Les mannequins taille plus encouragent-elles vraiment l’obésité?

Les mannequins taille plus nous aident à voir le beau en nous, même quand il n’y a que le laid qui nous saute aux yeux, écrit Joanie Pietracupa, mais encouragent-elles l’obésité comme le prétend une nouvelle étude?

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Joanie-bandeau

Une récente étude menée par la docteure californienne Lily Lin et l’assistant professeur Brent McFerran de l’Université Simon Fraser, à Vancouver, conclut que les mannequins taille plus vues dans les pubs télé, web, magazines et journaux encouragent les jeunes d’aujourd’hui à moins bien se nourrir et à ralentir le rythme de leurs activités physiques. En d’autres mots, elles font la promotion de l’obésité.

Comment? C’est assez simple et plutôt logique. Les top-modèles rondes donneraient aux gens une meilleure confiance en eux, peu importe leur taille ou silhouette, et ce, d’autant plus s’ils font de l’embonpoint. Ainsi, elles « déstigmatiseraient » les corps voluptueux habituellement pointés du doigt par la société. Assez simple et plutôt logique, oui. Presque trop simple et trop logique, même. Nécessaire et pertinent? J’en doute un peu.

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La mannequin Tess Holliday. Photo: Instagram
La mannequin Tess Holliday. Photo: Instagram

Oui, peut-être que de voir une belle femme aux courbes voluptueuses, qui joue les sex-symbols avec assurance et aplomb, me fait sentir mieux dans ma peau. Peut-être qu’elle m’encourage à me trouver plus jolie, plus sexy et plus désirable, malgré mes kilos en trop. Peut-être qu’à cause d’elle, je vais observer mon corps nu dans le miroir à la sortie de la douche avec un sourire aux lèvres plutôt qu’avec un accent circonflexe dans les sourcils. Peut-être même que pour une fois, je ne me plierai pas au dernier régime « tellement-à-la-mode » ou ne m’inscrirai pas au nouveau cours « plus-cool-que-ça-tu-meurs » avec toute la passion dont je suis capable, quand je veux vraiment quelque chose. Tout ça dans le seul but de perdre 20 livres pour essayer de ressembler aux anges aux ailes trop parfaites de Victoria’s Secret.

À ça, je ne peux que répondre une chose: ouin, pis? Est-ce que j’aime mieux apprendre à vivre avec mon surpoids, en bougeant régulièrement et en me nourrissant sainement? Ou est-ce que je souhaite tout faire pour mincir – sacrifices, discipline, alouette – afin d’essayer d’atteindre une image inatteignable projetée par de nombreuses publicités? Oui, mille fois plutôt qu’une. Est-ce que j’aime mieux avoir confiance en moi et aimer mon image corporelle telle qu’elle est aujourd’hui, hier et demain, plutôt que travailler fort, jour après jour, pour métamorphoser mon corps afin de le rendre plus beau aux yeux des autres? Oui, dix mille fois plutôt qu’une.

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C’est certain que je ne souhaite à personne d’avoir un surplus de poids, de façon volontaire ou pas. Ça n’apporte rien de bon à l’estime de soi, à la forme physique ou à la santé du corps et de l’âme. Être rond, ça vient avec des écorchures et des éraflures. Des blessures qui deviennent des ecchymoses qui deviennent des séquelles avec le temps. Ça vient avec des insécurités, des regards croches, des mots blessants et parfois même des problèmes cardiaques, si l’on ne prend pas soin de soi. Beaucoup de choses dures à guérir, qui viennent un peu de nous et beaucoup de la société. C’est pourquoi j’aime autant les mannequins taille plus, je pense. À cause de l’effet qu’elles ont sur les jeunes et moins jeunes, ou du moins, sur moi. Parce qu’elles réussissent à panser quelques-uns de ces bobos-là à l’aide de quelques photos. Parce qu’elles nous empêchent de nous enfarger dans d’autres problèmes « populaires » comme l’orthorexie, la boulimie ou l’anorexie. Parce qu’elles nous aident à voir le beau en nous, même quand il n’y a que le laid qui nous saute aux yeux.

Voilà pourquoi je pense tout haut « Ouin, pis? » quand je lis que les top-modèles rondes font la promotion de l’obésité : parce qu’elles le font bien et pour les bonnes raisons.

Suivez Joanie Pietracupa sur Twitter (@theJSpot) et Instagram (@joaniepietracupa).

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