Blogue La course et la vie

Tabou : les vieux, ça court pas

Je ne compte plus les têtes blanches – et bien blanches, pas juste « un peu de gris » - que j’ai vues dans certaines courses.

L'auteure, Geneviève Lefebvre

L’auteure, Geneviève Lefebvre

Je ne sais pas pour vous, mais moi,  j’ai la ferme intention de devenir « une p’tite vieille qui court ». Ne comptez pas sur moi pour me tenir tranquille : je visualise « Ma’ Dalton », les runnings aux pieds.

À cause de ma cinquantaine, j’ai souvent entendu « la course, à ton âge, vraiment »?

Oui. La course. À mon âge. Vraiment.

Est-ce bien prudent?

Certainement plus que d’attendre que le cholestérol, le diabète et l’ennui me rattrapent parce que je suis restée bien assise dans mon divan à boire du Chardonnay.

Chardonnay, mon ami, inutile de te vexer, je t’aime toujours, mais après avoir couru mes kilomètres quotidiens, et en lisant l’étude publiée dans le « Journal of Science and Medicine in Sport » qui me dit que les coureurs vivent de 2.8 à 5.7 années de plus que la population générale.

Et en bien meilleure forme.

Je ne compte plus les têtes blanches – et bien blanches, pas juste « un peu de gris » – que j’ai vues dans certaines courses. Au marathon de Niagara on the Lake, c’était carrément gériatrique, version fluo. Et non seulement ces adorables vieux courraient le « full » marathon, mais plusieurs courraient l’ultra marathon (50 km)!

Et pas en marchette.

Qu’on se le dise, les derniers Flyknit de Nike font aussi bien à des pieds de petite vieille qu’à des pieds d’athlète olympique et notre carrosse ne se change pas en citrouille à 50 ans passés, bien au contraire.

Au royaume des contes de fées à têtes blanches, il était une fois Ed Whitlock, son torse frêle dans sa camisole rouge, ses cheveux blancs au vent, et son sourire radieux d’homme qui s’entraîne en courant… dans les cimetières! Ed n’avait pas fait de course depuis l’adolescence quand il s’y est remis dans la quarantaine. À ce jour, il est le seul humain à avoir couru un marathon sous la barre des 3 heures dans la catégorie 70 ans et plus…

Il était une fois Betty Jean McHugh, née sur une ferme en Ontario. Qui a commencé à courir à l’âge vénérable de 50 ans et qui a fini par fracasser des records mondiaux. Elle a aujourd’hui 85 ans et elle a couru le marathon d’Honolulu en 5:12, établissant un nouveau record mondial dans la catégorie « 85-89 ans ».

Il était une fois notre Jacqueline Gareau nationale, mince comme un fil, « narfée » comme un poulain de printemps à la crinière argentée, et que je vois régulièrement, souriante et chaleureuse, dans des évènements de course. L’olympienne est la seule québécoise à avoir gagné le légendaire marathon de Boston en 1980. Et elle court encore. Et encore!

Il était une fois Joy Johnson, 86 ans, qui après avoir terminé son 25ème marathon, celui de New York, est allée se reposer dans sa chambre d’hôtel pour ne jamais se réveiller.

Triste? Du tout.

“I always say I’m going to run until I drop,”  avait dit Johnson juste avant de courir son dernier marathon.
Elle voulait mourir dans ses runnings. Elle a eu la mort qu’elle voulait.
Combien d’entre nous pourront en dire autant ?

Photo : Istockphoto

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