Jardins de fleurs: inspirations et trucs

Prendre son café en regardant éclore les gloires du matin, lire son magazine en humant le parfum des belles-de-nuit, méditer en observant les cosmos se balancer dans la brise… Tentant, non? Avec les quelques conseils qui suivent, transformer son jardin en coin de paradis est facile.

 
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Dès les premiers jours du printemps, Élisabeth Dandavino chausse ses bottes de caoutchouc, enfile ses gants et sort jouer dans ses plates-bandes. « J’adore ce moment de l’année où la vie reprend dans mon jardin. Pendant tout l’hiver, je fais des plans pour y apporter quelques améliorations et, quand le temps se réchauffe, je peux enfin les mettre à exécution », explique la jeune retraitée du secteur de la santé. Depuis maintenant 30 étés, le terrain autour de sa maison de Mont-Royal, ville enclavée dans la métropole de Montréal, se transforme en un jardin de plus en plus fleuri. Un rosier grimpant sur l’arche de l’entrée, un chemin de pierres pour les jeux d’exploration de ses petits-enfants, de grandes filipendules roses près de la clôture pour gagner en intimité… Chaque recoin a sa raison d’être et sa petite histoire. À entendre Élisabeth raconter la genèse de son écrin de verdure, photos à l’appui, on n’a qu’une envie: faire de même chez soi. Avec un peu de planification, on peut toutes y arriver. « Je ne connaissais rien aux fleurs avant de m’y mettre. Tout ce que je savais, c’est que j’en voulais autour de ma maison », dit-elle.

Déterminer ses priorités

Parmi le vaste choix qu’offrent les pépinières, qu’est-ce qui devrait orienter notre sélection? « On doit d’abord se demander combien de temps et d’argent on est prête à investir dans le jardinage », souligne Marie-France Larochelle, horticultrice au Jardin botanique de Montréal.

Un aménagement de vivaces requiert peu d’entretien, surtout à long terme, mais les périodes de floraison sont parfois plus courtes. De plus, ces fleurs n’atteignent habituellement pas leur plein potentiel ornemental dès la première année. C’est pourquoi l’horticultrice suggère aussi d’inclure à ses achats des annuelles, qui fleurissent en général plus longtemps. À garder en tête toutefois: puisqu’il faut les renouveler chaque année, ces plantes grugeront une part plus importante du budget et des énergies.

D’autres critères de sélection à considérer: les parfums dégagés, le pouvoir d’attraction de certaines fleurs sur les papillons et les colibris, le fait que des variétés sont comestibles.

Combien investir?

En faisant le tour de sa famille, de ses amis et de ses voisins, on peut aisément récupérer quelques vivaces des jardiniers amateurs qui procèdent à la division de leurs plants: une étape nécessaire en horticulture lorsque les vivaces finissent par prendre trop de place. Des dons qui font bien des heureux! « Les jardins de mes deux filles ont été aménagés grâce à mes divisions printanières », raconte Élisabeth Dandavino.

Mais la générosité des proches ne suffit pas toujours à garnir les plates-bandes. Quelques investissements s’imposent alors. « Plus une vivace est à maturité, plus elle coûtera cher », résume Karina Jasmin, horticultrice et propriétaire de la Pépinière Jasmin, dans l’arrondissement Saint-Laurent à Montréal. Si on est prête à attendre un ou deux ans pour voir fleurir ses vivaces, on peut choisir des formats plus petits. » Une même plante, selon son degré de maturité, coûtera de 5 $ à 25 $. À cet égard, les soldes de fin de saison pourront être fort intéressants. 

Pour les annuelles, la caissette de 9 plants revient à 5 $ en moyenne – une dépense à faire chaque année, rappelons-le. Les arbustes sont plus chers – de 15 $ à 30 $, dans des pots de 2 gallons –, mais vu l’espace qu’ils occupent et leur durée de vie, ils peuvent en valoir la peine. « Une belle hydrangée à floraison prolongée peut constituer un choix judicieux », dit Karina Jasmin.

