Blogue La course et la vie

11 raisons exotiques de courir ailleurs

Vous voyagez cet été ? Prenez vos souliers de course avec vous. Parce qu’il n’y a rien comme courir ailleurs pour s’évader, dans son corps comme dans sa tête, croit Geneviève Lefebvre.

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C’est bientôt les vacances (et si vous n’avez pas de vacances, lisez quand même, il y a une section « je pars pas, et j’ai besoin d’évasion » en bas de la page). Que met le coureur dans son sac ? Ses runnings. Même s’il n’a pas l’intention de les utiliser, il les met quand même, sinon, il fait de l’anxiété de séparation, et l’anxiété, ce n’est pas bon pour les vacances !

DÉCOUVRIR

Des rues, des quartiers, des villes, des paysages, des sociétés jusqu’alors inconnus à nos pas.

Il n’y a pas de meilleure façon de découvrir un lieu que de le courir. Le cœur qui bat plus vite, qui fait circuler le sang, met tout le corps en état d’éveil, tous les sens à l’affût, et avec une acuité décuplée. L’odeur chaude et sucrée du Ben & Jerry’s à Burlington, l’écho d’un piano au petit matin dans Buenos Aires, la douceur dans l’œil des vaches d’une verdoyante campagne belge… euh, le dépotoir municipal de St-Glinglin ?! Vraiment ?

Ben, au moins on sera édifiés sur les mœurs écologistes des habitants de St-Glinglin !

EN VACANCES DU PLAN

Le reste de l’année, on suit le plan (ou pas…). En vacances, on suit ses envies. Me semble qu’il y a un petit café, juste à côté de la Piazza Navona, qui sert des gelatos… ? Gelateria del teatro ! Je vais courir jusque là, tiens, excellent plan !

ON SOUFFRE MOINS

Forcément, en route pour la Gelateria del teatro, on ne pense qu’à une chose ; quelle saveur choisir ? Pistache, café, chocolat blanc ? Du coup, on ne sent pas du tout ses jambes.

SE PERDRE

Au diable les guides, les cartes, et les conseils ! Ah, la joie de se perdre au gré des ruelles, des plages, des grands boulevards. On finit toujours par retrouver son chemin, ou par en découvrir un autre, avec en prime le sentiment d’avoir vécu une aventure.

Ça décrasse, et ça déniaise.

SE FABRIQUER DES TRAJETS SOUVENIRS

Partir au hasard, Balthazar, sa montre GPS au poignet. Pas pour la vitesse, oh que non. Juste pour la joie enfantine de regarder les trajets exotiques s’afficher sur ton écran d’ordinateur au retour. La fois où tu t’es perdu à Beyrouth, à Sept-Îles, ou à Charleston, et que tu as vécu une aventure incroyable.

LAISSER DES SOUVENIRS IMPÉRISSABLES À LA POPULATION LOCALE

Au petit matin de l’été 2014, dans le minuscule village de Doruma, au nord du Congo, les habitants ont vu un point blanc et jaune fluo sur la piste d’atterrissage de brousse. La bestiole, semblable à une grosse mouche, a couru toute la piste, avant de se diriger vers le village et de zigzaguer entre les habitations. C’était un « mzungu » (un blanc) en sueur qui découvrait les joies de la terre rouge africaine. Tous les enfants riaient, y compris la grosse mouche jaune.

Il paraît que le village en parle encore…

SE PITCHER DANS L’OCÉAN APRÈS UNE COURSE

Celle-là se passe d’explication…

COURIR UN MARATHON (PRESQUE) SANS S’EN APERCEVOIR

Un jour de déprime, prise d’une bulle au cerveau, tu t’inscris dans un marathon « loin de chez vous ». 20 semaines d’entraînement plus tard, tu te retrouves dans une ville où tu ne serais jamais allée dans cent ans si ça n’avait pas été de cette bulle au cerveau qu’on appelle aussi « course à pied ».

