Pratique

Acheter? Louer ou échanger plutôt!

Louer ou troquer ses trucs, c’est tellement simple grâce à Internet. Regard sur des façons branchées de consommer moins.

Un iPad : 10 $ par jour. Un appareil photo numérique : 2 $. Une poussette tout terrain : 10 $. Un robot culinaire : 7 $. Bienvenue sur le site de location entre particuliers  snapgoods.com . Depuis l’an dernier, les internautes new-yorkais font des économies en louant les objets de leurs voisins et font des sous en offrant les leurs. Un bon plan pour tester un appareil cher ou combler un besoin ponctuel sans se ruiner.

C’est comme les petites an­nonces. Sauf que SnapGoods gère les réservations ainsi que les lieux de rencontre et exige un dépôt de garantie. On s’acquitte des frais sur Internet en utilisant le service de paiement en ligne Paypal ou on règle comptant en allant chercher l’objet.

Révolutionnaire? Pour nous, oui. Mais la formule est bien ancrée en Europe et gagne en popularité aux États-Unis. Au Québec, seul  onloutou.com  rend la chose possible. « Votre voisin a sûrement ce dont vous avez besoin. Des objets qui dorment dans votre garage pourraient vous rapporter de l’argent. Et vous rendriez service à quelqu’un », suggère à ses visiteurs Valérie Hardy, édimestre et cofondatrice du site en 2008.

On peut y dénicher une robe de soirée pour 10 $ par jour ou une poussette double pour 8 $. Mais l’offre demeure très limitée. « Les Québécois ne pensent pas à louer, ni à publier des annonces. Ce n’est pas entré dans les mœurs », cons­tate cette Française d’origine installée à Québec.

Moins, c’est mieux
« La “déconsommation”, soit le fait de vouloir consommer moins, est un credo de plus en plus populaire ici », explique Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable à l’Université de Sherbrooke. Et la location et l’échange sont des moyens d’y parvenir.

Selon une étude réalisée par l’Observatoire, la moitié des Québécois affirment avoir volontairement diminué leur con­sommation et deux sur trois ont renoncé à acheter des produits ou des services dont ils n’avaient pas besoin. « Ils le font pour des raisons sociales et environnementales, pour exprimer leurs convictions responsables dans leurs achats quotidiens », avance le chercheur.

Malgré ces bonnes intentions, on ne sait pas toujours par où commencer. Il existe pourtant des solutions pratiques, selon Hervé Kempf, journaliste spécialisé en environnement au quotidien français Le Monde et auteur de Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (Seuil, 2009). Comme le partage d’objets à l’aide des réseaux en ligne. « Moins de biens, plus de liens », résume-t-il.

Bonne nouvelle : ces liens, ils se tissent près de chez vous. Par exemple, le service d’autopartage Communauto offrira bientôt à ses abonnés propriétaires d’une voiture la possibilité de la louer à d’autres abonnés. Deux projets-pilotes rouleront sous peu dans les quartiers Rosemont, à Montréal, et Sainte-Foy, à Québec. Le prêt entre personnes fonctionne bien en Europe et à New York, entre autres.

Le fondateur et président de Communauto, Benoît Robert, a eu cette idée il y a 10 ans. « Le besoin était là et le marché était déjà mûr à l’époque. Mais aujourd’hui, nous avons les moyens de le faire », affirme-t-il.

Les moyens : Internet et une entente avec La Capitale, le propriétaire du véhicule devant être assuré par cette compagnie. Les assurances protègent ce dernier. Il devrait n’avoir rien à débourser en cas d’accident et son dossier de conduite resterait inchangé. Quant à la personne qui le loue, elle paiera une franchise dont le montant sera fixé par son contrat d’a­bonné. Les transactions se feront en ligne : le choix de l’auto, la réservation et le paiement. Grâce à ce système, les gens des régions auront, à terme, accès au service d’autopartage. Jusqu’ici, les 1 150 voitures appartenant à Communauto n’étaient garées qu’à Montréal, Sherbrooke, Québec et Gatineau.

Ça roule pour Communauto
Communauto en a fait du chemin depuis sa création en 1994. Au début, le service de partage de voitures ne disposait que de deux Pontiac neuves et d’une auto d’occasion… Aujourd’hui, on compte plus de 1 000 bagnoles dont les toutes nouvelles voitures électriques Nissan Leaf. Et le service s’adapte aux besoins – on paie à l’heure et au kilomètre.

