Ma parole!

Vive la rentrée

«La rentrée, c’est un joyeux mélange de nouveauté, d’appréhensions et de banalités. Je ne sais pas ce que je donnerais pour revivre ça un jour», écrit Geneviève Pettersen. Ah, nostalgie!

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J’ai toujours aimé la rentrée scolaire. Pour moi, il n’y avait pas plus grand bonheur que d’aller à la librairie de la rue Racine, à Chicoutimi, pour acheter mes cahiers et mes crayons. Je prenais plaisir, la veille de la première journée d’école, à tout étiqueter avec ma mère. On s’assoyait à la table de la cuisine avec un verre de lait et des biscuits à thé et on collait mon nom partout. J’en profitais pour sentir les pages encore blanches de mes cahiers Canada, ouvrir les quatre bâtons de colle Pritt exigés par le prof et essayer de deviner les nouvelles couleurs de ma boîte de Prismacolor. Je me souviens de l’année où j’ai trouvé les crayons fluos : jaune, rose, vert, orange pétants ! Je jubilais. Et j’avais la ferme intention de les utiliser à outrance. Ce que j’ai fait, bien sûr.

Petite fille qui écrit dans un carnet

Photo: Lumina/Stocksy

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Aujourd’hui encore, ce moment de l’année me rend fébrile. En septembre, j’ai envie de démarrer mille et un projets et de nettoyer ma maison de fond en comble (oui, oui). Je suis remplie d’une énergie brute. C’est pas mêlant, j’ai l’impression que je peux tout accomplir. D’ailleurs, c’est à l’automne que j’ai ce que je considère comme mes « meilleures idées ». C’est là que je me mets à écrire des livres…

Je ne sais pas si c’est génétique ou s’il y a quelque chose dans l’air à la fin de l’été, mais mes filles ont hérité de ma passion pour la rentrée. Dès le mois d’août, elles commencent à me demander quand on ira acheter leurs fournitures. Oh, je pourrais bien me faciliter la vie et me contenter de faire préparer ma commande d’articles scolaires. Tout ce que j’aurais à faire, ce serait de la ramasser au magasin. Un commis se serait gentiment chargé de magasiner à ma place. Je l’ai fait une année. Oui, j’ai gagné du temps, mais j’ai trouvé triste de bouder mon plaisir. Parce que c’en est véritablement un. J’adore embarquer les filles dans la voiture et partir à la chasse au duo-tang-turquoise-pas-bleu, au compas à vis et au rapporteur d’angle transparent. J’avoue lâcher quelques mots d’église quand je me rends compte qu’il n’y a plus de cahiers Louis Garneau de la bonne couleur dans un rayon de 100 kilomètres. Mais bon, ce n’est qu’un léger désagrément.

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La rentrée, c’est découvrir qui on aura comme prof cette année. C’est se demander si sa meilleure amie sera dans sa classe et si la maudite petite fille à lulus, celle qui n’arrête pas de nous écœurer une seconde, se retrouvera enfin dans l’autre. C’est marcher dans la cour d’école, boîte à lunch dernier cri en main et cœur battant, et chercher son kick du regard. C’est avancer, avec une nonchalance feinte, vers les copines et se dépêcher de se raconter ses vacances. C’est dire qu’on sait pédaler à deux roues, astheure, qu’on a pêché à la mouche pour la première fois et qu’on a visité la parenté dans le Bas-du-Fleuve. C’est réaliser qu’on a la moitié du primaire de fait, que les parents d’une telle ont divorcé pendant l’été et qu’elle a changé d’école sans avoir eu le temps de le dire à personne. C’est un joyeux mélange de nouveauté, d’appréhensions et de banalités. Je ne sais pas ce que je donnerais pour revivre ça un jour. Pour l’instant, je vais attendre que mes filles dorment et aller prendre une bonne poffe de cahier ligné.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)