Psychologie

La guerre expliquée aux enfants

Rencontre avec Niki Walker, l’auteure de Why Do We Fight? Conflict, War, and Peace.

Photo : Istockphoto

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« Ce n’est pas de ma faute, c’est lui qui a commencé! » Quel parent n’a pas entendu cette phrase, lancée entre frères et sœurs? Les conflits (et les négociations qui en découlent) font partie du quotidien des familles. Ils naissent d’un malentendu, d’un désagrément qui se met à escalader… Il en est souvent de même pour les conflits mondiaux. L’auteure torontoise Niki Walker explique aux enfants les origines des guerres dans Why Do We Fight? Conflict, War, and Peace (traduction libre : Pourquoi se bagarre-t-on? Les conflits, la guerre et la paix), sorti la semaine dernière (Éditions Owlkids Books). Qu’il s’agisse de conflits entre deux personnes ou entre plusieurs milliers, l’auteure les décortique et les décrypte.

À 40 ans, Niki Walker a écrit une vingtaine d’ouvrages éducatifs. Son fils Jack, six ans, curieux et allumé, lui pose mille et une questions. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un livre qui expliquerait les grands enjeux aux jeunes. « J’ai fait une recherche et je me suis rendu compte que rien de tel n’existait, dit-elle. Je ne voulais pas parler d’une situation spécifique, mais plutôt de conflits et de solutions qui pouvaient s’appliquer à toutes sortes de situations. » Son livre s’adresse aux 10-14 ans, mais l’auteure croit que les plus jeunes pourraient en saisir plusieurs notions. « Le livre ne dit pas comment penser ou quoi penser, explique-t-elle. Il donne des notions pour mieux réfléchir sur n’importe quel sujet. »

Le sujet est délicat. Quand il est question de violence, de politique, de rébellion et de manifestations, les parents peuvent se sentir mal à l’aise. Et mal outillés. Quoi dire? Et, surtout, quoi ne pas dire? « Cela dépend de chaque enfant, nuance l’auteure. Certains enfants sont très sensibles et ne vivront pas bien avec quelque pensée négative que ce soit. D’autres sont empathiques. Et d’autres veulent des faits. Il faut bien connaître son enfant et juger selon son âge et son tempérament. »

Niki Walker possède trois règles d’or lorsqu’il est question de parler de guerre avec nos enfants. D’abord, se faire confiance. « C’est vous qui connaissez le mieux votre enfant, souligne-t-elle. En cas de doute, on s’abstient. On peut donner un peu d’information et voir comment l’enfant réagit. S’il se montre ouvert et pose des questions, on poursuit. Les parents doivent servir de filtre. » Deuxième règle : ne pas avoir peur de dire que nous n’avons pas de réponse. « En tant que parent, il est correct, et même souhaitable, d’avouer qu’on n’a pas de réponse. On peut dire à son enfant : ʺAllons trouver l’information ensembleʺ. » Finalement, rester honnête. Toujours. « La franchise est toujours la meilleure voie à choisir, dit-elle. Il faut aussi garder en tête que notre rôle de parent est de sécuriser l’enfant : le choix de termes est important. »

Photo : Vanessa Palmateer

L’auteure Niki Palmer avec son fils – Photo : Vanessa Palmateer

D’ailleurs, certains termes sont à éviter. Par exemple, les mots « extrêmes », comme « je déteste » ou « je hais » ou encore « cela est stupide », peuvent être des catalyseurs. « Ces mots ont du pouvoir, relate Mme Walker. Ils sont comme des boutons rouges : si on appuie dessus, on peut être presque sûr que la situation va dégénérer. Ils appellent à des émotions fortes. Or, ces émotions n’aident pas à résoudre ou à dénouer quoi que ce soit. Au contraire, ils enveniment la situation. » Lorsque son propre fils est en colère, déçu, amer ou impatient, elle n’hésite pas à l’envoyer se calmer dans une autre pièce et à se changer les idées : « Ses pensées sont alors moins embrouillées. »

Et que faire devant l’ignoble et l’inavouable? La tragédie de Newtown, par exemple (où 20 enfants ont été tués dans une école primaire le 14 décembre 2012)? Niki Walker est catégorique : « Pas question d’aborder ce genre de drame avec les enfants! Ils n’ont pas à savoir, car c’est beaucoup trop angoissant. Ils vont automatiquement transposer les faits à leurs réalités. Nous ne pouvons pas expliquer ce genre d’événement, car il n’y a rien à comprendre. Il n’y a pas de réponse. »

Dans son approche globale, le livre Why Do We Fight? peut aider les enfants à résoudre leurs querelles. Il propose des solutions de rechange à la chicane : la médiation et la négociation. « L’idée est de montrer aux enfants qu’il est plus satisfaisant que tout le monde y trouve son compte : c’est ce qu’on appelle, en négociation, un résultat gagnant-gagnant. » Certains comportements tendent à donner un bon dénouement : s’exprimer sans être sur la défensive, sans juger et sans accuser, être empathique, honnête, et rester calme. Des qualités qui semblent s’acquérir avec l’âge… « Plus l’enfant développe son habileté à dénouer des impasses, plus il trouvera rapidement des solutions à des situations de plus en plus complexes », rappelle Mme Walker.

 

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