Stéphanie Boulay: des bonheurs sincères

Il y a neuf semaines, jour pour jour, je commençais à écrire pour vous (et pour moi). Je n’avais aucune attente, aucun projet parallèle, je n’étais devant rien et je m’en plaignais.

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Ces neuf semaines ont passé comme un cliché: sans que je les voie. J’ai écrit des dizaines de pages de roman, des chansons, j’ai voyagé quelques milliers de kilomètres aux États-Unis, lu des livres précieux, nagé maintes longueurs à la piscine, recommencé le yoga, vu des expositions et des films au cinéma, écouté énormément de séries télévisées. J’ai posé nue. J’ai fait de la thérapie, je n’ai flirté avec personne, j’ai reçu plusieurs témoignages magnifiques et beaucoup, beaucoup d’insultes. J’ai chanté (un peu) et joué de la guitare (un peu aussi). J’ai passé une semaine avec Gilles Vigneault. Je suis allée manger seule au restaurant. J’ai souhaité à haute voix tomber malade pour rester au lit, j’ai été exaucée. J’ai chialé et médit sur des gens. J’ai haussé le ton pour me faire respecter. J’ai cuisiné de la sauce à spaghetti. Je me suis occupée de mon filleul.

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J’ai acheté un chalet avec ma famille. On va chercher les clés aujourd’hui.

C’est drôle, il y a quelques semaines, au début de ce processus, je ne comprenais pas du tout où tout ça m’emporterait. J’avais pris rendez-vous avec un voyant: je voulais lui demander des choses sur l’amour, l’amour amoureux (pas de jugement, s’il vous plaît). Il n’avait pas de place pour moi avant cette semaine, et je dois maintenant préparer des questions à lui poser. Et je me rends compte que je n’ai plus aucune envie de lui parler d’amour amoureux. J’ai plutôt besoin qu’il me confirme que je suis au bon endroit, et qu’il me dévoile quelle sera ma prochaine destination. Quel est le sens de ma vie. Mon utilité. J’ai envie de lui demander pourquoi je suis passée par là, par un peu loin, avant d’arriver ici.

Et au fond, c’est plutôt inutile, parce que je connais déjà les réponses à ces questions.

Ces jours-ci, je rencontre quelqu’un et je comprends presque tout de suite à qui j’ai affaire.

J’entre dans un endroit et je sais instantanément comment je m’y sens.

J’amorce un geste et je devine s’il va me faire du bien ou me nuire.

Je suis à l’écoute.

Je me comprends.

Je vis des bonheurs sincères, sans avoir à les jouer, comme avant. Je suis profondément fière de moi. Avant, j’accumulais les succès, les ventes de disques et les salles combles sans en ressentir complètement la joie ou la gratitude. J’étais sans doute une addict que la drogue (les applaudissements) ne comblait plus jamais.

J’ai eu le privilège d’avoir le temps de découvrir mon rythme naturel. Mes envies. Mes instincts. Mes intuitions. En dehors du temps et de l’espace, en dehors des obligations du quotidien surchargé. Je m’en vais donc plonger dans cette vie un-peu-en-ville-un-peu-à-la-campagne, et beaucoup dans mes affaires artistiques et humaines. Ma famille. Mes ami.e.s. C’est le printemps. Tout vibre fort. Les gens se regardent, se sourient. La créativité et l’énergie débordent de partout. Il y a probablement un peu plus d’espoir chez un peu plus de monde. Et moi, je vais regarder par la fenêtre et attendre que les glaces sur le lac fendent et fondent pour aller sauter dans l’eau frette. (Ou peut-être que je n’attendrai pas et que je vais juste faire un trou sur le bord.)

Merci de m’avoir lue.

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Chroniqueuse du mois

Photo: Bianca Cloutier-Lamoureux

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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