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D’abord les couleurs

Pour que le jardin soit agréable à l’œil, on doit porter attention aux couleurs des variétés sélectionnées. « Les jardins monochromes – plusieurs nuances d’une même teinte – assurent un effet spectaculaire, souligne l’horticultrice Marie-France Larochelle. On peut aussi assortir les couleurs un peu comme on le ferait pour un bouquet de fleurs, c’est-à-dire en juxtaposant des teintes complémentaires. »

L’ensemble apparaîtra plus harmonieux si une même couleur – le blanc, par exemple – ressort à différents endroits du jardin: ce thème récurrent agira comme un liant entre les autres teintes. Pour que la magie des couleurs opère, la répartition des variétés devra évidemment tenir compte de la saison de floraison de chacune.

Au fil de l’été, Marie-France Larochelle n’hésite pas à déplacer ses plants. « Je transplante souvent mes tulipes après la floraison, parce qu’il faut les laisser jaunir et sécher si on veut les voir refleurir l’année suivante. C’est tout simple quand on les a plantées dans un petit contenant mis directement en terre », explique-t-elle. On déterre les pots pour les cacher derrière une plus grosse plante. Ni vu ni connu!

Afin de conserver un équilibre esthétique pendant toute la belle saison, Élisabeth Dandavino aime aussi garder quelques annuelles ou arbustes en pot, qu’elle déplace d’une section à l’autre de son jardin selon les besoins. « Je fais appel à cette astuce quand un coin commence à manquer de couleur. »

Quand on recherche de l’ombre pour ses fleurs, il faut aussi tenir compte de la source d’ombre. Celle d’un arbre au feuillage dense apporte une contrainte par rapport à l’ombre d’un édifice, par exemple. « C’est que, dans le premier cas, les fleurs doivent se battre pour l’eau et les nutriments du sol, accaparés par les racines imposantes de l’arbre, précise le chroniqueur Rock Giguère. Le plus souvent, les fleurs et les arbustes ne sont pas de taille
à lutter contre les grands arbres. »

 

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Ce qu’on doit savoir

Quelques conseils pour maximiser ses chances d’avoir un jardin bien fleuri.

Être dans sa zone.
Pour choisir des fleurs dont la résistance au gel sera adaptée au climat de sa région, on regarde la zone de rusticité qui leur est attribuée. Le Québec affiche des zones de rusticité allant de 1 à 6 – plus le chiffre est élevé, plus c’est chaud – et pouvant inclure les lettres A (un peu plus froid) ou B (un peu plus chaud). Ainsi, Montréal obtient 6A, Sept-Îles, 3B, et Rouyn-Noranda, 2B. Mais ce chiffre ne dit pas tout, selon le chroniqueur horticole Rock Giguère. « Chaque jardin constitue un microclimat. S’il est très enneigé ou à l’abri du vent, il peut gagner une zone. » On peut avoir plus d’un microclimat sur un même terrain. Par exemple, les plates-bandes qui se trouvent près du bitume peuvent être beaucoup plus chaudes, puisque ce matériau attire les rayons du soleil.

Connaître la nature du sol.
La nature du sol – argileux ou sablonneux – a elle aussi son importance. Pour savoir à quel type de terre on a affaire, l’horticultrice Marie-France Larochelle conseille d’en prendre un peu dans ses mains et de tenter de la rouler pour en faire un serpentin, comme avec de la pâte à modeler. « Si le rouleau se défait, le sol est sablonneux. Bien ferme, il est plutôt argileux. » Les terres argileuses, qui retiennent l’eau, n’ont pas les mêmes propriétés que les sols sablonneux, favorables aux fleurs qui s’épanouissent en milieu plus sec. On doit donc veiller à ce que les variétés qu’on se procure puissent s’adapter à leur terre d’accueil.

Choisir l’ombre ou la lumière.
Pour mesurer l’ensoleillement, il suffit d’observer. Les endroits exposés au soleil toute la matinée jusqu’en milieu d’après-midi peuvent être considérés comme du plein soleil, selon Rock Giguère. « En fait, la plupart des plantes dont l’étiquette exige le plein soleil tolèrent très bien la mi-ombre. » Dans les zones ombragées, Élisabeth Dandavino privilégie les fleurs blanches ou les variétés au feuillage clair, qui viennent éclairer le décor. Les hostas font partie de ses préférées. 

