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« Je pensais que c’était la ménopause » : l’histoire de Julia, atteinte d’un cancer de l’endomètre

Lorsqu’elle a commencé à avoir des saignements anormaux et des douleurs persistantes, Julia a cru que cela faisait partie du processus naturel de vieillissement. Aujourd’hui, un oncologue médical et elle exhortent les femmes à accorder davantage d’attention à ces symptômes trop souvent considérés comme normaux.
« Je pensais que c’était la ménopause » : l’histoire de Julia, atteinte d’un cancer de l’endomètre

À l’origine, Julia G. pensait que ses saignements abondants, ses douleurs aux hanches et l’épuisement qui l’accablait faisaient partie du processus de vieillissement. Elle a mis ces malaises sur le compte de la périménopause.

« Mes symptômes ressemblaient beaucoup à ceux de la périménopause : maux de hanches, règles irrégulières… Je me suis dit que tout ça était normal », explique cette mère de famille originaire de Strathmore, en Alberta. Mais ce ne l’était pas.

Lorsque Julia a finalement appris qu’elle souffrait d’un cancer de l’endomètre, la maladie s’était déjà propagée au-delà de l’utérus.

Son histoire montre à quel point il est facile de confondre le cancer de l’endomètre avec la ménopause ou avec des changements hormonaux ordinaires. Cela est particulièrement vrai pour les femmes dans la quarantaine, la cinquantaine et la soixantaine, en périménopause ou postménopausées.

Le cancer de l'endomètre, qui prend naissance dans la muqueuse utérine, est l'un des cancers dont l'incidence augmente le plus rapidement chez les Canadiennes. Bien que cette maladie puisse toucher les femmes de tout âge, le risque de la développer augmente après la ménopause.

Ce risque est également associé à des facteurs tels que l'obésité, le diabète, les cycles menstruels irréguliers, le fait de n'avoir jamais été enceinte et les antécédents personnels ou familiaux de cancers héréditaires. Tout cela fait en sorte que la maladie peut être difficile à détecter, car les symptômes sont souvent attribués à la ménopause ou à des changements hormonaux courants.

« Je pensais que c’était la ménopause » : l’histoire de Julia, atteinte d’un cancer de l’endomètre

La population la plus susceptible de développer un cancer de l’endomètre est également celle qui risque le plus de confondre ses signes avant-coureurs avec d’autres symptômes. En fait, 80 % des Canadiennes âgées de 40 ans et plus n’ont pas les connaissances de base sur de cette maladie, tandis que 60 % d’entre elles confondent ses principaux signes avant-coureurs avec des changements liés à la ménopause ou à d’autres affections pelviennes, révèle un sondage pancanadien mené récemment auprès des femmes de ce groupe d’âge.

« Le principal symptôme qui devrait alerter les femmes, c’est un saignement anormal. Toutefois, il n’est pas toujours pris au sérieux car il est considéré comme faisant partie de la norme », explique le Dr Amit Oza, oncologue au Princess Margaret Cancer Centre, établissement spécialisé dans les cancers gynécologiques, à Toronto. « Nous voyons souvent des femmes qui ont attendu plusieurs mois après l’apparition des symptômes avant de demander des examens plus poussés », ajoute-t-il.

Parmi les signes avant-coureurs : des saignements entre les règles, des saignements anormalement abondants ou des saignements qui surviennent après la ménopause. Dans le cas de nombreuses femmes, lorsqu’elles se rendent compte que quelque chose ne va pas, la maladie peut déjà être plus difficile à traiter.

Pour Julia, le moment déterminant s’est produit de manière inopinée alors qu’elle était au travail.

« J’ai senti un petit claquement et je me suis dit : “qu’est-ce qui se passe ?” », se rappelle-t-elle. « Je me suis précipitée aux toilettes et j’avais du sang partout. Je me souviens d’avoir pensé que ce n’était pas normal. Mais comme j’avais déjà entendu des femmes parler de règles très abondantes ou de “fuites”, j’ai essayé de rationnaliser tout ça. »

Le délai entre les symptômes et le diagnostic

Même après que Julia a soupçonné que quelque chose n’allait pas, obtenir des réponses a été difficile. Comme elle préférait consulter une gynécologue, elle a été placée sur une longue liste d’attente. « J’ai attendu un an et demi avant de pouvoir consulter une gynécologue, raconte-t-elle. Mon médecin de famille m’a dit que ça pouvait arriver parfois, alors j’ai conclu que mon cas n’était pas urgent. »

Le Dr Oza insiste : il ne faut jamais ignorer des symptômes qui persistent, surtout les saignements anormalement abondants, les saignements après la ménopause, les douleurs pelviennes ou les ballonnements. Si ces symptômes s’étirent sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, ou s’ils s’accompagnent d’un inconfort de plus en plus gênant, il recommande de consulter un spécialiste pour un examen plus approfondi, comme une imagerie médicale.

« Je pensais que c’était la ménopause » : l’histoire de Julia, atteinte d’un cancer de l’endomètre


Entre-temps, les symptômes de Julia se sont aggravés.

