Mode : le vintage en première ligne

Le vêtement d’occasion gagne de plus en plus d’adeptes. Et c’est en ligne qu’on magasine les aubaines imbattables ou les perles rares griffées. Bienvenue à la fripe du 21e siècle !

mode vintage

Photo : gracieuseté de Ruse

Est-ce le juste retour du balancier ? Le tourbillon de la mode éphémère s’essouffle au profit d’une autre façon de consommer: écumer le marché du « seconde main ». Désormais, la course à la pièce tendance flambant neuve est remplacée par la démarche plus responsable de dénicher un vêtement usagé, en ligne de surcroît. Rien n’est plus branché que de ratisser la Toile et les réseaux sociaux pour se procurer des produits d’occasion.

Il s’en est vendu, des fringues vintage, dans toutes sortes de friperies, depuis les capharnaüms des années 1970 aux incroyables empires numérisés d’aujourd’hui. Les motivations ont évolué aussi. Il y a 50 ans, les étudiantes au portefeuille dégarni fréquentaient les bric-à-brac imprégnés d’une odeur de naphtaline afin de dégoter de jolies pièces pour trois fois rien. Puis est apparue une clientèle soucieuse de se démarquer de la masse des modeuses, habillées par les chaînes de boutiques qui se multipliaient.

Génération vintage

Maintenant, la conscience écologique et une poussée d’altruisme incitent les gens à opter pour le commerce d’occasion, selon la cinquième édition de l’Indice Kijiji de l’économie de seconde main, dévoilée en novembre 2019 par l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM et Kijiji.

Résultat : les nouveaux modèles d’affaires ont à cœur les responsabilités écologique et sociale, estime Debbie Zakaib, directrice générale de la Grappe métropolitaine de la mode, un organisme à but non lucratif qui soutient les acteurs de la mode québécoise. « Nous accompagnons de plus en plus d’entrepreneurs qui favorisent la slow fashion [le mouvement qui préfère la consommation durable et la qualité plutôt que la quantité] ainsi que le « seconde main », l’échange ou la location », confirme-t-elle.

S’étonnera-t-on d’apprendre que ce sont les milléniaux qui sont en train d’ébranler nos habitudes d’achat ? Cette génération engagée, née entre 1980 et la fin de la décennie 1990, est très active sur les réseaux sociaux : elle fait et défait les tendances qui influencent la collectivité au complet, d’après un rapport sur les orientations en consommation préparé par la Banque de développement du Canada. Parmi ses grandes batailles, celle de réduire son empreinte environnementale.

Les milléniaux, comme la génération Z qui suit, sont des adeptes de la durabilité : très peu pour eux, l’obsolescence programmée des fringues. Ils préfèrent de loin une pièce qui a du vécu, à tel point que le marché du vintage détrônerait celui de la fast fashion en 2028, selon une étude menée en 2019 par le cabinet-conseil en stratégie Boston Consulting Group et l’influent site français de dépôt-vente Vestiaire Collective. C’est donc pour très bientôt !

Mode vintage

Photo : gracieuseté de RealReal

Le passé réinventé

Les gardiens du passé que sont les commerces de vêtements d’occasion se sont ajustés à la réalité d’aujourd’hui. La numérisation est un passage obligé. Plusieurs négoces ont pignon sur rue et sur le web. D’autres ont choisi la voie 100 % virtuelle, et de nouveaux modèles économiques sont apparus sur Internet depuis 25 ans : les plateformes destinées à la vente et à l’achat de biens usagés, comme eBay, Etsy, Facebook Marketplace…

La journaliste-chroniqueuse et experte en mode vintage Lolitta Dandoy (@lolittadandoy) a fait l’une de ses meilleures prises sur l’ultrapopulaire Kijiji : 150 $ pour une doudoune en cuir du designer québécois Denis Gagnon qui valait 1 500 $ ! Des pionniers internationaux ont saisi l’intérêt grandissant des milléniaux pour les vêtements usagés et l’écoresponsabilité en se consacrant entièrement à la mode d’occasion.

