Consentement sexuel: faut qu'on se parle (encore!)

Petit guide à l’intention des jeunes – et moins jeunes – qui n’auraient toujours pas compris.

 

Photo: Pixabay/StockSnap

Malgré #MeToo et #MoiAussi, la notion de consentement sexuel n’est pas encore claire pour tout le monde. Depuis trois ans, je vais dans les cégeps pour échanger avec les étudiant.e.s et je constate que les idées toxiques sur la sexualité continuent de circuler. Certaines et certains m’écrivent même après mes conférences pour se raconter en privé, et ce n’est pas toujours rose. Et puis, il y a tous ces amis, connaissances et collègues dont j’ai écouté les histoires ces dernières années…

Tout cela a nourri ma réflexion. Aujourd’hui, pour le bénéfice général, j’ai envie de vulgariser le consentement sous la forme d’un florilège de citations. Ça va comme suit:

«On avait flirté toute la soirée lui et moi. Même si, finalement, je trouvais qu’il embrassait mal et qu’il devenait de plus en plus lourd de verre en verre, je me suis comme sentie obligée de quitter le bar avec lui.»

«C’est ma blonde, on habite ensemble depuis quelques mois. Elle est vraiment stressée avec l’école ces temps-ci; il faut toujours que j’insiste pour avoir du sexe. Souvent elle finit par dire oui, mais il faut que je l’achale pendant des heures, c’est de la job…»

«Je me suis assoupi devant le film. Je me suis réveillé parce qu’il avait baissé mes boxers et tentait de s’introduire en moi. J’étais tellement surpris que j’ai lâché un cri.»

«Cette fille-là, elle tripe sur moi ben raide depuis le secondaire. Je l’ai invitée à prendre un verre chez moi. C’était un peu plate parce qu’elle parlait pas, on dirait qu’elle était gênée. Ça fait que j’ai commencé à l’embrasser pour détendre l’atmosphère. Puis je l’ai déshabillée, morceau de linge par morceau de linge. Elle restait là, comme figée, sans rien dire. J’ai pensé qu’elle m’aurait dit d’arrêter si elle voulait pas. Je te jure, si elle me l’avait demandé, j’aurais arrêté sur le champ.»

«J’haïs ça mettre un condom, ça m’enlève du plaisir. Je lui ai fait valoir mon point. Quand on leur explique en insistant suffisamment, les filles finissent presque toujours par accepter.»

«C’est normal que je lui mette de la pression, après tout ça fait huit mois que le petit est arrivé, à un moment donné, un homme a des besoins…»

«Le gars était paqueté ben raide. C’est sûr que j’ai un peu profité de la situation, mais c’est quand même pas un viol! Je l’ai pas menacé, frappé ou attaché…»

«Elle, elle est chaude! C’est une fille que je connais, elle est en couple, mais dans une relation ouverte. Elle est clairement cochonne, le genre qui fourre avec tout ce qui bouge.»

«Mon souvenir est un peu flou, c’était après le last call… Il me semble que je l’ai tirée par le sac à dos, l’ai retournée vers moi, puis je l’ai embrassée par surprise. Mais tsé, c’est mon amie là… et on a déjà couché ensemble. C’est pas comme si je ne la connaissais pas. Je ferais jamais ça avec une inconnue…»

«Je sais que ça va avoir l’air fou, que je devrais être content, mais quand je me suis réveillé au beau milieu de la nuit et qu’elle me chevauchait, je me suis senti très mal à l’aise.»

«Bon, c’est sûr que je l’ai un peu “taponné” le serveur… Bon, ok, je lui ai pogné le cul, mais tsé, on avait bu en tabarnouche là! C’était la fin de session. Pis moi, quand j’ai un verre dans le nez, je deviens plus entreprenante…»

«Elle m’a demandé de me retirer avant de jouir, mais sérieux, c’était trop bon, j’ai pas pu. Qu’est-ce tu veux, quand c’est trop bon, c’est trop bon…»

Vous vous reconnaissez? Quelqu’un de votre entourage peut-être? Saviez-vous qu’une agression sexuelle n’implique pas nécessairement de la coercition ou même des coups et blessures? Ce qui la définit, c’est l’absence de consentement.

Lorsqu’une personne dit qu’elle est «brûlée» ou qu’elle détourne la tête lors de vos approches, ce sont des signes faciles à interpréter, à moins de ne pas vouloir voir et d’être de mauvaise foi. Une personne qui vous dit carrément qu’elle n’a pas envie, d’autant plus. Insister pour faire céder la personne (qui cédera par crainte, lassitude, fatigue, exaspération…) n’équivaut en rien à obtenir son consentement clair et éclairé.

Qu’on soit en couple, des amants réguliers ou dans une affaire d’un soir, en tout temps le désir peut s’évaporer et la relation sexuelle s’interrompre ou encore même ne jamais débuter. Personne ne doit du sexe à personne. C’est bien clair?

Il n’est pas nécessaire qu’une personne résiste physiquement à une activité sexuelle pour conclure qu’elle n’y a pas consenti. Comme je l’ai lu je ne sais plus où, le bon vieux proverbe «qui ne dit mot consent» ne s’applique pas au consentement sexuel. La personne agressée peut en effet garder le silence pendant l’acte pour toutes sortes de raisons (peur, stupéfaction, intoxication ou coma liés aux drogues ou à l’alcool…).

Une personne doit donc être en mesure de communiquer clairement son accord à l’activité sexuelle pour que le consentement soit valide. Elle peut le faire par ses paroles, son comportement ou les deux.

Je dois aussi revenir sur la notion de masculinité toxique et cette idée que les gars ont toujours envie et qu’ils sont toujours consentants. C’est faux. Près de trois hommes sur quatre (72%) font parfois un effort pour avoir une relation sexuelle avec leur conjointe, comme nous l’apprenait un sondage CROP-Châtelaine en octobre dernier. Cette croyance en l’homme toujours disposé et disponible fait des ravages dans la communauté gaie et une campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel a d’ailleurs été récemment lancée à cet effet par le REZO.

Il faut aussi que je vous parle du port du condom parce que, là encore, céder n’équivaut pas à consentir. Une relation sexuelle non protégée peut avoir de nombreuses conséquences telles qu’une infection transmise sexuellement, une grossesse non désirée et même la contamination au VIH.

Je veux également revenir sur la notion de couple ouvert, particulièrement en ce qui a trait aux femmes engagées dans de telles relations. Être dans une relation ouverte n’équivaut pas à se coller un post-it sur le front avec l’inscription «bar ouvert» et signifie encore moins que la personne a nécessairement une sexualité débridée la plaçant en position de constante disponibilité, sans discrimination aucune.

Rappelons qu’il existe de nos jours plusieurs modèles de couples: monogames, ouverts, polyamoureux. Peu importe la formule, la ligne directrice demeure le respect du consentement. Et une personne qui vous dit oui une fois un soir, cela ne correspond en rien un abonnement à vie. Il faut valider, valider encore et revalider.

Enfin, souvenez-vous que dire non est un droit inaliénable, en toutes circonstances et, surtout, que sans oui, c’est non.

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Marilyse Hamelin est journaliste indépendante, chroniqueuse et conférencière. Elle est aussi l’animatrice à la barre du magazine culturel Nous sommes la ville à l’antenne de MAtv. Elle blogue également pour la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et est l’auteure de l’essai Maternité, la face cachée du sexisme (Leméac éditeur), dont la version anglaise – MOTHERHOOD, The Mother of All Sexism (Baraka Books) – vient d’être publiée.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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