Favoriser un bon compagnonnage.
Si certains conifères ont un réseau racinaire de surface qui empêche quoi que ce soit d’autre de pousser à proximité, les arbres aux racines pivotantes – en forme de tire-bouchon – n’exercent pas une telle concurrence. « C’est le cas, par exemple, des chênes, qui permettent aux autres plantes de se tailler une place », commente Rock Giguère. Autre truc pour que les fleurs s’épanouissent sous les arbres: les planter dans des pots ou de grands bacs plutôt qu’en pleine terre, suggère Rock Giguère. Ainsi, elles bénéficient de leurs propres sources de nutriments. Sinon, un beau couvre-sol? Le quatre-temps, avec ses délicates fleurs blanches à quatre pétales, est tout à fait à son aise sous un grand arbre, puisqu’il pousse à l’état sauvage dans nos forêts et nos boisés. On en trouve jusqu’à la baie d’Hudson!

Se donner le droit à l’erreur.
Les plus grandes qualités d’un jardinier? La patience et l’humilité. « C’est la plante, ultimement, qui décide si elle poussera ou non. Il ne faut pas en faire une affaire personnelle. Parfois, ça fonctionne, parfois non », dit Rock Giguère. On doit simplement mettre les mains dans la terre et faire des essais.

Mieux vaut aussi éviter la démesure. « Souvent, les gens voient trop grand: ils achètent 50 plants et les placent de façon beaucoup trop serrée. Tellement de monde fait cette erreur! On doit donner de l’espace aux fleurs », insiste-t-il. En attendant que les vivaces aient atteint leur pleine maturité, on peut toujours combler les trous avec des annuelles.

Une stratégie sûre: opter pour des plantes indigènes, qui poussent naturellement dans les prés et survivent sans problème aux hivers.

Croscomia (Photo: Getty Images/Nakano Masahiro/AmananImagesRF)

Bien de chez nous.
Les plantes indigènes sont en général faciles à entretenir, puisqu’elles sont évidemment adaptées au climat québécois. On a l’embarras du choix: asclépiade, immortelle blanche, aster, iris versicolore, rudbeckie laciniée, verveine hastée, violette du Canada, clématite de Virginie, ancolie du Canada, anémone du Canada, échinacée, hémérocalle fauve, thé des bois, rhododendron du Canada…

Des fleurs pour les plaisirs gourmands.
Pour profiter doublement de son aménagement, pourquoi ne pas y inclure des fleurs comestibles qui viendront agrémenter les plus belles salades? En voici quelques-unes: tournesol (graines), pensée, capucine (boutons), hémérocalle (surtout la Buttercup Palace), tagète, calendula, violette, trèfle blanc, rose trémière (boutons), monarde (goût de menthe et de lavande).

On peut également suivre la mode du foodscaping en incluant des plantes potagères dans ses aménagements floraux. Certaines font de jolies fleurs, d’autres sont appréciées pour leur couleur ou leur feuillage: bette à carde, thym (floraison mauve), persil (floraison jaune), ciboulette (floraison mauve), haricot d’Espagne (plante grimpante à fleurs orangées), piment Sedona Sun (fleurs blanches, puis fruits jaunes ou orange).

On préfère le charme des fragrances? Pour une expérience sensorielle totale, on choisit des fleurs dont les effluves sont assez puissants pour être perçus à distance. Parmi elles: azalée, daphné, lilas, seringat, rosier, brugmansia, laurier-rose, onagre, giroflée, jacinthe, lavande, clématite.

Pour attirer les oiseaux.
Des variétés sont particulièrement attirantes pour les colibris, les papillons et les insectes pollinisateurs comme les abeilles. En optant pour des fleurs tubulaires, groupées ou riches en nectar, on aura de la compagnie dans la cour! Privilégier la marguerite, la rudbeckie, l’échinacée, l’achillée, la verge d’or, la monarde, l’asclépiade, l’aster, le cosmos, le dahlia, la verveine, l’ancolie, l’azalée, la campanule, la capucine, le crocosmia.

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