Ainsi, le site Vestiaire Collective, fondé en France en 2009, propose plus de 5 000 marques référencées et des articles triés sur le volet parmi les milliers de suggestions envoyées chaque jour par des vendeurs. Son coup de génie : des ventes caritatives de pièces ayant appartenu à des vedettes (Kate Moss et Olivia Palermo, entre autres…). « J’adore la vaste sélection et la touche européenne de ce site ! » lance Lolitta Dandoy, emballée.

La même année, à San Francisco, est apparu ThredUp. Plus accessible que Vestiaire Collective, le site répertorie 35 000 marques. Son calculateur Fashion Footprint est un outil amusant qui permet d’évaluer notre propre empreinte écolo en mesurant nos habitudes de consommation.

L’américain The RealReal est l’autorité mondiale en matière de mode d’occase de luxe. Depuis 10 ans, 11 millions d’articles mis en consignation par des particuliers ont trouvé preneur. En octobre 2020, Gucci, l’une des marques les plus recherchées sur la plateforme, a eu le flair de choisir The RealReal pour mettre en circulation une sélection de pièces vintage fournie par la maison italienne et une communauté de revendeurs.

Depop est un site, mais avant tout une application née à Milan en 2011. Sa stratégie participative a séduit les utilisateurs de cette immense communauté shopping, qui créent et gèrent leur propre microboutique virtuelle depuis leur salon. Du quidam à une méga influenceuse comme Chiara Ferragni, tout le monde peut donner accès à son petit vestiaire mis en vente, présenté à la façon Instagram, avec réseau d’abonnés, likes, etc. Même principe pour PoshMark, l’application américaine qui permet à ses membres d’acheter ou de vendre aisément. Lolitta Dandoy y a dégoté un sac Louis Vuitton pour 480 $.

Carnet local

« Si les derniers mois nous ont appris quelque chose, c’est l’importance pour les détaillants d’avoir une plateforme transactionnelle. Les boutiques en ligne peuvent continuer leurs activités », fait valoir Debbie Zakaib. Voici quelques friperies établies et de jeunes pousses d’ici où dénicher de la mode d’occasion – aubaines et perles rares !

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Citizen Vintage
On visite pour profiter de vrais prix d’ami. Des pièces maison, griffées Citizen Studio, utilisent des surplus de tissus invendus. En prime : des collections-capsules d’artistes locaux. 4059 et 5330, boul. Saint-Laurent, Montréal.
citizenvintage.com

Era Vintage Wear
Élaine Léveillé, la proprio, n’a aucun intérêt pour la mode éphémère industrielle. Elle s’approvisionne surtout dans les ventes de succession et met sa touche perso sur ses trouvailles de grande qualité, modifiant ici la coupe, ajoutant là un détail. 999, rue du Collège (bureau 41), Montréal.
eravintagewear.com

Featherstone Vintage
Cette délicieuse boutique numérique ravira les passionnées d’histoire de la mode : les pièces sont classées par décennie. On apprécie des raretés, comme du Fiorucci des années 1980, et des prix qui ne saigneront pas à blanc le portefeuille.
featherstonevintage.com

Livia Maternité
Les mamans peuvent donner ou consigner leurs fringues de maternité dans cette friperie, qui offre également un service de location. La boutique virtuelle a un point de vente à Montréal. 3215, rue Ontario Est, Montréal.
liviamaternite.com

LNF Shop
Des escarpins Louis Vuitton à 120 $… Quelqu’un peut-il nous pincer ? À travers une bonne sélection haut de gamme, du streetwear des années 1990 et des t-shirts de spectacle (Sting, Guns N’ Roses, Bryan Adams…). 5319, av. du Parc, Montréal.
lnfshop.com

mode vintage

Jean (Diesel, 52 $, Citizen Vintage). Ensemble de brocart des années 1980 (180 $, Era Vintage Wear).

mules Céline

Mules (Céline, 65 $, LNF Shop).

