Culture

Émilie Monnet : porteuse de mémoire

Depuis plus de 10 ans, elle donne vie à la mémoire et aux réalités autochtones sur les scènes du Québec, mettant de l’avant une histoire souvent occultée. Le travail d’Émilie Monnet est plus essentiel – et plus visible – que jamais.

Née à Ottawa d’un père français et d’une mère anishnaabe (algonquine), l’artiste s’intéresse très tôt aux questions liées à l’histoire et à l’identité. Dès la fin de ses études universitaires, elle s’engage au sein d’organisations de femmes autochtones dans les Amériques. Puis, elle se tourne vers le théâtre pour vivre son activisme au moyen de la création. Ce printemps, elle fait renaître sur scène la résistance et la soif de liberté de Marguerite Duplessis, première esclave et première femme autochtone à s’être adressée aux tribunaux pour recouvrer sa liberté en Nouvelle-France. « J’ai entendu pour la première fois parler de cette pionnière lors d’un tour guidé portant sur le Montréal autochtone », dit-elle en visioconférence, installée devant une fenêtre bordée de plantes vertes, ses longs cheveux noirs tombant en cascades sur ses épaules. Émilie se dit choquée que ce procès historique soit effacé de notre mémoire collective. « Je ne savais même pas que l’esclavage avait existé pendant plus de deux siècles au Canada, et que la plupart des esclaves habitaient la métropole. » Hantée par cette histoire, elle s’est lancée sur les traces de Marguerite Duplessis jusqu’en Martinique, où cette dernière a été déportée à la suite de son procès. Elle en a tiré un spectacle, Marguerite, dont elle signe le texte et la mise en scène, qui sera présenté en version intime ce printemps au Théâtre d’Aujourd’hui, puis à l’Espace Go en 2022. Si les conditions sanitaires forcent la fermeture prolongée des salles, l’artiste explore l’idée de proposer le spectacle sous la forme d’une déambulation sonore dans le Vieux-Montréal, à l’endroit même où Marguerite Duplessis a entamé son combat. « Les pierres sont porteuses de mémoire. Elles évoquent les liens qui perdurent entre le passé et le présent. La justice actuelle est issue d’un système colonial qui a dépossédé des communautés de leurs territoires, et qui s’est ensuite servi d’elles pour les exploiter. »

Marguerite. Pour connaître les dates de représentations au Théâtre d’Aujourd’hui : theatredaujourdhui.qc.ca/ marguerite