Culture

Des suggestions de lectures de nos écrivaines et écrivains préférés

À la recherche de bons romans pour les vacances ? Nos écrivaines et écrivains chouchous nous dévoilent les œuvres – québécoises pour la plupart! – qui les ont fait rire et pleurer, qui ont bouleversé leur vision du monde ou de l’écriture.

Sylvie Drapeau

Photo: Angelo Barsetti

Sylvie Drapeau

Comédienne et écrivaine, Sylvie Drapeau se distingue, sur la scène comme sur les pages, par son authenticité et sa sensibilité. En 2015, elle entreprend une tétralogie littéraire où elle remonte le fil de ses blessures et de ses deuils familiaux. Elle y appose un point final en 2019, avec le puissant roman La terre, publié chez Leméac.

Pourquoi écrire?
« L’envie d’écrire est venue très tôt dans ma vie, peut-être tout de suite avec l’amour de la lecture. Lorsque j’étais adolescente, les romans des sœurs Brontë (Jane Eyre, Les hauts de Hurlevent) m’ont éblouie ! Il m’a fallu longtemps, pourtant, avant d’oser plonger dans l’écriture, peut-être à cause justement de ce coup de foudre ressenti et de cette admiration éprouvée. »

Le livre le plus marquant
«Plusieurs livres m’ont marquée au fil de temps, mais je reviens toujours à Nouvelle Terre, d’Eckhart Tolle (Ariane, 2005). Il ne s’agit pas ici de littérature, mais j’y apprends à mieux vivre à chaque lecture, ce qui n’est pas à négliger. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

«Pourquoi m’enfermez-vous ici ?, de Katerine Caron (Leméac, 2019). C’est le récit d’un retour à la vie à la suite d’un terrible accident. La narratrice fait preuve d’une sensibilité délicieuse, tout le contraire de l’apitoiement, et d’une franchise remarquable.
Les loyautés, le roman de Delphine de Vigan (JC Lattès, 2018), m’a captivée. J’y ai tellement cru que j’ai eu peine à le quitter.
Croc fendu, de Tanya Tagaq (Alto, 2019). Ouf! On sort de ce roman comme on descend d’un manège, à la fois exaltés et un peu chambranlants. Le domaine des songes y côtoie le réalisme le plus cru. Au point où on n’arrive plus à dissocier les deux mondes. »


Photo: Julie Artacho

Heather O’Neill

L’écrivaine et essayiste a fait de Montréal, sa ville natale, le théâtre de ses romans d’une lumineuse tristesse. Ses œuvres, parmi lesquelles Hôtel Lonely Hearts et La vie rêvée des grille-pain, toutes parues chez Alto, ont été finalistes du prix Scotiabank Giller et du Prix du Gouverneur général.

Pourquoi lire?
« Je lis de manière compulsive. Je souhaite parfois que les autres humains me laissent tranquille, afin que je puisse passer plus de temps à lire. La lecture m’a enseigné à m’exprimer et à réfléchir. Tout le monde me trouve bizarre quand je parle, mais je ne peux rien y faire, la littérature est ma langue maternelle ! Lorsque nous lisons beaucoup, notre esprit commence à fonctionner différemment. Nos pensées deviennent plus résilientes et créatives. »

Les livres les plus marquants
«À l’école secondaire, j’ai commencé à me passionner pour le théâtre. Je me sentais interpellée par l’absurdité brutale d’écrivains tels que Beckett, Ionesco et Pinter. J’étais fascinée par leur manière d’assumer leur mépris et leur dédain à travers leur langage. J’ai grandi dans un environnement si empreint de violence que cette transformation de la grossièreté en poésie m’a coupé le souffle. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

« La fille de la supérette, de Sakaya Murata (Gallimard, 2019). Un roman court et étrange sur l’histoire d’une Japonaise qui est amoureuse du dépanneur où elle travaille. La société comme ses proches insistent sur le fait qu’elle a besoin de davantage que ce petit boulot pour s’épanouir. Ce qui entame peu à peu sa passion.
Querelle de Roberval, de Kevin Lambert (Héliotrope, 2018). Lambert fait exploser les stéréotypes et les tabous. Je suis toujours partante pour un écrivain téméraire, qui ose trouver la beauté dans la souillure de nos âmes et de nos désirs.
Fever Dream, de Samanta Schweblin (Penguin Random House, 2018). Ce roman expérimental de l’autrice argentine prend la forme d’un dialogue entre un petit garçon effrayant et une femme dans un lit d’hôpital. À la fois énigmatique et terrifiant. »


Photo: Julie Artacho et Cheval d’Août Éditeur

Fanny Britt

En plus de ses activités de traductrice littéraire, Fanny Britt est l’autrice d’une douzaine de pièces de théâtre qui ont été présentées sur plusieurs scènes du Québec et d’ailleurs. Son premier roman, Les maisons (Cheval d’août, 2015), a été finaliste du prix France-Québec et du Prix des collégiens.

