Famille tout compris

Empiler des souvenirs

Surdocumente-t-on nos vies? À force d’accumuler des photos, mais de ne jamais les consulter ou les organiser, confine-t-on à l’oubli la jeunesse de nos enfants, se demande Marianne Prairie.

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Parfois, je pense aux livres de naissance de mes filles, à leurs pages à moitié complétées. Aux milliers de photos que nous avons prises d’elles et de nos vies depuis leur naissance, dispersées sur les disques durs, les cellulaires, les appareils photo et les réseaux sociaux. À tous ces courriels, ces billets de blogue et ces statuts Facebook qui relatent le mignon, le fâchant, le quotidien et le bonheur de notre famille.

Tant de moments immortalisés, si peu de temps pour les organiser.

Sérieusement, je suis complètement dépassée par la quantité de souvenirs que nous avons amassés au cours des dernières années. Je ne saurais pas les retrouver tellement ils sont éparpillés. L’idée de plonger dans cette masse de données pour les rassembler me donne le vertige. Où trouver le temps pour me transformer en archéologue de la photo de bébé et du bricolage de la fête des Mères? J’aimerais parfois que le temps s’arrête pour que je fasse un peu de ménage là-dedans. J’aurais envie de crier : « Arrêtez de vivre, maman essaie de mettre en ordre ce qu’on a vécu! »

Quel paradoxe tout de même : nous captons le plus de moments de notre vie pour ne pas les oublier, mais en ne faisant que les capter, ils sombrent dans le fouillis… puis dans l’oubli. Tout bon bibliothécaire vous le dira, si un document n’est pas bien identifié et classé, il est perdu.

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Je me demande quel genre d’héritage on laissera à nos enfants, ce qui leur restera comme traces de leur enfance. Pour ma part, née au début des années 80, j’ai quelques albums photo et une petite boîte qui contient mon album de naissance, des cartes de souhaits, des bulletins et quelques dessins. J’aime savoir que ces artéfacts (hé! hé!) existent, même si je les consulte rarement.

Mais pour mes filles, nées dans l’ère numérique, qu’est-ce qui sera encore accessible et lisible de toute notre médiathèque familiale dans 10, 15, 20 ans, alors que les technologies changent si rapidement? Est-ce que toute la masse d’information sur leur enfance banalisera leurs souvenirs? Est-ce que Facebook continuera de me présenter mes vieilles publications de la journée, année après année? Est-ce que le réseau social deviendra le service officiel du patrimoine familial?

J’en ai glissé un mot à mon geek de mari, photographe spontané et désordonné, s’il en est un. Il m’a répondu : « Je pense qu’on surdocumente notre vie. On a la capacité technique de l’immortaliser, mais est-ce qu’on la vit plus pour autant? » Autrement dit, avoir beaucoup de souvenirs donne-t-il l’impression d’avoir « beaucoup » vécu? Si ce n’est pas immortalisé, ça n’existe pas?

De quelle façon organisez-vous les souvenirs de vos enfants? Avez-vous de bons conseils pour moi? (SVP! SVP! SVP!)

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)