Hélène Dumais, l'infatigable coureuse

Courir un marathon? Pfft, pour Hélène Dumais, ce n’est rien! Portrait d’une dure de dure qui enfile les épreuves de 125, 250 et même 888 km.

 
Photo: Liz Barney

Rien ne peut arrêter la coureuse Hélène Dumais. Ni la fatigue, ni le froid, ni les volcans! Depuis bientôt 10 ans, elle est abonnée aux épreuves d’endurance qui forcent le respect. Spine Race, Infinitus, TransRockies… ces courses méconnues du public, qui se disputent en montagne, offrent à l’athlète ce dont elle raffole : des défis en apparence insurmontables et une poussée d’adrénaline.

Dès qu’elle a découvert ces compétitions extrêmes, Hélène Dumais a eu la piqûre. Au point où elle en a fait un mode de vie. Ni plus ni moins. « Chaque jour, je veux me sentir en vie, lance l’ultramarathonienne de 38 ans, tout sourire. J’aime tester mes limites, aller mettre un pied de l’autre côté de celles-ci et accomplir des choses que je ne croyais pas pouvoir faire. »

C’est donc « en testant ses limites » qu’elle est devenue, en 2016, la première femme à terminer la Survival Run Nicaragua, une course d’endurance de 24 heures, ponctuée d’épreuves psychologiques et physiques, au beau milieu de la jungle et des volcans. Ce genre de compétitions, estime-t-elle, lui permet de réveiller ses instincts. « J’adore être dans la nature et accomplir des défis en autonomie, en comptant sur ma force mentale et ma capacité d’adaptation. Ça me permet d’être en symbiose avec mon environnement. »

Le goût du risque

Rien ne destinait pourtant cette petite bombe d’énergie de 1,57 mètre (5 pieds 2 pouces) et 54 kilos (120 livres) à réaliser de tels exploits sportifs. Adolescente, elle rêve plutôt d’être comédienne et se prépare à étudier en théâtre. Mais son père refuse net. Quelques années plus tard, elle plie bagage et s’envole pour l’Europe, où elle devient sommelière.

Ce n’est qu’à 23 ans qu’elle chausse ses premiers souliers de course. Et c’est à 28 ans qu’elle s’inscrit à une première épreuve de 10 km, à Val-David, dans les Laurentides. Et remporte sa première victoire! L’athlète devient accro, les doses augmentent. Un 21 km ici, un 58 km là. Puis, rapidement, elle s’impose du plus costaud: la TransRockies, au Colorado (193 km en six jours), et l’Ultra-Trail Harricana de Charlevoix, une course de 125 km bouclée en 15 heures 40 minutes, ce qui lui vaut la première place chez les femmes. « On devrait toujours se lancer des défis que l’on pense pouvoir atteindre à 50 %, philosophe-t-elle. Si on veut accomplir de grandes choses, il faut sortir de sa zone de confort. »

Cette façon d’aborder la vie n’est toutefois pas sans risque. En août 2017, elle a failli périr en pleine compétition dans les montagnes de la Colombie-Britannique. Pendant une descente abrupte, le coureur tout juste derrière elle est tombé et l’a entraînée dans sa chute. Les deux ont dégringolé sur une pente de plus de 45 degrés. « Je n’arrivais pas à freiner et je fonçais droit sur un rocher. Je me suis dit “ça y est, je vais mourir”. » Mais elle est parvenue à s’arrêter. Et, sous le choc, elle s’est rendu compte que, grâce à ce « raccourci », elle avait gagné du terrain. L’éternelle positive a alors repris la course, énergisée par la dose d’adrénaline qu’elle venait de recevoir!

