Ma parole!

De la difficulté à bien nourrir ses enfants

«Certains soirs, je suis tellement écoeurée de me battre pour que les filles avalent une bouchée de plus de leur quinoa ou qu’elles daignent goûter à la bette à carde que je me demande pourquoi je me donne tant de mal.» Geneviève Pettersen se demande pourquoi est-il si difficile parfois de bien nourrir ses enfants.

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L’alimentation est peut-être le domaine où j’ai le plus de misère à agir selon mes convictions. On s’entend que je souhaite plus qu’ardemment que ma progéniture se nourrisse exclusivement de graines de chia, de pain intégral, de fruits et légumes bios et de tofu, mais je n’arrive tout simplement pas à leur faire avaler tous ces supersaliments (mon Dieu que je déteste cette expression) tous les jours.

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Prenez ma plus vieille. Elle est comme moi. Le matin, elle n’a pas trop faim. Il lui faut un moment pour que son estomac se réveille. Sauf qu’avec l’école qui débute à 8 h 12, je dois impérativement lui faire avaler quelque chose avant qu’elle s’assoie en classe. J’ai à peu près tout essayé : le pain doré en forme de cœur, les smoothies, les yaourts à mille affaires, les œufs… Mais rien à faire, cette enfant n’a pas faim quand elle se lève.  Le seul truc qui marche, c’est de lui proposer n’importe quoi avec du Nutella dessus. Oui, vous avez bien lu. Je lui donne du Nutella, cette pâte horrible composée d’huile de palme et de sucre que tous les nutritionnistes en ce bas monde honnissent. Je l’étends sur du pain qui goûte le tapis de yoga, sur des crêpes au blé entier et surtout, je lui sers avec une montagne de fruits, qu’elle avale au complet.

J’ai bien expliqué à ma fille que le Nutella n’est pas un premier choix en matière d’alimentation. Pour vous dire bien franchement, je ne trouve pas ça très normal qu’on se culpabilise de servir ce type de tartinade à nos enfants. Malgré cela, je ressens le besoin de me justifier et j’essaie de me convaincre qu’au moins elle mange. Je me dis que ce n’est toujours pas pire que de la confiture avec 6543 grammes de sucre par pot. Vous ne donnez pas de confiture à vos enfants, me direz-vous. Eh bien bravo à vous. Moi, je choisis méticuleusement mes combats et celui-ci en est un que j’ai décidé de ne pas mener. L’important, je me dis, c’est que ma fille déjeune et que je continue chaque jour à lui offrir des choix sains et variés en plus du Nutella, du Kraft Dinner et des biscuits Goldfish.

Je vais vous dire une chose, aussi. Certains soirs, je suis tellement écoeurée de me battre pour que les filles avalent une bouchée de plus de leur quinoa ou qu’elles daignent goûter à la bette à carde que je me demande pourquoi je me donne tant de mal. Pourquoi passer des heures à préparer et à planifier les repas alors qu’elles n’aiment que la pizza et les pâtes à la sauce tomate? Pourquoi me tuer à l’ouvrage pour trouver de nouvelles façons de leur faire apprécier le poisson et le tempeh alors que je sais très bien qu’elles vont accueillir l’assiette que je leur servirai avec déception. Oui, je le sais que je fais tout ça pour qu’elles soient en contact avec des aliments sains et variés, pour qu’elles fassent de bons choix alimentaires quand elles seront des adultes, mais certains lundis soirs la tentation de ne leur servir que du macaroni toute la semaine est grande. Au moins, elles seraient contentes.

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Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)