Ma parole!

L’Halloween était ma fête préférée

Pourquoi acheter des costumes d’Halloween qui sexualisent le corps des jeunes filles? À cause de cette dérive, Geneviève Pettersen n’est plus convaincue que cette fête est sa préférée.

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Petite, J’ADORAIS l’Halloween. OK, je vous mens en pleine face : pas juste quand j’étais enfant. Le 31 octobre a été pour moi la plus belle date au calendrier pendant très longtemps. J’ai ramassé des bonbons jusqu’à ce que les madames et les monsieurs de ma banlieue me referment la porte au nez en me disant que j’étais rendue trop vieille pour «ça». Je devais bien avoir 15 ou 16 ans. Je me souviens que ça m’avait tout de même fait un petit pincement au cœur de savoir que je ne prendrais plus part à cette tournée magique.

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Je parle au passé parce que maintenant, cette fête m’exaspère un peu pas mal. Je ne veux pas sonner comme une vieille matante, mais il me semble que dans mon temps, se déguiser en petite fée cochonne, en coccinelle appétissante ou en sorcière sexy, c’était réservé aux filles de dix-huit ans et plus en mal d’attention masculine. Il suffit d’avoir assisté à un party d’Halloween de cégep une fois dans sa vie pour constater que le costume le plus populaire est celui, en latex de préférence, de catwoman. Moi-même, j’ai déjà pêché. Je ne me suis jamais déguisée en femme-chat, mais j’ai porté, une fois, un costume d’infirmière cochonne. Honte à moi. Je blague, il n’y a rien de honteux à vouloir arborer un accoutrement un brin révélateur le soir où les morts sont censées revenir sur terre, mais quand ces déguisements sont conçus pour les enfants, je débarque.

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Vous trouvez que j’exagère? Allez-y. Tapez «girl costumes» dans Google Images. Attention par contre, vous risquez de vous fouler la rétine. Défileront sur l’écran de votre ordi les poses suggestives de fillettes prépubères habillées en cow-girl, en pirate ou en fée lubrique. Tous les costumes sans exception sont faits dans le même moule : la jupe est courte, très courte, et la coupe est saillante. Même les robes de princesse se sont métamorphosées. Quand j’étais petite, on les aimait longues. Fallait que ça tourne. C’était impératif, sans quoi ce n’était pas une vraie robe de princesse. Faut croire que les fabricants de costumes d’Halloween ont pris très au sérieux la consigne de sécurité selon laquelle on ne doit pas porter d’habits trop longs, sous peine de trébucher. De la longue traîne, il ne reste rien.    

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Déguiser des petites filles de huit ans en bonbons, en gâteaux, en fées et en princesses, et ce, avec des costumes qui sexualisent leurs petits corps, je ne trouve vraiment pas ça correct. Et il me semble que l’Halloween, c’est une fête pour se faire peur. Qu’est-il arrivé aux zombies, vampirettes, momies et autres astronautes de ce monde? Vous allez me dire que comme parent, je n’ai qu’à ne pas acheter ce type de costumes ou que je devrais fabriquer moi-même les déguisements de mes enfants si ceux du commerce ne font pas mon affaire. Vous avez raison. Mais reste qu’on a un méchant problème comme société si la majorité des costumes d’Halloween pour fillettes peuvent être confondus avec les habits de scène d’une danseuse exotique.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)