Delphine Lamothe: choisir le bonheur, tout simplement

Les femmes qui m’inspirent ont le cœur grand ouvert, et l’esprit encore plus. Elles sont authentiques et passionnées, mais ce qui m’émeut surtout, c’est cette force tranquille qui les habite. Voici l’histoire de l’une d’entre elles: Delphine Lamothe.

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C’est à Toronto que j’ai rencontré Delphine. Elle venait d’être embauchée à TFO, où elle s’était liée d’amitié avec mon chum de l’époque. Nous nous étions retrouvés dans un bar avec quelques amis. Avec son grand sourire et ses yeux rieurs, elle m’avait tout de suite paru sympathique.

Ce soir-là, nous avions d’abord refusé de boire des shooters. Puis, j’avais accepté à la condition qu’elle en prenne un avec moi – elle avait décliné de nouveau.

– Non, je ne bois pas. Je ne bois plus, en fait.

J’ai regretté d’avoir insisté.

Delphine a grandi sur la Rive-Sud, dans une famille recomposée. C’était une enfant espiègle, mais aussi très anxieuse. «J’avais des mécanismes pour ne pas que ça paraisse, mais en dedans, j’étais terrifiée.» Delphine était douée, tellement qu’elle a sauté une année scolaire.

À 10 ans, elle a commencé à fumer des cigarettes en cachette. Deux ans plus tard, c’était sa première bière dans un party de famille. «J’ai eu le sentiment d’être drôle, de ne plus être gênée. Une partie de mon malaise venait de me quitter.» Elle se souvient de ses premiers joints, du buzz qui la rendait paranoïaque. «Malgré tout, je recommençais. Je n’étais bien ni avec la drogue ni sans.»

À 14 ans, elle sortait dans les bars trois ou quatre fois par semaine. Un an plus tard, elle terminait son secondaire et faisait son entrée au cégep en tourisme, mais décrochait après une session «parce que c’était plate, et parce que je m’étais mise à prendre de la coke».

À 16 ans, pour se sentir bien – ou plutôt, pour oublier qu’elle ne l’était pas –, elle consommait beaucoup: coke, speed, ecstasy… Elle travaillait alors comme barmaid. À trois heures du matin, elle traversait au after-hours de l’établissement où elle était employée pour s’enivrer.

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De l’extérieur, la vie de Delphine pouvait paraître glamour. «J’ai rencontré des gens très riches. Ils nous invitaient en voyage et n’attendaient rien en retour, mais ce n’était que du party. Je voyageais en jet privé, j’allais au Grand Prix de Monaco… J’ai déjà fait du bateau avec Bono! Mais je n’étais pas heureuse. Quand je suis allée à Monaco, j’ai mangé à la même table que le prince! Ça n’avait aucun bon sens pour une jeune fille de 20 ans, qui n’avait rien à raconter, qui n’avait rien fait d’autre que la fête. Il y avait quelque chose de complètement déphasé et surréaliste là-dedans.»

Pourtant, l’avenir lui paraissait bien sombre. «Tout était noir dans ma tête. J’ai commencé à penser à la façon dont je pourrais mettre fin à mes jours lorsque ma vie serait vraiment insupportable. Tous les soirs, ou plutôt tous les matins, quand je me couchais, j’y pensais. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai eu des envies de disparaître. De mourir. À 13 ans, c’était déjà comme ça.»

Un matin, le cousin d’une amie avec qui elle consommait l’a convaincue d’aller chercher de l’aide. Deux semaines plus tard, ils se sont retrouvés tous les trois en thérapie. «J’étais terrorisée. Ma plus grande peur, c’était de ne pas savoir qui j’étais.» La thérapie a fait des miracles pour Delphine. Pour la première fois, une porte s’est réellement ouverte vers un futur différent. Mais, après quelques mois, ses démons sont revenus la hanter. «Mes amis avaient fait une rechute. J’ai rencontré un gars qui consommait et je suis retombée aussi.» Pourtant, quelque chose avait changé. «J’avais goûté au bonheur de vivre sans drogues. J’avais vu la vie telle qu’elle était: belle.»

En juillet 2009, Delphine est retournée en thérapie. Et le bonheur dont elle avait eu un avant-goût est revenu instantanément. Elle a déserté les bars et s’est séparée de son chum toxique. Objectif: prendre soin d’elle. «J’ai participé à des groupes de soutien, j’ai fréquenté beaucoup de gens qui ne consommaient pas. Ç’a été un élément clé de mon rétablissement: j’avais un réseau.»

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Delphine a travaillé très fort et elle continue de le faire: «Ça fait huit ans que je ne consomme pas!» Au cours de ces huit années, Delphine a terminé ses études en communication. Elle a rencontré un homme fantastique avec qui elle est maintenant mariée. À 35 ans, elle est l’heureuse maman de deux magnifiques enfants. Et elle va bien. «Ça va être le travail de toute une vie de chercher la paix intérieure, mais j’aime ça. Je me trouve extraordinairement chanceuse. Je ne me sens plus seule. Ça vaut la peine de prendre la décision, chaque matin, de me respecter et de m’aimer.»

Le hasard a voulu que je retrouve Delphine dans l’équipe de La Voix. Le soir où mon chum et moi avons rompu, elle était là. Elle a été d’une grande écoute et d’une douceur infinie, ce jour-là et toutes les semaines qui ont suivi. La résilience de Delphine me bouleverse. C’est étrange pour moi de l’entendre me raconter cette autre vie qui n’en est pas une, plutôt un autre chapitre de son histoire qu’elle a la générosité de partager. «Si ça peut en inspirer d’autres! Je suis tellement reconnaissante d’avoir goûté à ça. Au bonheur.»

Et, promis Delphine, ça ne fait que commencer.

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Alcooliques anonymes du Québec


Chroniqueuse du mois

Valérie Chevalier

Valérie Chevalier est comédienne (Lance et compteLa petite reine) et animatrice (Cochon dingueLa Voix). Elle est aussi l’auteure de trois romans: Tu peux toujours courirLa théorie du drap contour et Les petites tempêtes, publiés chez Hurtubise.

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