Chroniqueuse du mois

Dieu est partout dans son linge

Le plus grand souhait de notre chroniqueuse invitée Melissa Maya Falkenberg pour 2018.

Photo: iStock / GeorgeRudy

Elles ont quatre ans toutes les deux et elles jouent aux poupées en jasant comme des petites madames dans la salle de jeux. Et nous, les mères, on s’adonne à attraper un bout de leur conversation à leur insu…

– Je n’ai plus mon toutou-licorne et ça me rend triste.

– Moi, je pense que c’est Karl qui l’a volé.

– Non, j’ai déjà demandé à Karl. Il m’a dit que c’est Dieu qui l’a pris, le toutou, mais ma maman dit que Dieu n’existe pas. Alors il est où mon toutou?

– Tu devrais regarder dans le pantalon de Karl demain à la garderie. Il dit que Dieu est tout le temps avec lui, partout dans son linge.

Je vous jure que je n’invente rien. Et « je peux-tu » vous dire qu’on a failli s’étouffer avec nos cafés.

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C’est difficile à croire, mais ça nous arrive de les laisser vivre leur vie toutes seules comme ça, pendant des heures même. Elles s’inventent des jeux qu’on ne comprend pas toujours. C’est d’une beauté inexplicable et, en plus, ça nous donne un répit. Mais là. Bang! Le mystère du toutou volé toujours pas résolu qui refait surface.

Ce n’est pas que je me sacre du toutou, mais parlons d’abord de Dieu. Cette année-là, ma fille m’avait parlé de lui pendant des mois. À moi, l’athée, qui rushe même quand elle doit raconter une simple histoire de père Noël. Non, mais c’est-tu assez épais quand on y pense… Des rennes dans l’ciel et des cadeaux pour tout le monde alors que la planète crève de faim. Des fois, j’ai juste envie de dire: « Y’a rien d’gratis dans’ vie, côlisse! » Mais évidemment, je me garde une petite gêne.

Toujours est-il que quand Karl a commencé à parler de Dieu à la garderie, j’ai eu droit à autant de questions qu’il y a d’apôtres. Maman, c’est qui Dieu? C’est vrai qu’il est invisible? Ça veut dire quoi, invisible? Mais pourquoi Karl le voit partout s’il est invisible? OK, je comprends, on ne peut pas le voir, on peut juste rêver à lui. Mais mon amie Mathilde m’a dit qu’en Inde elle a vu des dieux en statuts de toutes les couleurs. Et ça, c’est beau, han maman? Bref, t’es en train de te concentrer pour préparer une boîte à lunch santé et variée, pis il faut que tu répondes à ces questions-là.

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L’autre mère et moi, donc, on avait un peu avalé notre gorgée de travers. Puis, en les entendant tout bonnement continuer de jouer, on a réalisé que…

Quand on était jeunes, les personnages qu’on aimait le plus, c’étaient Inspecteur Gadget, Casper, les Trolls et les Câlinours. En gros: un homme toujours équipé de solutions, un fantôme transparent qui passe à travers les murs, des êtres multicolores réconfortants. C’est pas mal un mélange de dieux, tout ça, quand on y pense. Alors on a éclaté de rire. Elles peuvent bien continuer d’être intriguées par l’ami imaginaire… C’est tout à fait sain de se poser des questions à son sujet. Et elles finiront bien finir par le trouver, le maudit toutou-licorne!

Je l’ai trouvé par hasard deux semaines plus tard dans le bac d’objets perdus. Je ne l’ai jamais dit aux filles, mais je savais bien que Karl n’avait rien volé. Et, entre nous, un être supposément bon et tout puissant ne lui ferait pas faire ça, ni quoi que ce soit qui puisse causer tant de désarroi, n’est-ce pas?

Voici donc mon souhait pour 2018: J’aimerais qu’on garde les «au nom de Dieu» dans les dessins animés pour enfants – comme les Câlinours. Avec des glissades, bien que vertigineuses, en arc-en-ciel. Sans massacre ni sang.

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Animatrice-conceptrice, reporter, photographe et auteure, Melissa Maya Falkenberg a tenu des rubriques dans La PresseUrbania, Nightlife.caDînette et le 24 heures Montréal. Vous l’avez peut-être récemment suivie à Télé-Québec (nomination Gémeaux Meilleure animation magazine culturel), dans La vie n’est pas un magazine ou dans ses diverses émissions à ICI ARTV. Après les succès de Québec Western et Montréal toujours, elle publiera, en 2018, un troisième livre aux Éditions Cardinal.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.