Culture

Rencontre avec Sophie Desmarais, l’étoile montante

Elle brille au cinéma, à la télé, sur les planches. Elle a un agent à Paris, un autre à Los Angeles. Jusqu’où ira-t-elle ?

Sophie Desmarais. Crédit photo: Julie Artacho

Sophie Desmarais. Crédit photo: Julie Artacho

Affiche de la pièce Richard III (Sébastien Ricard). Crédit photo: Jean-François Gratton/Orange Tango

Affiche de la pièce Richard III (Sébastien Ricard). Crédit photo: Jean-François Gratton/Orange Tango

Nous sommes au théâtre, mais l’actrice n’est pas sur scène. Assise sagement au centre d’un vestibule, sirotant un café et attendant les questions, Sophie Desmarais est elle-même en ce matin glacial de janvier : une jolie Montréalaise de 28 ans un brin timide, casque en fourrure, bottes d’hiver et pull chaud. Désert à cette heure, le Théâtre du Nouveau Monde sert de décor au tête-à-tête. Impossible donc pour Sophie d’oublier qu’ici, dès le 10 mars dans Richard III, de Shakespeare, elle vivra dans les coulisses un trac fou, entre crise de nerfs et crise cardiaque, puis s’avancera dans la lumière, métamorphosée en reine du 15e siècle. « Je suis un peu “dramatique” avant d’entrer en scène, mais c’est vrai que faire du théâtre, c’est stressant. C’est courageux, et ça prend une santé de fer. Chaque soir, tu te lances dans le vide, tout peut arriver. » Le jeu en vaut toutefois les sueurs froides. Car après le rideau tombé et les applaudissements tus… « Après, c’est incroyable l’effet que ça te fait. T’es toute électrique, t’as envie de manger, de faire l’amour… »

Répétition au TNM de la pièce Richard III. Crédit photo: JF Hétu

Répétition au TNM de la pièce Richard III. Crédit photo: JF Hétu

Répétition au TNM de la pièce Richard III. Crédit photo: JF Hétu

Répétition au TNM de la pièce Richard III. Crédit photo: JF Hétu

Anne Neville, ladite reine, a existé, mais serait sans doute oubliée n’eût été le célèbre dramaturge anglais. « Toutes les comédiennes veulent interpréter Lady Anne. La joute verbale très intense de 12 minutes entre elle et Richard III est une scène mythique – autant que celle du balcon dans Roméo et Juliette. Elle le maudit sur la dépouille de son mari qu’il a tué, et lui la séduit… » Il y a trois ans, quand la metteure en scène Brigitte Haentjens lui a offert « au téléphone » ce rôle, secondaire mais prisé, elle a pleuré : « Je voulais tellement travailler avec Brigitte. C’est un tel cadeau ! »

Un autre, pourrait-on ajouter. Car la vie n’a pas été avare en présents, qui, parfois, se chevauchent. En effet, pendant qu’une partie d’elle explore cette tragédie « épeurante » cousue de « folie meurtrière et de sorcellerie », l’autre partie s’amuse comme une folle dans « une comédie très candy, à la Sexe à New York. Dans Mon ex et moi (à Série+ dès le 1er avril), j’incarne une planificatrice financière larguée par son chum et qui veut le reconquérir. Elle perd le contrôle, et c’est jouissif à voir – et à jouer. »

Mais le plus gros des cadeaux, du genre qui change tout, Sophie l’a reçu au printemps 2012. Deux films dans lesquels elle jouait ont été sélectionnés au Festival de Cannes : Sarah préfère la course, de Chloé Robichaud, et Le démantèlement, de Sébastien Pilote. « J’ai emprunté 2 000 $ à mes parents pour m’acheter des vêtements, des souliers, des sacs à main. Je donnais des tas d’entrevues, on me prenait en photo… » Pendant 10 jours, elle a vécu dans une mégabulle VIP. Et en parle encore avec de grands yeux étonnés, comme si elle racontait un rêve glamour… ou un film américain. « C’est étrange, et un peu surréaliste comme sensation de voir de grandes vedettes se servir au même buffet que toi, comme Julianne Moore ou Leonardo DiCaprio. Mais celle qui m’a le plus troublée, c’est Nicole Kidman, qui faisait partie du jury et que j’ai souvent croisée. Elle a l’air d’une poupée, toujours très digne, figée dans tous les sens du terme. Je ne l’ai jamais vue manger… Le destin de ces femmes, la pression qu’elles subissent, je ne sais pas comment elles font pour gérer tout ça. »

Son destin, Sophie l’a pris en main très tôt, sans plan B au cas où. « À 14 ans, raconte-t-elle, j’ai décidé que je voulais faire du théâtre. Trop jeune pour entrer dans une école, je ne voulais pas attendre. Je n’étais pas pressée, mais déterminée. Dans ma tête, c’était clair, et je n’avais pas envie d’errer. » Le secondaire enfin bouclé, elle a été acceptée après son audition au collège Lionel-Groulx en option Théâtre – à 16 ans, ce qui est exceptionnel.

Scène du film «Le démantèlement». Crédit photo: Les Films Séville

Scène du film «Le démantèlement». Crédit photo: Les Films Séville

L’égérie

Des 15 étudiants de sa cohorte diplômés en 2007, c’est la fille d’Alain Desmarais (et non du milliardaire Paul Desmarais comme le prétend Google) qui s’est le plus démarquée. Sa présence dans plusieurs films a fait d’elle une sorte de nouvelle égérie du cinéma québécois. Au cours des six derniers mois seulement, Sophie a été la vedette de trois films, dont Gurov and Anna, production bilingue en salle le 20 mars, dans laquelle l’actrice s’exprime pour la première fois en anglais à l’écran.

Certains jugent par contre qu’elle est un peu trop présente. Sous le titre « Un film québécois ne mettant pas en vedette Sophie Desmarais prend l’affiche », le site satirique Le Navet a écrit : « Risqué, périlleux, téméraire : ce sont les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire ce projet de film dont aucune scène ne sera cadrée sur le visage envoûtant de Mme Desmarais. » Éric Moreault, journaliste en cinéma au quotidien Le Soleil, n’y est pas allé de main morte : « Surdose de Sophie Desmarais », signait-il en octobre dernier, ajoutant qu’il y a « quantité de jeunes actrices talentueuses qui mériteraient de se retrouver au grand écran ».

La principale intéressée, déjà au courant et qui trouve le débat plus ou moins drôle, hausse les épaules. « Ça vient tâter l’une de mes grandes inquiétudes : être surexposée. D’un autre côté, c’est quand même particulier parce que je fais du cinéma indépendant que personne ne voit. » On lui parle plus de Yamaska, téléroman à TVA où elle tient un rôle de second plan, que de Sarah préfère la course, Chasse au Godard d’Abbittibbi et Henri Henri, trois longs métrages où elle tenait le haut de l’affiche. « J’aimerais trouver quelqu’un qui a vu les trois. »

Une solution : tourner à l’étranger. Celle qui a remporté un prix d’interprétation à Buenos Aires reçoit des propositions d’Europe et des États-Unis, passe des auditions et attend. Dans l’Hexagone, on a hâte qu’elle traverse l’océan, s’il faut en croire le magazine L’Express : « Vivement que les cinéastes français s’emparent d’un tel joyau ! »

Scène du film «Chasse au Godard d'Abbittibbi». Crédit photo: Funfilm Distributuon

Scène du film «Chasse au Godard d’Abbittibbi». Crédit photo: Funfilm Distributuon