Culture

10 ans de TLMEP : secrets et confidences

Bienvenue dans la boîte à souvenirs de Tout le monde en parle.

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Il l’appelle « la grande », elle lui donne du « Big ». Carole-Andrée Laniel dépasse en hauteur son patron (« Même sans talons », précise-t-elle). Et Guy A. Lepage est big, tout le monde le sait et lui aussi. « Big, ça me convient très bien. Je n’ai absolument pas le syndrome de l’imposteur, je suis à ma place et je connais ma valeur. » Souvent, raconte sa rédactrice en chef, après le (long) tournage d’une émission, « Guy me prend dans ses bras et me dit : “Belle job, ma grande.” Je trouve ça super chouette ».

Parcourir Tout le monde en parle – L’envers du décor (Les Éditions La Presse), signé Carole-Andrée, c’est revivre 10 ans de moments décoiffants (Serge Chapleau qui crêpe le chignon de Raël), polarisants (la présence de Jack Layton qui fait exploser la cote du NPD), émouvants (le passage de Nancy Mawn, qui souhaitait assister à un enregistrement avant de mourir), peu convaincants (la réconciliation avec Denise Bombardier)… C’est découvrir le secret des « cartrons » de Guy A. et retrouver quelques-unes des 1 066 cartes coquines données par le fou du roi, Dany Turcotte. C’est surtout réaliser l’impact formidable de ce rendez-vous dominical qui marquera l’histoire de notre télévision.

La rencontre a eu lieu un midi à la mi-octobre au bistro Accords, propriété de l’ex-RBO (et de Chantal Fontaine). La grande était à l’heure, et Big, en retard, l’un de ses défauts, dit-on. Et il avait l’air vanné. Le boulot ? « Non, un bébé plus nocturne que diurne. » À 53 ans, il est devenu père pour la troisième fois en août. « Ça change une vie. » Mais ça ne change pas Guy : « C’est doux, c’est chaud, pis ça pue. »

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Qui a eu l’idée du livre ?

Carole-Andrée : André Ducharme [autre ex-RBO, chef scénariste de TLMEP]. Mais comme il était très pris avec Un souper presque parfait (à V), je me suis dit : pourquoi pas moi ? J’ai été journaliste, j’avais déjà écrit des nouvelles et je suis là depuis le début. J’étais la personne toute désignée.

Guy A.:Ce livre, c’est l’envers du décor, il y a donc des choses auxquelles je n’ai pas accès pendant l’émission. Et c’est le point de vue de Carole-Andrée. En général, les gens sont gentils avec moi quand c’est rendu à mon niveau, mais c’est elle qui se tape tout ce qui se passe avant. Le livre montre ce qu’on n’a pas vu à l’écran, le travail qui est fait avant de se rendre en ondes.

Guy n’est pas que l’animateur, il est aussi coproducteur. Est-ce un bon patron ?

C-A : On me pose tout le temps cette question. Et je réponds tout le temps la même chose : travailler avec lui, c’est léger.

Guy A. : 165 livres.

C-A : [Elle le regarde] Je ne pense pas qu’il ait engraissé en 10 ans, il se maintient. Guy sait ce qu’il veut, il a confiance en lui. Et il fait confiance aux autres. Le fait que tu saches qu’il a confiance en toi, ça lui donne confiance en lui d’avoir confiance en toi.

Guy A. : C’est une formule mathématique.

C-A : C’est ce qui fait que c’est léger. Guy n’a pas d’angoisse existentielle ni d’états d’âme. En tout cas, il ne nous les fait pas ressentir. Quand il arrive au bureau, c’est toujours le même Guy. Lui, du moment qu’il nous fait rire en réunion…

Guy A. : Moi, ce qui me fait rire, c’est cette réputation [d’être méchant, cinglant, « RBOesque », quoi]. C’est vrai que je dis ce que je pense, mais je gagne des prix de popularité, donc je dois être plus populaire que controversé.

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Tu aimes être aimé?

Guy A. : J’adore être aimé, mais je ne ferai aucune concession pour qu’une personne de plus m’aime, il y en a déjà beaucoup trop pour ce dont j’ai besoin dans la vie.

C’est toi qui approches les gros noms, les stars internationales

C-A : Je « booke » tout le monde. Les premiers temps, c’était plus difficile, surtout avec les Français ; à cause de la mauvaise réputation de Thierry Ardisson, ils n’arrivaient pas dans de bonnes dispositions. Il fallait leur dire : « C’est le même concept, oui, mais pas le même esprit. » Aujourd’hui, les vedettes viennent de Paris pour passer à TLMEP.

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Un chapitre du livre m’a intrigué: le top 10 des gens qui ont toujours refusé votre invitation. Par exemple, les Cowboys Fringants et Jean-Marc Parent. Serait-ce parce que RBO s’est moqué d’eux jadis

C-A : Les Cowboys ne font pas de télé. Et Jean-Marc, on ne sait pas pourquoi… C’est vrai que, au début, beaucoup avaient peur, non pas de Guy A., l’animateur de TLMEP, mais de Guy A., l’ex-RBO. C’était frappant. Michel Louvain [autre victime] ne voulait pas venir faire rire de lui. Je l’ai convaincu que ce ne serait pas le cas, et il a été enchanté (il a même récidivé cet automne). Avec le temps, même ceux (nombreux) à qui RBO avait fait du mal ne se priveront pas de venir à TLMEP se faire interviewer par Guy A. 

Guy A. : Qui sont les autres sur la liste ? Fabienne Larouche ? Elle est barrée. Pourquoi ? Parce qu’elle va à toutes les émissions, sauf à la nôtre. Elle nous a dit non de façon trop cavalière. Si un jour tu la vois à TLMEP, ce sera parce qu’elle m’aura supplié à ge-noux personnellement, et je suis assez guidoune pour dire oui.

C’est noté. Guy A. prend parfois le téléphone

C-A : Oui, je lui dis : j’ai tout fait, à toi d’essayer. 

Guy A. : Elle me met sur des grosses missions. Guy Lafleur lui disait non. Je l’ai appelé. 

C-A : Et tu t’es fait revirer.

Guy A. : Puis il a travaillé avec ma blonde, qui l’a convaincu. Il est venu parce qu’il lui faisait confiance.

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TLMEP version Québec vit sa 11e saison, l’original a tenu l’antenne huit ans. Vous avez battu Thierry Ardisson. Qu’est-ce qui fait que vous êtes toujours là?

Guy A. : C’est le public qui décide de la longévité d’une émission [les cotes d’écoute tournent encore autour de 1,2 million]. Si le public est toujours là, on le fait, si on est toujours motivés, on le fait, si le diffuseur nous fait pas chi…, on le fait. En passant, merci à Radio-Canada de nous donner carte blanche.