Culture

Marie-Josée Lord

La soprano québécoise enchante tous les publics.

Photo: Julien Faugère

Née en Haïti, adoptée à cinq ans par un couple de Lévis, elle se sent aussi québécoise que le sirop d’érable… même si dans ses veines coule du sang caribéen, comme en fait foi son dernier album, Yo soy María. Photo: Julien Faugère

Aussi à l’aise dans La traviata que dans Starmania, la soprano québécoise enchante tous les publics.

« Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir… » Cet Air des bijoux de l’opéra Faust, rendu célèbre par la Castafiore d’Hergé, Marie-Josée Lord l’interprète avec un plaisir évident sur scène, sur son premier disque… et devant sa glace aussi ? La question la fait rire. « Je ne chante même pas sous la douche. D’ailleurs, dans la vie de tous les jours, je ne chante pas souvent », dit la soprano, née en Haïti et adoptée à cinq ans par des Québécois. Des parents blancs qui ont très tôt encouragé sa fibre musicale avec des cours de piano puis de violon. Sans se douter le moins du monde que leur petite Marie-Josée ferait son nid dans l’art lyrique. « Je me suis rendu compte de mes limites en tant que pianiste et de la difficulté de gagner sa vie dans ce métier. » Elle qui, à 20 ans, ne savait rien de l’opéra se voyait psychologue ; le hasard lui a fait découvrir une autre voie, la sienne. Aujourd’hui, 10 ans après ses débuts remarqués dans le rôle de l’esclave chinoise Liù (opéra Turandot), elle navigue entre des airs écrits au 19e siècle (La bohème, par exemple) et des chansons composées en 1979 (Le monde est stone). La différence entre ces deux univers, « c’est que le librettiste, dans ce cas Luc Plamondon, te donne du feedback en direct ». Comme dans le cas de Céline Dion, de Garou et de tant d’autres chanteurs pop, le grand Luc a donné un bon coup de pouce à la carrière de Marie-Josée. En incarnant Marie-Jeanne, la serveuse automate qui rêve de planter des tomates dans la version lyrique de Starmania, la soprano a conquis un nouveau public. Et gagné un admirateur. « Chaque fois que Luc me voit chanter, il porte la main à son cœur à la fin et me regarde d’une façon qui veut dire : “Tu m’as encore eu, ma maudite !” » Le 25 février, pour le Festival Montréal en lumière et pour nous réchauffer un peu, elle interprétera le répertoire latino-américain gorgé de soleil de son dernier disque, Yo soy María : Bésame mucho, La flor de la canela, Que nadie sepa mi sufrir…