Forme

Le retour de la course à pied

Envie de vous remettre en forme ? La course à pied est pour vous. Pas compliqué : on enfile ses chaussures, on ouvre la porte et hop ! on s’élance dans la rue.

La cuisse musclée, le mollet ferme, Chantal Guindon grimpe au pas de course la côte de la rue Atwater, dans l’ouest de Montréal. Elle a le souffle haletant, mais elle tient la cadence. Hiver comme été, cette coureuse de 44 ans parcourt chaque semaine une vingtaine de kilomètres.

Il y a trois ans, Chantal n’était pas très sportive. À la suite de sa séparation, elle a perdu plus de 20 kilos, puis a décidé de chausser ses souliers de course. Depuis, cette coordonnatrice au doublage d’une chaîne télé jogge à l’heure du lunch dans les rues tranquilles de Westmount, près de son travail. De plus en plus de Québécois pratiquent comme elle la course à pied. L’an dernier, 15 000 d’entre eux ont pris part à l’une des épreuves du Marathon Oasis de Montréal, soit 5 400 de plus qu’en 2008. Et on en attend encore davantage en septembre prochain.

Les femmes représentent près de la moitié des participants du 10 km et du demi-marathon. « Les compétitions de course sont de véritables happenings où elles ne craignent pas d’être jugées en fonction de leur performance », dit le chercheur Guy Thibault, du ministère québécois de l’Éducation, du Loisir et du Sport et auteur du livre Entraînement cardio – Sports d’endurance et performance (Vélo Québec Éditions).

Pratiquement tout le monde peut s’adonner au jogging. Il suffit d’enfiler une bonne paire de chaussures de course et de s’élancer… En plus d’être pratique, la course est « payante ». « On dépense plus d’énergie à courir durant 30 minutes qu’à faire du vélo pendant la même période », dit Richard Chouinard, entraîneur et kinésiologue à l’Université Laval. Le coureur doit supporter son poids corporel, contrairement au cycliste, porté par son vélo.

Ce sport reste exigeant. Edith Lemire peut en témoigner. À l’automne 2007, la comptable agréée de 37 ans s’est lancé le défi de participer à un minitriathlon (280 m à la nage, 15 km à vélo et 3,75 km à la course) et de perdre ses 27 kilos en trop. Après quelques vaines tentatives et une blessure à un pied, elle a fait appel, l’an dernier, à une entraîneuse personnelle. Sa première séance ? Quatre minutes de course, 1 minute de marche, et ainsi de suite pendant 20 minutes. « Mon cœur pompait et j’avais très mal aux jambes », dit-elle. Ce n’est plus le cas maintenant.

Edith Lemire court désormais près d’une heure d’affilée. Depuis août 2009, la Montréalaise a perdu 16 kilos en combinant entraînement et régime alimentaire. Fin mai, elle participera à la Fin de semaine des courses d’Ottawa. « Courir est devenu vraiment plaisant. » Tellement qu’elle traîne toujours ses chaussures de course dans ses valises.

La course use-t-elle les genoux ?

Selon de nombreuses études, la course à pied ne cause pas l’arthrose du genou, indique le médecin et professeur agrégé à l’Université McGill Ian Shrier. Courir n’aggrave pas la dégradation du cartilage chez la plupart des gens qui souffrent de ce problème – mais ceux qui ressentent de la douleur en courant devraient renoncer.

Les mordus vous le diront : ils n’ont pas de mérite, ils aiment courir ! J’en suis. Des kilomètres, j’en avale depuis huit ans. Pour le plaisir de gambader librement – comme un chien qu’on libère de sa laisse –, évacuer mon trop-plein d’énergie et redécouvrir ma ville. Au fil des ans, c’est même devenu un moyen de transport. En trottant du bureau à la maison, je m’épargne les pannes de métro (mais pas le smog !). C’est aussi un beau prétexte pour ne pas rapporter de dossiers le soir…

« Quand je reviens fatiguée du bureau, je vais courir plutôt que de m’écraser sur le sofa, dit Chantal Guindon. Je sais que cela me donnera un second souffle et que je vais bien dormir. »

Avoir mal pour se sentir bien… Un brin maso, oui. Une drogue, la course ? « Une drogue douce ! » répond en riant le coureur et kinésiologue François Lecot. Quand on court, l’organisme libère des endorphines, des substances analgésiques qui atténuent la douleur. Grâce à l’imagerie médicale, des chercheurs allemands ont démontré, en 2008, que les endorphines agissent sur des régions du cerveau associées aux émotions et à l’humeur, ce qui pourrait provoquer un sentiment de bien-être pendant et après un effort physique prolongé. D’autres experts montrent plutôt du doigt l’anandamide, une substance naturelle dont la structure ressemble au principe actif du cannabis. Selon eux, l’euphorie du coureur tiendrait à ce « petit joint roulé par l’organisme ».

Chose certaine, le jogging procure un sentiment d’accomplissement. L’an dernier, sous les encouragements de sa fille de 14 ans, Chantal Guindon a participé à sa première course au Marathon Oasis de Montréal. « Vas-y maman, t’es capable ! » Ç’a été le mantra de Chantal, qui n’avait jamais parcouru 10 km en si peu de temps. Une victoire personnelle qui l’habite encore. Et quel bel exemple pour son ado !

3 conseils à la débutante

  • Des chaussures de qualité. Les experts recommandent de les acheter dans une boutique spécialisée équipée d’une piste de course. Ainsi, le vendeur peut regarder la cliente courir et lui proposer un modèle adapté. Une bonne paire coûte autour de 150 $. Il faut la remplacer après environ 80 heures de course ou 800 km (3 séances de 30 minutes par semaine pendant un an).
  • Mollo ! Pour éviter les blessures d’usure (tendinite et périostite), y aller progressivement. Les débutantes devraient s’entraîner au moins un mois avant de courir 30 minutes d’affilée, d’après Guy Thibault, et alterner course et marche rapide (ex. : 30 secondes de jogging et 4 minutes de marche, à répéter 4 fois). Arrêter l’entraînement un mois, chaque année.
  • L’expérience du club. Plusieurs clubs de course ont vu le jour. Des boutiques spécialisées ont même le leur. Y prendre part permet de se motiver et d’améliorer sa technique.