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Course à pied : les femmes devant les hommes

Les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes dans les épreuves de 5 et 10 km.

Photo : Istockphoto

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La popularité de la course à pied ne se dément pas au Québec. Depuis cinq ans, les épreuves se multiplient. Et les femmes sont les premières sur les lignes de départ.

Josée Chartier se souvient bien du jour où elle a décidé de participer à son premier demi-marathon. Elle prenait un verre avec sa voisine, qui l’a mise au défi de courir à ses côtés. « Je me suis inscrite avec mon iPhone dans le bar ! » dit la mère de trois enfants, qui courait alors depuis un an. Quatre mois plus tard, en juin 2012, elle terminait un 21 km à Sherbrooke. « Je n’avais jamais été aussi en forme de ma vie, même durant mes années à l’université », reprend la Sherbrookoise de 38 ans.

De plus en plus de femmes courent au Québec. Elles sont désormais plus nombreuses que les hommes dans les épreuves de 5 et 10 km. « Et elles devraient les dépasser d’ici deux ou trois ans dans les demi-marathons », estime Réjean Gagné. Cet amateur de course à pied recense depuis quatre ans les épreuves québécoises sur son site Internet, iskio.ca. « Ça devient difficile à suivre ! » dit-il. En 2013, près de 90 épreuves de course à pied, de trail et de cross-country se sont ajoutées aux quelque 350 déjà existantes. De nouvelles courses qui, observe-t-il, attirent en grande partie des femmes.

Courir et sociabiliser
C’est le cas des Courses gourmandes, un circuit de trois épreuves lancé en 2013 et qui vise à faire découvrir des produits du terroir (sirop d’érable, pommes et bière). Environ 70 % des participants sont des femmes. « Cette popularité féminine pourrait s’expliquer par le fait que notre publicité est entièrement diffusée dans les réseaux sociaux », dit la coorganisatrice de l’événement, Marjorie Pilon. (Les femmes utilisent davantage Facebook que les hommes, selon l’enquête NETendances 2013 du CEFRIO.) L’atmosphère festive – plutôt que compétitive – séduit aussi. Après avoir gambadé dans des vergers de Rougemont, les coureurs, rouges comme des pommes, sirotent un verre de cidre.

Le tsunami de la course à pied se fait aussi sentir dans les courses établies. Quelque 700 personnes ont couru le long de la Promenade du Saint-Maurice, à Shawinigan, lors des six épreuves de 5 km de la Série du diable tenue cet été. « La proportion de femmes est passée de 20 % il y a huit ans à environ 50 % aujourd’hui, estime Caroline Lamy, l’une des porte-parole de l’événement. Beaucoup de mères courent avec leur fille. » Tout le monde y va à son rythme. « Les femmes peuvent se motiver et socialiser lors des épreuves », ajoute-t-elle. Et trinquer à leur performance avec un verre de bière offert au fil d’arrivée par la microbrasserie Le Trou du diable.

S’entraîner en s’entraidant
Pour bien des femmes, ces épreuves permettent de se dépasser et de persévérer. « Se fixer des objectifs, ça fouette, dit Josée Chartier. Ce n’est pas toujours facile de trouver du temps pour soi entre les pratiques de hockey, les matchs de soccer et les cours de musique de l’un et de l’autre. » La mère de trois enfants – en garde partagée – et sa voisine se sont entraidées pour arriver à s’entraîner. « À l’occasion, on gardait ou on faisait souper la gang d’enfants pendant que l’autre courait », dit Josée Chartier.

Un petit 25 minutes par-ci, des tours de parc ou de pâtés de maisons par-là, on peut courir partout, ou presque. Et c’est pour cette raison qu’autant de femmes deviennent des adeptes, selon les experts consultés.

Marie-Josée Gervais, ancienne cycliste d’élite (elle a été membre de l’équipe canadienne), est l’une de celles-là. Faute de temps, cette maman de 43 ans a cessé de rouler pour courir. « La course à pied, c’est vite fait, bien fait », résume celle qui dirige les Défis du Parc, un événement tenu au parc de la Mauricie qui comporte des épreuves de vélo et de course. En plus de faire pomper le cœur, cette activité permet d’évacuer le stress et de brûler des calories. « C’est un outil efficace pour se remettre en forme, poursuit-elle. Pour plusieurs femmes, c’est un moyen de perdre du poids. »

S’entraîner – à la course à pied ou à une autre activité physique – est « bien vu » dans la société actuelle, selon Suzanne Laberge, professeure au département de kinésiologie de l’Université de Montréal. « Surtout avec les normes sociales liées à l’apparence physique », précise-t-elle. D’ailleurs, les modèles de coureuses abondent. « Bien des vedettes féminines s’y mettent et en parlent dans des magazines », dit Guy Thibault, du ministère québécois de l’Éducation, du Loisir et du Sport, et auteur de En pleine forme. Conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer (Vélo Québec Éditions). « Courir est devenu in. »

Les grandes marques ont bien saisi cet engouement, observe François Lecot, kinésiologue et entraîneur de course à pied. « Qui aurait cru qu’un jour les femmes courraient en jupe ? dit-il. Avant, on n’aurait jamais vu de vêtements de course roses. C’était blanc, rouge, bleu et noir. »

Une simple mode, alors, la course à pied ? Pas si l’on se fie au modèle de la Colombie-Britannique. « Les femmes sont plus nombreuses que les hommes au demi-marathon de Vancouver depuis 2001 », dit François Lecot. Il faut dire que les Britanno-Colombiennes bénéficient d’un climat plus clément que celui des Québécoises.

Josée Chartier, elle, a bien l’intention de participer à un deuxième demi-marathon. Et pourquoi ne pas tenter l’aventure d’une course d’obstacles, les deux pieds dans la boue ? Une vingtaine de courses du genre – on les appelle aussi « courses Spartan » – existent au Québec (contre trois en 2011 !). Josée Chartier a assisté au XMAN du mont Orford cette année. « C’était superbe, dit-elle. Un must pour l’année prochaine ! »


Des livres qui se vendent à la vitesse d’un sprint

Courir mieux, par Jean-François Harvey, les Éditions de l’Homme

Courir au bon rythme, tome 1, par Jean-Yves Cloutier et Michel Gauthier, les Éditions La Presse (Le deuxième tome est paru en septembre.)

Pas : chroniques et récits d’un coureur, par Yves Boisvert, les Éditions La Presse

La course à pied au féminin, par Sophie Allard, les Éditions La Presse

En pleine forme : conseils pratiques pour s’entraîner et persévérer, par Guy Thibault, Vélo Québec Éditions

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