Du coup, sans avoir le moindre repère, et avec la distance indiquée en « miles » (ça fait combien de kilomètres déjà, 20 miles, je suis rendue où ? C’est compliqué calculer tout ça), ton esprit est trop occupé par les nouveaux paysages, une flore inconnue (tiens, des palmiers en janvier !), quand ce n’est pas carrément une faune (ce truc à grande queue, c’est un alligator ou un flamant rose ?) pour penser à ton corps qui a mal.

La première affaire que tu sais, t’es rendue et tu manges du « shrimps & grits » en buvant une bière locale bien froide. Gros bonheur sale.

CARB-LOADER* sur un autre régime

Je sais, je sais, partout, ils disent de ne surtout pas manger exotique avant une course. Mais mon meilleur temps au marathon, je l’ai fait après avoir mangé du « deep fried southern style chicken » en Caroline du Sud, et des rondelles d’oignon bien graisseuses au Vermont. So

*expression consacrée pour l’accumulation de glucides juste avant de courir une longue distance. Je pense qu’après les rondelles d’oignons, on peut ajouter l’expression « fat loader » !

DONDE ESTAN LOS SERVICIOS POR FAVOR ?

Rien comme la course pour apprendre les mots essentiels d’une langue étrangère. Muchas gracias !

Central-Park-Fleurs

Central Park en fleurs.

 

SO SO SO, SOLIDARITÉ

Un marcheur avec une casquette et un iPhone c’est un maudit touriste.

Un coureur avec une casquette et un iPhone, c’est… un coureur. Je sais, c’est injuste, mais c’est de même. Les coureurs font partie d’une confrérie universelle qui se fout des passeports.

Tenez, New York, fin avril.

Je ne suis pas venue à New York depuis… 33 ans (je sais, je sais), et je n’ai que 24 heures dans la Grosse Pomme. Si peu de temps pour tout faire, et je fais quoi ?

Je vais courir.

Central Park est en fleurs, la fine bruine lustre la verdure de ce parc mythique, les New-Yorkais sont aimables (n’en déplaise aux clichés ou alors c’est qu’ils prennent tous de la drogue), et un jardinier lève son pouce en me criant ; « keep that pace, champ’ » comme si j’étais Kara Goucher. Sous sa chienne de travail, il me montre fièrement qu’il porte le chandail du marathon de New York.

Un coureur.

Quelques minutes plus tard, la bruine se transforme en orage et des trombes d’eau me tombent dessus. J’entre chez Bergdorf Goodman, grand magasin de luxe. Trempée, en runnings et en shorts, j’ai l’air d’un chien barbet, et vraiment pas d’une cliente qui s’apprête à dépenser pour son prochain cocktail.

Une vendeuse aimable s’approche avec une serviette, et une bouteille d’eau ; « I love running in the rain, but this is a bit much, isn’t it » ?

Une coureuse.

Rien à ajouter…

***

PAS D’ARGENT, PAS DE TEMPS, PAS DE VACANCES ET QUAND MÊME BESOIN D’ÉVASION?

On change ! D’itinéraires, d’habitudes, de musique. On se paye des gelatos à la fin d’une course, on se trouve une piscine municipale où on se jette à l’eau après avoir sué sa vie, on découvre des nouveaux quartiers, quitte à prendre le vélo, le métro, pour s’y rendre, on s’enregistre des leçons d’espagnol ou de mandarin dans le iPod, et c’est parti mon kiki, vive les vacances!

yù shì, xie xie ni !*

*Je vous laisse deviner ce que ça veut dire. Des heures de plaisirs exotiques en vue !

***

Geneviève Lefebvre est l’auteur de deux romans noirs, Je compte les morts et La vie comme avec toi, tous deux salués par la critique. Son dernier roman, Va chercher, vient d’être acheté par la maison d’édition Robert Laffont, et sortira en France en avril 2015.

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