Culture

Du droit à l'entrepreneuriat : le parcours de Linda Kamgue Neyret

Après des études de droit qui n’ont pas été à la hauteur de ses aspirations, Linda Kamgue Neyret a quitté la France pour le Québec, bien déterminée à y fonder un foyer... et une entreprise prospère, loin du monde du droit. Une double révolution, quoi !

Mon parcours en quelques mots

Je suis née en France. J’y ai vécu trois ans avant de rentrer dans le pays d’origine de ma famille, le Cameroun. Avec mes parents, nous avons énormément voyagé à travers l’Europe et l’Afrique. Puis, en 2003, je suis revenue dans l’Hexagone pour faire des études de droit et d’économie. C’était pour plaire à mon père, qui tenait à ce que j’obtienne un diplôme. Mais, au fond de moi, je savais que ce n’était pas mon destin. Ce que je voulais vraiment, c’était ouvrir ma propre entreprise. Pour me familiariser avec le commerce, j’ai travaillé dans une boutique de prêt-à-porter à la fin de mes études. Au fil du temps, je me suis même essayée à vendre des œuvres d’art en ligne.

Où j’en suis aujourd’hui

Je suis une femme d’affaires. À mon arrivée au Québec, en 2015, j’ai décidé de poursuivre mon rêve. J’ai fondé Nyumba Design, une entreprise qui met en valeur le savoir-faire africain en matière de design, d’artisanat et de création. J’y vends tout autant des accessoires de mode, de cuisine ou de décoration que des masques, des statuettes et des œuvres d’art.

L’art africain me passionne parce que…

Je veux faire rayonner mon Afrique auprès des Occidentaux : une Afrique belle, riche, chic. En Europe, j’ai constaté que bien des gens avaient une vision très péjorative de l’Afrique, qu’ils ne considèrent souvent que comme un continent pauvre, malheureux et défavorisé. L’artisanat m’a semblé un bon moyen de renverser ces préjugés. Il y a une richesse dans le savoir-faire des artisans, une noblesse et une qualité qui étonnent beaucoup les clients.

J’ai eu un coup de cœur…

Un coup de foudre, plutôt. En 2012, lorsque mon mari et moi sommes venus visiter ma sœur qui habitait déjà ici, nous sommes tombés amoureux du Québec. Alors qu’en France, j’ai toujours été perçue comme une étrangère, j’ai tout de suite senti une bonté dans le regard des gens d’ici. Tout le monde se montrait curieux, accueillant et ouvert. Dès notre retour de vacances, nous avons entamé des démarches d’immigration permanente.

Ce qui me rend fière

Même si je travaille énormément, je me réjouis d’avoir le courage et la volonté de faire ce qui me plaît vraiment. Chaque jour, je rencontre des clients curieux, qui veulent en apprendre plus sur l’Afrique. Chez Nyumba Design, ils découvrent un continent, formé de plusieurs régions qui ont chacune leurs particularités, leur style et leur personnalité. C’est très gratifiant de voir la surprise sur leur visage lorsqu’ils réalisent que des produits africains se marient parfaitement à leur décor et y ajoutent une touche unique qu’ils ne trouveront pas ailleurs.

Art africain

Photo : Marie-Claude Fournier

Ce que j’ai appris

La patience. Au début, je voulais tellement réussir que j’ai dépensé sans compter pour me faire connaître. J’ai mis toutes mes économies dans des publicités, des représentations, des salons, mais je n’obtenais aucun retour. Je me suis beaucoup remise en question, allant même jusqu’à songer à retourner en droit ou sur un chemin plus sûr. En fin de compte, les encouragements de mes proches m’ont poussée à continuer. Le bouche à-oreille a fait le reste… Depuis que j’ai lâché prise et que je comprends que chaque chose vient en son temps, les résultats sont exponentiels.

J’ai eu de la chance…

Je me considère comme très privilégiée de ne pas avoir vécu le racisme, alors qu’autour de moi beaucoup de gens ont dû composer avec des préjugés. Je souhaite du plus profond de mon cœur que mes deux enfants en soient aussi à l’abri.

Une certitude qui me guide

Je suis convaincue que l’art est un moyen fort de créer des ponts, de démontrer qu’on se ressemble plus qu’on pense. La majorité de mes clients sont caucasiens. Ils se reconnaissent dans mes produits et veulent changer les choses en soutenant l’esprit humanitaire qui est derrière. Les profits de mon entreprise sont en partie redirigés vers des projets de développement dans les communautés rurales africaines, notamment au Swaziland [maintenant nommé Eswatini], en Éthiopie, en Afrique du Sud et au Sénégal.

Les femmes qui m’inspirent

D’abord ma mère, aujourd’hui décédée, pour sa fibre entrepreneuriale– elle était documentaliste, trilingue et avait toujours la tête pleine de projets –, son amour du voyage, sa curiosité envers les autres cultures. Puis Oprah Winfrey, une femme noire puissante, qui brise les barrières et abolit les préjugés. Elle est aimée par toutes les communautés et tous les milieux, et me rappelle que tout est possible.

Ce que je dirais aux femmes qui songent à se lancer en affaires

Même si le chemin est jonché d’obstacles, il faut s’écouter et aller de l’avant pour ne pas avoir de regrets par la suite. On doit à tout prix renverser la peur, et ce, peu importe les mises en garde de son entourage. Chacun est maître de son destin.