D’autres courses mettent plutôt son « mental » à l’épreuve, comme la Montane Spine Race 2017, un parcours de 430 km en Angleterre, à boucler en sept jours. La course s’est déroulée dans le froid et sous une pluie battante. Fatiguée, trempée, les pieds en compote, elle a puisé loin dans ses réserves pour ne pas abandonner. « J’ai vécu un drôle de mélange d’inconfort et de sentiment d’être vraiment vivante », dit-elle. Un paradoxe qui lui a sans doute donné des ailes, puisqu’elle a terminé la course en six petits jours et demi, décrochant la deuxième place.

Photo: Micah Ness

S’attaquer à 888 km

En juin 2018, la coureuse québécoise s’est attaquée pour la troisième fois à un morceau de choix: la course Infinitus, au Vermont. Dix jours, 888 km. C’est la distance entre Montréal et Sept-Îles! Un défi de fou, que seuls un ou deux concurrents réussissent à tenir chaque année.

Après deux échecs, elle a peaufiné un plan de match rodé au quart de tour et a recruté une chef d’équipe qui agissait comme son « cerveau », gérant son sommeil (quatre heures par jour) et ses repas, pour qu’elle-même se concentre sur la seule tâche de faire avancer la « machine ». Pour y parvenir, elle a engouffré chaque jour au moins 8 000 calories, soit quatre fois la quantité quotidienne normale pour une femme. Par ici les avocats, la mayonnaise, les noix de macadamia, le chocolat!

Et le plan a fonctionné: elle a couru les 888 km en 238 heures…

Après un repos de plusieurs semaines, elle s’est remise à la course de longue distance en février dernier, en effectuant la double traversée du Grand Canyon, un trajet de 160 km, juste pour le plaisir d’accompagner un coureur qu’elle entraîne.

Carburer aux exploits

Toutes ces épreuves procurent à l’athlète le matériau idéal pour alimenter les nombreuses conférences qu’elle donne. Écoles et entreprises, entre autres, l’embauchent pour qu’elle parle à leurs étudiants ou employés d’aventure et de dépassement de soi, des thèmes qu’elle connaît bien! Elle offre aussi, en personne et en ligne, ses conseils sur l’entraînement. C’est ainsi qu’elle gagne sa vie, puisque le sport qu’elle pratique n’est pas doté de bourses dignes de ce nom. On est loin du tennis, du hockey ou du soccer. 

En 10 ans, malgré ses prouesses et ses podiums, elle a à peine reçu une dizaine de bourses allant de 50 à 150 dollars, en plus de l’aide de quelques commanditaires qui lui fournissent du matériel gratuit. Comme les offres et les opportunités de conférences, de coaching, de courses et challenges sont plus nombreuses au Québec, elle a décidé de revenir s’établir à Montréal en mai 2018, après avoir vécu trois ans à Washington. 

Heureusement, Hélène Dumais ne court pas pour l’argent. Sa récompense réside plutôt dans les exploits qu’elle accomplit. « Parfois, je me surprends moi-même, dit-elle. Et je suis impressionnée par ce que l’être humain peut faire! »

Son prochain pari: lancer une série d’expéditions de course nommées Run with a purpose [« Courir en ayant un but »], qui allieraient défi d’endurance et soutien à des causes humanitaires ou environnementales. Par exemple, elle souhaite courir 200 km avec d’autres participants pour relier plusieurs villages africains sans accès à de l’eau potable. L’objectif de l’événement sera de donner une meilleure visibilité à ce problème crucial tout en amassant des fonds pour creuser des puits. Une autre mission impossible? « Je suis toujours motivée quand les gens disent que c’est impossible », explique-t-elle. On la croit sur parole.

Les 5 courses les plus difficiles qu’elle a faites

Montane Spine Race:
430 km en Angleterre

Infinitus 888k:
888 km dans le Vermont, aux États-Unis

Survival Run Nicaragua:
course à épreuves de 80 km et plus

Cross Florida Individual Time Trial (CFITT):
course à vélo et à pied de 402 km

Ultra-Trail Fuego y Agua Nicaragua 100k:
course de 100 km

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