Luxunik
La styliste Isabelle Rhéaume ratisse surtout dans l’accessible et le milieu de gamme (de GAP à Michael Kors) et donne une vitrine aux marques québécoises (Aldo, Tristan, Iris Setlakwe…). Consigne : oui.
boutiqueluxunik.ca

Popeline
Annabelle et son chéri Victor-Alexis proposent des vêtements récents préportés, en très bon état (certains sont même neufs). Griffes québécoises (Ève Gravel, Annie 50, Judith & Charles…) et marques internationales, dont certaines s’envolent comme des petits pains chauds (Sézane et The Kooples, notamment). Consigne : oui. 1568, av. du Mont-Royal Est, Montréal.
popeline.ca

Raymond IV
Marie-Christine et Rose-Anne Dubé, les frangines proprios de cette friperie physique et virtuelle, ciblent les belles pièces fabriquées pré-2000. Une règle s’applique : pas de mode éphémère, sans toutefois plonger dans la talle grand luxe. 3201, rue Ontario Est, Montréal.
raymond4.com

Ship ta fripe
Ce site sans prétention présente surtout des basiques de mode éclair, prêts à entamer une nouvelle vie. Sous l’onglet « Section à 5 $ », un t-shirt Jacob, une veste fleurie Jones New York et un jean G-Star nous sont tombés dans l’œil.
shiptafripe.com

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Afterme
Isabelle Gauvin a beaucoup de cordes à son arc de styliste. Son site de vente et d’achat de vêtement d’occasion est en adéquation avec ses valeurs de consommatrice responsable – la dynamo est allergique à l’accumulation et à a la surconsommation. Chez Afterme, on se laisse interpeller par des classiques d’une garde-robe professionnelle, choisis dans des gammes aussi diverses que J.Crew, Judith & Charles ou Gucci. On peut vendre et mettre en consigne.
boutiqueafterme.com

Ruse
Cette boutique à la fois 3D et virtuelle propose dans une esthétique très léchée de grosses pointures internationales. Une robe en cuir noir de Balenciaga à 295 $ ? Une trouvaille ! Certains articles affichent une réduction de 90 % sur le prix d’origine. Consigne : oui. 5141, boul. Saint-Laurent, Montréal.
ruseboutique.com

Veste (Jones New York, 5 $, Ship ta fripe). Bracelet des années 1950 (50 $, Raymond IV).

Escarpins-sandales (Manolo Blahnik, 150 $, Afterme).

Singulier MTL
Elif Filyos, la cofondatrice, a un faible pour les décennies 1960 et 1990, ce qui donne le ton à sa friperie en ligne. Bon mélange de griffes réputées et de pièces « anonymes ».
singuliermtl.com

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Love That Bag Etc.
L’éden du sac à main griffé et un coup de cœur de Lolitta Dandoy. Le site québécois est abondamment garni de modèles âgés de 10 ans  tout au plus, exception faite des Chanel et des Hermès. Aussi, des vêtements, chaussures et bijoux méticuleusement commentés. Consigne : oui.
lovethatbagetc.com

Luxuca
La propriétaire, Sarira Sayad, une diplômée en gestion de l’Université McGill, est passionnée de durabilité. Son dada ? Les accessoires griffés – tout le panthéon haut de gamme est présent ! Sa sélection prestigieuse attire une clientèle internationale, de Los Angeles jusqu’à Singapour. Consigne : oui.
luxuca.com

LXR and Co
Au départ, c’était un concept de miniboutiques installées dans des grands magasins (certains La Baie d’Hudson), spécialisées dans la vente d’accessoires luxueux. Le bébé a grandi et a pris de l’expansion en ligne. Une équipe court les encans et les collections privées, et évalue les pièces proposées par des particuliers. Le choix est généreux : pas loin de 1 000 sacs Louis Vuitton. Certains prix ont fondu de 70 % par rapport à la valeur initiale. Chanel, Gucci, Dior et autres noms prestigieux répondent présent. On peut vendre ses trésors ou les mettre en consigne. lxrco.com

VintageCouture.com
En parcourant la liste des designers, on remarque des noms plus rares que sur les autres sites de revente vintage : Courrèges, Schiaparelli, Halston… Cela enchantera les collectionneuses. Lynda Yatner et Yael Kanter, un duo mère-fille au flair aiguisé, sont à la barre de cette mine d’or torontoise depuis 1999.
vintagecouture.com