Une première échographie a révélé que son endomètre avait une épaisseur de 10 millimètres. À l’examen suivant – près de 24 mois plus tard –, l’épaisseur avait plus que doublé et atteignait 23 millimètres, soit bien au-delà du seuil qui exige un examen plus approfondi chez les femmes présentant des saignements postménopause.

« Quand j’ai cherché sur Google ce que signifiait cette mesure, tout m’indiquait qu’il s’agissait probablement d’un cancer, dit-elle. C’est là que j’ai réalisé que quelque chose de grave était peut-être en train de m’arriver. »

Puis, après son hystérectomie, la réalité l’a rattrapée. « J’ai appris que le cancer s’était propagé à mes ganglions lymphatiques en dehors de l’utérus, poursuit Julia. J’étais sous le choc. À partir de ce moment-là, tout a basculé. J’étais envahie par la peur et l’anxiété. »

Pourquoi le dépistage précoce est essentiel

Selon le Dr Oza, environ 8 000 Canadiennes reçoivent chaque année un diagnostic de cancer de l'endomètre. Comme pour de nombreux cancers, les pronostics sont nettement meilleurs lorsque la maladie est détectée à un stade précoce.

« À ce moment-là, la chirurgie – le plus souvent une hystérectomie – est très efficace et souvent curative, explique l’oncologue. C'est pourquoi le diagnostic précoce est si important. Plus le cancer évolue vers des stades avancés, plus le traitement devient complexe, combinant chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie et immunothérapie. »

L’une des plus grandes percées dans la prise en charge du cancer de l’endomètre est l’évolution vers des traitements plus personnalisés, fondés sur la composition moléculaire de la tumeur de la patiente. Les chercheurs savent désormais que le cancer de l’endomètre se divise en plusieurs sous-types distincts, dont certains répondent très bien à l’immunothérapie. Ce traitement aide le système immunitaire à reconnaître et à attaquer plus efficacement les cellules cancéreuses.

Dans certains cas, l’immunothérapie est jumelée à la chimiothérapie. Cette dernière aide à réduire ou à affaiblir le cancer, tandis que l’immunothérapie peut aider l’organisme à continuer de cibler les cellules cancéreuses restantes. « Pour certaines patientes, ces nouvelles associations de traitements offrent des options thérapeutiques qui n’existaient pas il y a quelques années à peine. »

Le Dr Oza souligne également que de 25 % à 30 % des cancers de l’endomètre présentent un biomarqueur appelé « déficit de réparation des mésappariements » (MMRd), qui pourrait faire en sorte que certaines patientes soient plus réceptives aux traitements par immunothérapie.

La tumeur de Julia présentait le biomarqueur MMRd, ce qui lui a permis de bénéficier d’une approche thérapeutique ciblée qui, comme elle le dit elle-même, a changé sa vie.

Quand la ménopause cache quelque chose de plus grave

Julia et le Dr Oz estiment que la tendance à considérer les symptômes comme étant simplement liés aux règles, à la ménopause et à la santé reproductive constitue l’un des principaux obstacles à un diagnostic précoce de cancer de l’endomètre.

« Ce type de cancer n’a rien agréable, dit Julia. Mais il faut en parler, car ces informations peuvent aider d’autres femmes. Je souhaite vraiment que les gens n’aient pas peur de faire valoir leur opinion auprès de leur médecin. »

« Je pensais que c’était la ménopause » : l’histoire de Julia, atteinte d’un cancer de l’endomètre

Le Dr Oza convient que les saignements anormaux – en particulier après la ménopause – ne devraient jamais être considérés par les femmes comme une fatalité avec laquelle elles doivent apprendre à vivre. « Si quelque chose cloche et provoque des symptômes, il est vraiment important d’en parler à votre médecin et de vous faire examiner rapidement, dit-il. Plus un problème est détecté tôt, mieux c’est. »

Cette urgence d’agir est importante, selon l’oncologue. De nombreuses femmes attendent des mois avant de consulter pour un examen plus approfondi, convaincues que leurs symptômes sont d’origine hormonale ou liés à l’âge

« Le facteur temps est vraiment déterminant, dit-il. Je préfère nettement que les femmes réagissent dans les semaines qui suivent l’apparition des symptômes plutôt qu’elles attendent plusieurs mois comme c’est généralement le cas. »

Pour les femmes de plus de 40 ans qui présentent des saignements anormalement abondants, des saignements après la ménopause, des douleurs pelviennes ou des ballonnements persistants, les experts sont unanimes : le plus important est de ne pas ignorer ces symptômes et d’en parler rapidement à son médecin. Posez des questions, insistez pour obtenir des réponses et faites-vous confiance si quelque chose vous semble anormal. Dans de nombreux cas, un dépistage précoce peut faire toute la différence dans les résultats du traitement.

Pour plus d’informations et de soutien, consultez la section du site Web de Cancer de l’ovaire Canada consacrée au cancer de l’endomètre.

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