Pourquoi écrire ?
«J’ai commencé à rédiger des histoires dès que j’ai appris à écrire. Je ne saurais dire pourquoi ni comment c’est arrivé, ce besoin, cet instinct qui me poussait dans cette direction. Je sais seulement que j’y trouvais de la joie, de l’évasion, même si j’ai ressenti très tôt la frustration de constater que mes textes n’étaient pas à la hauteur des livres que j’aimais. »

Les livres les plus marquants
« C’est si difficile de n’en nommer qu’un seul, je n’y arriverais pas. Mais je pense que la poésie et les textes de Leonard Cohen sont sans doute ce qui a eu le plus d’influence sur moi, sur ma vision des choses et sur mes aspirations d’écrivaine. »

Trois romans dont je suggère la lecture

«La pièce de théâtre M.I.L.F., de Marjolaine Beauchamp (Somme toute, 2018), qui se lit comme de la prose et de la poésie en même temps. Elle est porteuse d’une formidable vérité et d’un courage de nommer les choses. J’ai récemment redécouvert
La promenade au phare, de Virginia Woolf (Stock, 1929), et c’est un roman qui m’a fait beaucoup de bien. Cette autrice n’a pas son égale pour décortiquer avec une précision chirurgicale et bouleversante les interstices de l’âme humaine.
La trajectoire des confettis, de Marie-Ève Thuot (Herbes rouges, 2019). Je suis en train de le lire et remplie d’admiration devant la capacité de l’écrivaine d’être à la fois concise et épique, dans un récit ancré, mais décalé. »


Photo: Julien Faugère

David Goudreault

La plume caustique et engagée de David Goudreault lui a valu un nombre considérable de distinctions. Son dernier roman, Ta mort à moi (Stanké, 2019) est l’un des trois finalistes du prix France-Québec.

Pourquoi écrire ?
« L’écriture est un jeu, le plus sérieux de tous. Je connais des écrivains, l’esprit de certains d’entre eux, mieux que celui des membres de ma propre famille. Il y a dans ce jeu, dans cet échange qui passe par la fiction, une vérité qui me fascine depuis l’enfance. Je veux rejoindre des lecteurs comme des écrivains et des écrivaines m’ont touché par leurs livres. »

Le livre le plus marquant
« La vie devant soi, de Romain Gary (Gallimard, 1975). J’étais adolescent, et la folie, la liberté de ce roman ont ouvert un univers de possibles pour moi. J’ai découvert que la fiction était le meilleur outil pour entrer dans la tête ou le cœur de mes contemporains. Ce n’est pas rien ! »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

« Pas même le bruit d’un fleuve, d’Hélène Dorion (Alto, 2020). On retrouve l’écriture précise et ciselée de la poète, dans une fiction douce-amère.
Chroniques de Kitchike, de Louis-Karl Picard-Sioui (Hannenorak, 2017). À la fois trash et kitsch, les personnages de ce recueil brisent les moules folkloriques pour révéler des humains plus grands que nature.
Le patron, d’Hugo Meunier (Stanké, 2019). Le journaliste et chroniqueur commet un premier roman plein d’humour noir et d’irrévérence sur le fossé qui sépare les générations. Et on se sur prend à réfléchir sérieusement à la question, entre deux éclats de rire…»


Photo: Laurent Theillet

Audrée Wilhelmy

Audrée Wilhelmy publie à titre de première œuvre la partie création de son mémoire, Oss (Leméac), en 2011. Son univers, teinté du réalisme magique des contes, séduit le jury du Prix des libraires du Québec, qui lui offre une mise en nomination. Un exploit qu’elle répétera avec chacun de ses quatre romans, y compris son plus récent, Blanc Résine, publié chez Leméac l’an dernier.

Pourquoi écrire ?
«Au départ, je dessinais. J’ai peu à peu ressenti le besoin d’écrire pour expliquer ce que les longues femmes de mes dessins vivaient. J’ai rédigé mes premières histoires vers l’âge de sept ans, dans des cahiers payés 1 $ que j’illustrais abondamment. Cette envie de raconter ne m’a jamais quittée. »

Les livres les plus marquants
«De nombreux livres ont formé l’écrivaine que je suis. Je pense par exemple aux Fous de Bassan (Éditions du Seuil, 1982) ou aux Enfants du sabbat (Éditions du Seuil, 1975), d’Anne Hébert. Plus récemment, Rêver l’obscur, de Starhawk (Cambourakis, 2015), m’a permis de pousser plus loin la construction de mes personnages féminins et de réfléchir autrement au lien qu’elles entretiennent avec la nature. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

« La dévoration des fées, de Catherine Lalonde (Le Quartanier, 2017). Ce livre très particulier permet de penser la féminité, la liberté et le corps en un seul fulgurant élan.
Créatures du hasard, de Lula Carballo (Cheval d’août, 2018). Dans ce roman par fragments, une jeune narratrice dépeint son quotidien dans un quartier populaire d’Amérique du Sud.
Le continent de plastique, de David Turgeon (Le Quartanier, 2016). À la fois ludique et sérieux, psychologique, drôle et inventif, ce roman pose un regard acerbe, mais plein d’affection, sur le milieu littéraire. »


Photo: Eva-Maude TC

Suzanne Myre

Autrice de six recueils de nouvelles et de deux romans, Suzanne Myre est lauréate du prix Adrienne-Choquette et du Prix de la nouvelle Radio-Canada. L’allumeuse, sa dernière publication, est parue en 2018 chez Marchand de feuilles.

