Famille tout compris

Une p’tite chirurgie esthétique?

Opposer catégoriquement chirurgie esthétique et féminisme est réducteur, écrit Marianne Prairie. Les femmes et les mères n’ont-elles pas déjà assez de pressions concernant leur image corporelle?

Famille_tout_comprisTexte bien intéressant que celui de Kat Armstrong, « Je suis féministe, mais le fait d’avoir des enfants a changé ma perception de la chirurgie esthétique ». Vous l’aurez deviné, avec ce long titre, on a droit au témoignage d’une mère. L’auteure explique que l’expérience de la maternité a modifié son corps et son appréciation de son image corporelle, mais lui a également fait changer d’opinion à propos des femmes qui passent sous le bistouri pour des raisons esthétiques.

Femme qui se regarde dans le miroir

Photo: iStock

Elle dit: « On pourrait penser qu’à titre de féministe, j’affirmerais haut et fort que “la chirurgie esthétique, c’est mal et anti-femmes”. J’ai pourtant réalisé qu’avoir recours à une telle intervention ne signifie pas que je me déteste ou que j’essaie de me conformer aux standards de beauté établis par la société. Il s’agit plutôt d’accepter ce qui me rend heureuse en tant que femme et en tant que mère. »

BOUM.

Je suis aussi d’avis qu’opposer catégoriquement féminisme et chirurgie esthétique est réducteur. L’acte de modifier son corps par une opération chirurgicale ne signifie pas nécessairement qu’une femme capitule devant les normes de beauté de la société dans laquelle elle vit. Et même si c’était le cas, est-ce que cette femme mériterait d’être jugée aussi sévèrement? Qui suis-je pour déterminer quelles sont les « bonnes » motivations poussant quelqu’un à subir une opération qui changera son allure? Dans les faits, le féminisme défend le droit des femmes à disposer de leur corps comme bon leur semble, qu’il soit question de sexualité, de reproduction ou de la taille du bonnet de leur soutien-gorge.

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Ce qui me fait réaliser qu’on distingue de manière hiérarchique les chirurgies esthétiques entre elles. Il y a de « bonnes » interventions, des interventions plus socialement acceptables que d’autres. Une réduction mammaire est mieux perçue qu’une augmentation mammaire. Une abdominoplastie sera célébrée après une perte de poids massive résultant de l’adoption de saines habitudes, mais pas à la suite d’un accouchement… ça fait « paresseux ». Et on accepte que nos vedettes se fassent « shooter » au Botox juste si ça ne paraît pas trop. Il FAUT être belle, mais tous les moyens ne se valent pas pour y arriver.

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C’est d’ailleurs ce qui me saute au visage à la lecture du texte bien personnel de Kat Armstrong: quoi qu’elles fassent, les femmes sont encore et toujours inadéquates quand il est question de leur apparence. Ça prend toute une estime de soi pour résister aux messages contradictoires que nous recevons de toutes parts.

D’un côté, on commence enfin à nous dire: « Tu es parfaite telle que tu es! Tous les corps sont magnifiques! Aime-toi! » Merci à la grande vague de valorisation de la diversité corporelle qu’on voit éclore depuis quelques années, surtout sur les réseaux sociaux. Ce message positif a d’ailleurs été repris par plusieurs marques dans leurs publicités pour surfer sur la tendance, accroître leur popularité… et nous vendre plus de savon. Ça ne signifie pas pour autant que leur discours de base ait complètement changé. On nous inonde toujours de collations hypocaloriques et de soins anti-âge. Dans le paysage médiatique et publicitaire, on trouve encore essentiellement des corps fermes, épilés, hydratés, sans vergetures ni cellulite. Et c’est sans compter l’influence de notre entourage. Ce que ces personnes disent au sujet de notre corps, du leur ou de ceux des autres peut être aussi salvateur que ravageur.

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Ne vous demandez pas pourquoi on est une gang à ne plus savoir quoi penser de notre apparence et dans quelle mesure il faut l’accepter ou la modifier pour être réellement « heureuse en tant que femme et en tant que mère ».

Justement, lorsqu’on replace tout ça dans le contexte particulier de la maternité –  moment où le corps subit des changements drastiques à la suite de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement – , on se retrouve devant un défi supplémentaire : celui de s’adapter rapidement et constamment à une nouvelle image de  soi. Cette version de soi plus striée, enflée et molle, est généralement incompatible avec les standards de beauté actuels.

C’est pourquoi ça ne me surprend pas du tout que des mères déjà fatiguées de leur train-train quotidien et challengées par leur nouveau corps fassent de plus en plus appel à la chirurgie esthétique. Dans le texte de Kat Armstrong, on explique qu’elles sont nombreuses à s’intéresser à des interventions moins invasives ou temporaires comme les injections de Botox ou d’acide hyaluronique (Restylane) et le microblading. Ainsi « embellies », elles gagnent du temps qu’elles n’ont plus pour se préparer et mettent sur pause le processus d’adaptation à leur nouveau corps.

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Disons-le, c’est beaucoup moins épuisant de fonctionner en société quand on se conforme aux normes établies. Toute l’industrie de la beauté et de la chirurgie esthétique l’a bien compris.

Alors plutôt que de pointer du doigt les mères et les femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique, peut-être pourrions-nous utiliser ce même doigt pour gratter un peu plus loin. On y découvrirait que les nouvelles mamans se font constamment vendre l’idée de « revenir comme avant » par des activités ou des soins, car les traces de la maternité sur leur corps sont perçues comme des « dommages ».

Pour ma part, je ferais un doigt d’honneur tout féministe à quiconque juge de la valeur d’une femme à ses choix personnels concernant son apparence. Comme l’écrivait l’auteure Erin McKean : « You don’t owe prettiness to anyone. (…) Prettiness is not a rent you pay for occupying a space marked ‘female’. »

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)