nail + Beauty Bar à Toronto, où j’ai eu ma première séance de microblading. «Par exemple, nous voyons de plus en plus de femmes qui veulent simplifier l’étape de mise en beauté le matin.»

Selon Leanne Colley, c’est la raison pour laquelle les procédures non invasives, comme le Botox, le Restaline et le microblading, sont en hausse. Les mamans n’ont pas le goût de rester dans l’ombre; elles veulent se sentir belles et bien dans leur peau. Pour nombre d’entre elles, les solutions à court terme sont plus accessibles, étant donné les coûts inférieurs à ceux des réductions mammaires ou de l’abdominoplastie.

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Kristy Boyd, une chirurgienne esthétique d’Ottawa, soutient que le mommy makeover – une métamorphose de la tête aux pieds qui inclut l’abdominoplastie, le redrapage mammaire et parfois un peu de liposuccion – gagne en popularité. De plus en plus de mères ont recours à la chirurgie esthétique afin de «réparer» certaines parties de leur corps touchées par la grossesse, les hormones ou l’allaitement. «Pour bien des femmes, donner naissance est la chose la plus gratifiante et satisfaisante qui soit. Mais étant moi-même nouvellement maman, je peux dire que ça cause d’énormes dommages au corps.»

Une mère et son fils qui jouent ensemble
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Comme moi, certaines mères ayant de très gros seins trouvent qu’il est difficile de faire de l’exercice ou de jouer avec leurs enfants. Certaines ont subi au cours de la grossesse une séparation des grands droits (diastasis recti), ce qui peut conduire à toute une série de problèmes physiques internes et externes; d’autres réalisent que l’estime qu’elles avaient autrefois d’elles-mêmes est maintenant en déclin.

Fait intéressant, la chirurgie esthétique n’intéresse pas uniquement les mères. «Les hommes aussi se mettent de la partie », souligne Boyd. En effet, la chirurgienne a remarqué que le nouveau papa autrefois réticent se retrouve lui aussi dans le bureau du médecin après avoir vu à quel point son épouse est heureuse de sa transformation. Le lifting des paupières, le Botox, le Restaline et la liposuccion sont des interventions de plus en plus populaires, à mesure que les hommes se rendent compte qu’eux aussi ont le droit de se sentir bien dans leur peau.

Je ne suis jamais volontairement passée sous le bistouri, de sorte que la chirurgie esthétique est une étape effrayante à franchir pour quelqu’un comme moi. Mais je n’aurais jamais cru voir mon corps changer au point d’avoir de la difficulté à passer au travers de mes journées. J’ai des marques profondes de soutiens-gorges sur les épaules, et je souffre de maux de dos chroniques. Dans l’idée d’avoir une réduction mammaire, j’ai fait des recherches et j’ai appris qu’en général, les femmes peuvent rentrer à la maison le jour même. En revanche, il est proscrit de soulever de lourdes charges pendant quelques semaines. J’aurai donc besoin d’aide pour mes enfants. Il faut aussi prendre en considération les cicatrices et l’altération des sensations au niveau du mamelon (qui varient d’une patiente à l’autre). De plus, mon médecin m’a demandé de sevrer ou de me préparer à sevrer mon plus jeune avant l’intervention, puisque je ne pourrai probablement pas allaiter après.

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Depuis que j’ai terminé mes séances de microblading, je peux dire que je ne me suis jamais sentie aussi ravie de mon apparence. J’utilise même l’appareil photo de mon cellulaire pour m’admirer discrètement plusieurs fois par jour. J’ai compris qu’il était tout à fait légitime de recourir à de l’aide extérieure pour améliorer son corps, et que l’estime et l’acceptation qu’on a de soi-même ne doivent empêcher personne d’améliorer son apparence si cela peut la rendre heureuse. Pour moi, c’est un objectif impossible à atteindre seulement en suivant un régime, en faisant de l’exercice ou en prenant soin de moi. Personnellement, je trouve ça assez féministe.

Cet article est d’abord paru sur le site de Today’s Parent.

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