Culture

Alexis Durand-Brault : le réalisateur des femmes

Il a nagé avec bonheur « dans une marmite d'œstrogènes » pour La galère, une expérience qu'il a mise à profit pour son film La petite reine.

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Photo : Maxyme G. Delisle

La gang de La galère, Julie Le Breton, Laurence Leboeuf… Les femmes sont souvent au centre des fictions que réalise Alexis Durand-Brault. Aux actrices déjà mentionnées, ajoutons Karine Vanasse, dans Ma fille, mon ange, son premier long métrage. Il a aussi scruté, à titre de directeur photo, le visage des comédiennes du film Elles étaient cinq, sans oublier celui de Marie-Thérèse Fortin dans Les grandes chaleurs.

« À mes yeux, les personnages féminins sont plus intéressants, car plus complexes », dit l’homme de 40 ans. « Les femmes ont un regard plus sincère, plus facile à capter, ajoute-t-il. Les gars ont davantage de pudeur devant une lentille, probablement parce qu’ils avouent moins leurs complexes et leurs peurs. »

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La galère
Radio-Canada

Alexis, lui, ne cherche pas à dissimuler sa vulnérabilité derrière sa taille imposante et sa voix qui porte. « Sous ses airs de baraqué loud, il est très sensible », observe Hélène Florent, qui a incarné Stéphanie dans La galère. « Il n’y va pas forcément avec des pincettes quand il nous donne ses directives, mais il prend soin de nous et peut venir nous voir les yeux pleins d’eau après une scène. »

Il n’hésite pas non plus à cajoler ses amies et collègues féminines. « Je suis un coq qui aime être entouré de sa basse-cour ! blague-t-il. Plus sérieusement, je viens d’une famille où la mère, ex-juge au Tribunal de la jeunesse, est très présente et possède une grande force de caractère. Mes grands-mères aussi étaient comme ça, à côté d’hommes plus discrets. Je n’ai eu d’autre choix que de les admirer. »

Une admiration qu’il voue aussi à Sophie Lorain, sa complice au travail et dans la vie. Depuis avril, sous ses yeux, l’actrice se transforme en urgentologue obligée d’amorcer une thérapie dans Au secours de Béatrice (à TVA cet automne). C’est la première fois qu’Alexis dirige sa blonde. « Devant moi, elle s’abandonne plus que je ne l’aurais imaginé », admet-il, encore surpris.

Ils se sont connus alors qu’ils travaillaient pour la même maison de production de films publicitaires, genre qui a permis à Alexis de faire ses premières armes et auquel il revient encore, près de 20 ans après ses études en cinéma à Concordia. Il a décidé de devenir réalisateur après avoir vu Le Parrain. Une révélation, à 10 ans seulement !

En 2006, Sophie Lorain lui demande d’être son directeur photo pour la série Un homme mort, qu’elle réalise, puis, deux ans plus tard, le duo récidive avec le film Les grandes chaleurs. Rapidement, ils œuvrent à l’unisson. « Il n’a jamais été condescendant avec moi, même si, à l’époque, j’arrivais du jeu et non de la réalisation, dit Sophie. Il m’a fait con­fiance. Il comprenait mon humour. Il était conscient de qui j’étais et du milieu d’où je venais, sans le dénigrer ni le juger. »

Depuis qu’ils se sont partagé la réalisation de La galère, ils ne se séparent plus professionnellement. « Sophie et moi, c’est un échange créatif constant », souligne Alexis.

Plateau «Le temps des roses».

Alexis Durand-Brault et Laurence Leboeuf
La petite reine

Leur dernier projet en tandem, La petite reine (il a réalisé, elle a scénarisé avec Catherine Léger) arrive ces jours-ci au cinéma. Le film met en scène une cycliste de haut niveau (Laurence Leboeuf) à la conquête de la Coupe du monde. Dopée, elle subira les revers d’une série de mauvais choix. Elle se prénomme Julie, mais pourrait s’appeler Geneviève… « On s’est seulement inspirés de ce qu’a vécu Geneviève Jeanson, précise Alexis. On ne voulait pas se mettre de pression pour expliquer ce qui est vraiment arrivé. On veut juste faire comprendre le pourquoi et le comment de l’ascension et du déclin. »