Pourquoi écrire ?
«Je n’aime pas cette question dont je n’ai pas la réponse. Réponse qui est le plus souvent faite de clichés. Il n’y a pas de nécessité. J’écris quand je sens que je dois écrire, que j’ai quelque chose à raconter. Je préfère d’ailleurs les travaux manuels, qui vident l’esprit, à l’écriture. »

Le livre le plus marquant
«Réveillez-vous, Monsieur !, de Jonathan Ames (Joëlle Losfeld, 2006). Je l’ai lu alors que j’étais aux prises avec une dépression majeure. Je riais tellement que je finissais par pleurer, de vraies larmes qu’il était autrement impossible d’extraire de moi à ce moment. Je l’ai relu plusieurs fois par la suite, pour être certaine que mon jugement n’avait pas été altéré par l’état second dans lequel je me trouvais. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

«L’ours est un écrivain comme les autres, de William Kotzwinkle (10-18, 2016). Il s’agit d’une satire grinçante sur le monde de l’édition, un thème que j’adore.
Cataonie, de François Blais (L’instant même, 2015). Je ne suis en général pas fan de cet auteur, mais ce recueil de nouvelles, qui plonge son personnage dans les situations les plus absurdes, m’a fait jubiler.
Eleanor Oliphant va très bien, de Gail Honeyman (Fleuve, 2017). Sensible, drôle et intelligent, ce livre a été bardé de prix avec raison. Il m’a enduite d’un bonheur de lecture que je n’ai pas retrouvé depuis. »


Photo: Blanches bulles

Chloé Savoie-Bernard

Poète de la fulgurance et de l’éphémère, Chloé Savoie-Bernard offre un regard lucide sur l’expérience féminine. Elle est l’autrice des recueils de poésie Royaume scotch tape (L’Hexagone, 2015) et Fastes (L’Hexagone, 2018). Elle a aussi dirigé le collectif Corps (Triptyque, 2018).

Pourquoi lire ?
« Lire est, avec manger, dormir, faire l’amour, l’une des choses que je préfère. Comme pour ces autres activités, il y a quelque chose, dans la lecture, qui m’est hygiénique et peut-être vital. J’y trouve de quoi faire une introspection et de quoi m’ouvrir au monde. »

Le livre le plus marquant
«Aujourd’hui, j’ai envie de dire Deuils cannibales et mélancoliques, de Catherine Mavrikakis (Héliotrope, 2015), à cause de l’admiration sans bornes que j’ai pour son œuvre. Un travail où l’on trouve à la fois une célébration de l’amour et une destruction de ce que l’on hait. C’est un roman sur l’amitié et le sida, ainsi que sur l’amour de la littérature. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

« Querelle de Roberval, de Kevin Lambert (Héliotrope, 2018), pour l’absence de crainte envers le grandiose et les destructions, pour l’emportement.
Désormais, ma demeure, de Nicholas Dawson (Triptyque, 2020), pour l’envie de toucher sa blessure, de nommer ce qui oppresse, pour la sensibilité béante.
Chienne, de Marie-Pier Lafontaine (Héliotrope, 2019), pour le courage et l’intelligence vive, pour l’envie de rétorquer. »


Photo: Laurent Theillet

Élise Turcotte

Poète, romancière et autrice pour la jeunesse, Élise Turcotte a remporté à deux reprises un Prix du Gouverneur général. Son dernier roman, L’apparition du chevreuil (Alto, 2019), est, à l’image de son œuvre, une observation radicale et tendue du monde.

Pourquoi écrire ?
«L’écriture est pour moi synonyme d’action. Je me sens plus libre et plus consciente lorsque j’écris. Peu importe ce qui se produit, j’ai toujours l’impression que quelque chose est escamoté dans la mémoire d’un événement. En écrivant, je tâte la vérité, une vérité émotionnelle que seule la forme peut réactiver. »

Les livres les plus marquants
« Il y en a trop. Si je pense à mon enfance, c’est Sans famille, d’Hector Malot (Édouard Dentu, 1878, puis Le Livre de poche), qui m’a fait comprendre la puissance d’évasion de la lecture. Plus tard, en découvrant Faulkner, j’ai appris que la littérature était avant tout la création d’un langage. Ensuite, chaque livre lu en a contenu d’autres, et ma bibliothèque s’est ouverte au monde entier. »

Trois romans récents dont je suggère la lecture

«Bannie du royaume, de Valérie Roch-Lefebvre (La mèche, 2019), pour sa vision de la famille, cette idée que les maladies se transmettent et s’infiltrent dans la lignée.
Le sang des pierres, de Lucille Ryckebusch (Le Quartanier, 2019), pour son concept de l’amour qui empoisonne le sang.
Menthol, de Jennifer Bélanger (Héliotrope, 2020), pour cette urgence d’assembler des morceaux de vie avant la noyade. »