Culture

Marie-Soleil Michon: les petits commentaires anodins, c’est assez!

On évalue parfois mal la façon dont sont reçus nos petits commentaires anodins...

Photo: Getty Images/Soren Hald

Et si nous profitions du printemps pour renouveler notre façon de dire les choses?

J’ai pris une grande décision: cette année, je deviendrai sourde! Oui, je ferai la sourde oreille aux remarques qui m’irritent depuis longtemps. C’est le temps d’aligner nos chakras en gang!

«T’as donc l’air fatiguée!» La plupart du temps, je ne suis juste pas maquillée. Et si j’ai effectivement fait de l’insomnie, inutile de me le rappeler.

«Oh, ça c’est riche!» Ça vient souvent d’un collègue qui commente votre lunch au bureau. Ou d’une amie avec qui vous mangez au resto. Si j’ai envie de fettucines Alfredo extra bacon, double crème, triple brie, c’est mon affaire! Ne gâche pas mon plaisir en saupoudrant une cuillerée de culpabilité sur mon repas.

«Ça ne t’écœure pas de te baigner dans un lac?» Certaines personnes s’en tiennent à l’eau claire des piscines. J’aime aussi, je suis une vraie baigneuse! Mais vous savez quoi? Mon endroit favori pour plonger, c’est l’étang du Spa Eastman, où je nage parmi les grenouilles et les nénuphars. Un pur bonheur!

«Tes rides dans le front, tu ne voudrais pas les effacer? Je te refile les coordonnées de mon dermato virtuose du Botox! » Ça part souvent d’un bon sentiment: vouloir aider. La personne est probablement bienveillante. Mais ce genre de conseil non sollicité, celui qui me rend soucieuse d’un trait physique avec lequel je vivais bien avant ce commentaire, non merci!

« Mon cœur de maman est bouleversé ! » Survient à tout coup sur les réseaux sociaux après une gaffe de la DPJ ou un infanticide. Étant hypersensible et n’ayant jamais pu obtenir un test de grossesse positif, je reçois souvent cette phrase comme un coup de poing. Comme si les personnes sans enfant étaient incapables d’empathie… J’ai le cœur en charpie, moi aussi, devant les drames de la vie.

«Quels produits utilises-tu pour ta peau?» S’entend lors de l’examen des pores chez l’esthéticienne. Avec la loupe et la lumière intense qui nous éblouit, ça peut ressembler à un interrogatoire de police. C’est le moment où la détente fout le camp! Mon corps se crispe, la peur de ne pas donner la bonne réponse me tenaille. Si j’ai des questions, si j’ai besoin de crème ou de sérum, ne vous inquiétez pas, je le demanderai sans gêne!

«Hein, tu ne bois pas? Pourquoi? Juste un p’tit verre!» Laissons tranquilles ceux qui préfèrent éviter l’alcool, peu importe leurs raisons.

«Mon bac de recyclage déborde chaque semaine, je participe à la protection de l’environnement!» Oui, les petits gestes comptent… Mais quand on suit les nouvelles concernant la business du recyclage (en déroute), il y a de quoi devenir très, très cynique. L’effet pervers du bac plein, c’est le sentiment de contentement qui l’accompagne. Nous savons maintenant que c’est en amont qu’il faut réduire nos déchets : en évitant les emballages à usage unique, en réutilisant les objets, en achetant moins, mieux, en vrac… Accélérons le pas vers les grandes actions, puisque le temps presse.

«Tu as perdu du poids, t’es tellement belle!» Danger, terrain miné! Parce qu’on ne sait jamais ce qui se cache derrière ça… Parfois, ce sont de grands malheurs: une peine d’amour, de graves ennuis de santé, une période de surmenage, un deuil. C’est normal d’avoir le réflexe d’encourager ceux qui souhaitent changer. Mais l’association minceur et beauté est sournoise. On met une pression indue, sous-entendue sur la personne: ne JAMAIS reprendre ces kilos. Je préfère de loin: «Tu sembles en pleine forme!» ou «Tu as bonne mine!»

Bon. Est-ce à dire qu’il faut se taire? Bien sûr que non! Sauf pendant les spectacles, les films, les concerts… Mon cœur de tante vous remercie!

 

Photo: Julie Perrault

Marie-Soleil Michon anime le magazine Ça vaut le coût, présenté chaque semaine à Télé-Québec. On peut aussi l’entendre à l’émission Véronique et les Fantastiques, sur les ondes de Rouge fm.