Le Web me va à ravir
Très rassembleur, le Web! Et les fringues ont un pouvoir d’attraction indubitable : les plus grandes foires d’échange de vêtements d’Amérique du Nord s’organisent en ligne. Aleece Germano, 40 ans, a fondé l’Équipe S.W.A.P. (Sharing With a Pur­pose, qu’on pourrait traduire par Partager avec conscience) à Montréal en 2007. « Les réseaux sociaux sont la clé de notre succès. Nous avons commencé sur MySpace et faisons maintenant notre promotion sur Facebook. Nous avons aussi notre site Web », dit la brunette.

L’organisme montréalais orchestre les événements Déshabille-toi! Défilé de mode, maquillage vibrant, musique électro, les fashionistas jubilent en échangeant des vêtements « propres et en bon état ». Un article apporté donne un crédit pour un autre, que ce soit une jupette, des escarpins ou un chapeau. Tout est mis en commun. On farfouille. Plus de 28 200 vêtements ont été échangés. Chaque événement attire de 200 à 400 personnes. Le concept montréalais fait fureur dans plusieurs autres villes : Toronto, Ottawa, Calgary, Halifax et Boston. « Nous échangeons pour l’environnement, pour freiner la surconsommation. C’est aussi une façon de s’engager dans sa communauté, de partager. Et de s’amuser », glisse l’experte en marketing. Qui eût cru qu’Internet favoriserait le retour du troc!

L’échange d’infos sur le Web est aussi le modus operandi de Troc-tes-trucs, organisme créé dans Villeray en 2006. Fidèle au poste, Fabienne Dallaire, 31 ans, attend son infolettre pour connaître la date du prochain bazar. Tous les trois mois, elle trimbale vêtements, vaisselle et articles déco au centre communautaire et repart avec des rideaux, des livres, des assiettes. Comme des dizaines de familles du coin. « C’est génial, économique et convivial. Ça renforce ma présence dans le quartier », dit la travailleuse sociale devenue bénévole. Les séances de troc ont lieu aux quatre coins de Montréal.

Un peu de temps s.v.p.
Rien à troquer? Échangez du temps! Le partage de petits services entre citoyens est connu sous l’acronyme SEL pour Système d’échange local (comprenant aussi un volet troc d’objets). Le premier est né à Vancouver dans les années 1980. L’idée a fait son chemin en France au cours de la décennie suivante et, dans une moindre mesure, au Québec à la même époque. Aujourd’hui, il en existe plus de 300 dans l’Hexagone, des dizaines ailleurs en Europe, au Japon, en Côte d’Ivoire, aux États-Unis mais seulement quelques-uns au Québec.

Ici, d’autres formules ont vu le jour. Depuis 2003, on peut échanger des ser­vices grâce à L’Accorderie, qui lutte contre la pauvreté. Le réseau, doté d’antennes de Montréal à Shawinigan, et récemment à Paris, regroupe 1 600 internautes qui donnent 4 000 coups de pouce par année. Massage thaïlandais, cours d’informatique, plomberie ou dressage de chiens, il y a de tout. Et tout est gratuit.

« Notre temps est précieux. À L’Accorderie, nous sommes tous égaux. Une heure donnée vaut une heure reçue, peu importe le service », indique Marie-Hélène Guilbaut, 27 ans, qui enseigne la fabrication de savons artisanaux à Québec. « Ça a changé ma vie », ajoute-t-elle. En effet, Huguette Boucher, qui offrait un service de mentorat, l’a aidée à lancer son entreprise bbBulles. Depuis, Marie-Hélène livre, collecte et fait nettoyer les couches lavables qu’elle loue à ses clients.

C’est manifeste, une façon différente de consommer se développe sur la toile. Des solutions concrètes existent. Il ne reste qu’à passer à l’action. Faites le ménage de vos placards, de votre sous-sol… Vous trouverez matière à louer ou à échanger. Rendez-vous en ligne.

5 questions avant d’acheter
En a-t-on vraiment besoin?
Pour combien de temps?
A-t-on les moyens de se l’offrir?
Peut-on en repousser l’achat?
Quelqu’un pourrait-il nous le prêter?

Voilà les questions qu’il faut avoir en tête avant de consommer, selon Caroline Harel, de l’organisme Option consommateurs. « On doit prendre le temps de réfléchir, de se questionner pour ainsi éviter les achats impulsifs », conseille-t-elle.

Des liens utiles

onloutou.com Service de location de biens et services entre consommateurs québécois.
communauto.com Entreprise d’autopartage présente à Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau. Offre depuis la mi-août des voitures électriques.
theswapteam.org Initiative québécoise d’échanges de vêtements, misant sur l’humour et le plaisir. troctestrucs.qc.ca Bazars communautaires dans le grand Montréal.
accorderie.ca Échange de ser­vices pour les résidants de Montréal, Montréal-Nord, Québec, Shawinigan et Trois-Rivières.
snapgoods.com Service de location entre particuliers de New York.