Briser les préjugés : pourquoi les femmes doivent cesser de se blâmer pour leur poids

Et si l’on arrêtait de croire que perdre du poids, c’est simplement une question de volonté ? Pour de nombreuses femmes canadiennes, la gestion du poids ne se résume pas à suivre une diète ou à s’inscrire au gym. C’est un parcours semé d’embûches où les jugements sociaux, l’image de soi et le manque d’accès à des soins adaptés jouent un rôle de taille.
L’obésité, qui se caractérise par une accumulation anormale ou excessive de masse graisseuse, est en réalité une maladie chronique, évolutive et récidivante. Elle est associée à plus de 200 problèmes de santé chroniques, dont les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, des problèmes respiratoires, l’arthrose, certains cancers et même des troubles de santé mentale. Ce n’est ni un choix de vie ni une simple « condition » passagère.
Selon la Dre Sasha High, spécialiste en médecine interne et en gestion de l’obésité, cette maladie est liée à un dérèglement physiologique du corps : mauvaise régulation de l’énergie, de l’appétit, des hormones et même du stockage des graisses. Cette complexité biologique signifie que pour beaucoup de gens, l’alimentation et l’activité physique seules – bien qu’importantes pour notre santé en général – ne suffisent souvent pas pour contrer cette maladie chronique à long terme.

Et comme l’obésité est progressive, elle tend à s’aggraver avec le temps. Après une perte de poids réussie, le corps cherche activement à revenir à son poids antérieur le plus élevé. C’est ce qui en fait une maladie récidivante, qui demande un suivi continu et à long terme, plutôt qu’une solution rapide, au même titre que d’autres maladies chroniques.
« Quand on la réduit à un simple état ou une maladie, ou encore à un symptôme de mauvaises habitudes de vie, cela minimise vraiment la science et la physiologie qui sont à l’origine du dysfonctionnement », explique la Dre High. « Ce qui renforce les stéréotypes nuisibles que l’on entend aujourd’hui à propos de l’obésité. »
Le poids des idées reçues
Les préjugés et la stigmatisation sociale entourant l’obésité sont encore très présents, et ils créent des obstacles psychologiques et systémiques importants, surtout pour les femmes. Plusieurs finissent par croire qu’elles sont seules responsables de leur poids et qu’elles doivent « se ressaisir » par elles-mêmes. Résultat ? Cela les empêche souvent d’avoir recours aux soins médicaux nécessaires.
Sandra Elia, conseillère certifiée en dépendance alimentaire et présidente du conseil de Parlons Obésité rappelle est l’une des seules maladies chroniques encore associée à autant de honte – même après des décennies de fardeau. « Trop souvent, les patientes se font simplement offrir des conseils comme “mange moins et bouge plus”, ce qui est non seulement inutile, mais entrave encore davantage leur accès à des soins appropriés. »
Au-delà du bien-être individuel, les idées reçues autour de l’obésité ont également des conséquences socio-économiques bien réelles. Le rapport sur le coût de l’inaction d’Obésité Canada, qui examine les conséquences économiques de la non-reconnaissance de l’obésité en tant que maladie chronique, met en évidence ces disparités. Les résultats ont révélé que les femmes vivant avec l’obésité sont confrontées à d’importants désavantages économiques : elles gagnent en moyenne 12 % de moins par année que leurs homologues ayant un poids dit « santé », ce qui représente une perte de revenus à l’échelle nationale de près de 3,8 milliards de dollars. Elles sont également 5,3 % moins susceptibles d’être employées, un écart nettement plus grand que chez les hommes (0,3 %).

Sandra Elia a elle-même vécu cette discrimination lors d’un voyage d’affaires aux Bermudes. Durant cette activité d’équipe de style « Survivor », elle a exprimé ses doutes sur sa capacité à suivre le rythme, ce à quoi son chef lui a répondu : « D’accord, alors tu es éliminée. Ce sont les règles. Si tu ne participes pas à ce jeu, tu es exclue. » Résultat ? Un collègue plus mature et elle-même ont été mis hors-jeu sans ménagement. Un manque d’inclusivité qui peut favoriser un sentiment d’indignité tout en exposant des préjugés systémiques profondément ancrés, surtout dans un environnement professionnel.
Une nouvelle ère pour les soins de l’obésité
La bonne nouvelle ? La médecine évolue, et avec elle, les options de traitement multiformes. Des médicaments innovants, qui agissent directement sur les mécanismes biologiques du cerveau en lien avec l’obésité, aident désormais à réguler l’appétit et à maintenir une perte de poids durable. Ces outils puissants peuvent faire toute la différence, notamment pour les femmes actives qui jongles avec un horaire chargé.
Ce n’est pas « tricher », ni choisir une «solution facile », insiste la Dre High. C’est traiter la vraie cause biologique, qui n’a jamais été adressée jusqu’ici, de la maladie. C’est permettre aux gens de gérer leur maladie chronique et de reprendre le contrôle sur des aspects de leur vie que l’obésité avait limités.
Elle ajoute : « Si j’annonçais à une patiente qu’elle est atteinte d’un cancer du sein et qu’elle devrait essayer la chimiothérapie, personne ne remettrait ça en question, car on reconnaît qu’il s’agit d’une maladie et qu’il existe des traitements efficaces. Ce n’est pas le cas présentement avec l’obésité à cause de ces biais permanents, ce qui fait que les gens qui en sont atteints évitent de se faire soigner. »
Mieux comprendre pour mieux agir
Pour les Canadiennes vivant avec l’obésité, comprendre qu’il s’agit d’une maladie chronique complexe, et non d’un échec personnel, est le premier pas vers l’autonomisation. La Dre High insiste sur le fait que les femmes méritent d’être prises au sérieux et d’avoir accès aux bons traitements.
Les professionnels de la santé ont également un rôle crucial à jouer dans la déstigmatisation de l’obésité en remettant en question leurs propres biais, en faisant preuve d’empathie et de curiosité, et en s’informant sur les aspects scientifiques de la maladie. Des changements simples, tels que l’utilisation d’un langage centré sur les personnes (par exemple, « personne vivant avec l’obésité » au lieu de « personne obèse ») et la création d’environnement de soins de santé sûrs et non honteux, peuvent favoriser une plus grande confiance de la part des patients. Si vous êtes une personne vivant avec l’obésité, envisagez de parler à votre médecin des nouvelles avancées en matière de traitement de cette maladie chronique.
Pour en savoir plus sur l’obésité et accéder à des ressources complètes et inclusives, visitez les sites d’Obésité Canada et de Parlons Obésité.
