Culture

Tête-à-tête avec Johane Despins

Elle coanime L’épicerie (ICI Télé) depuis 15 ans, avec un bonheur qui crève l’écran. Passionnée de culture et d’alimentation, Johane Despins se sent vraiment à sa place à la barre de cette émission culte, qui célèbre ses 20 ans cette année. Rencontre avec une belle épicurienne.

On a souvent dit de moi que je suis…
Intègre et ricaneuse ! Mon rire est supposément très caractéristique, parce que je ris beaucoup et fort. Et intègre, parce que quand je faisais de la critique culturelle, j’assumais mon rôle et je n’ai jamais eu de malaise à exprimer le fond de ma pensée, peu importe le type de spectacle que j’avais vu.

Mon bonheur tient à…
La famille, qui a toujours été la chose la plus précieuse dans ma vie et qui va le rester jusqu’à la fin. Mes parents sont décédés, mais j’ai encore mes frères, de qui je suis très proche, mon chum, mes fils, certains amis… Je répète souvent : s’il le fallait, je laisserais tout tomber pour eux. Pas besoin de distraction si j’ai ma famille. Pas besoin de job si j’ai ma famille. Le plus important, c’est qu’on soit bien ensemble.

J’aime mon métier parce que…
La culture et l’alimentation ont beaucoup en commun. C’est rempli de gens qui se donnent corps et âme en espérant que quelque chose surgisse de beau, de bon, qu’ils pourront partager avec les autres.

Ma plus grande qualité et mon plus grand défaut
La générosité et l’intransigeance. Je sais que j’exige beaucoup des autres. Ce n’est pas que je n’accepte pas qu’on ne pense pas comme moi, mais je peux être impatiente quand on ne s’en va pas à la même place, en même temps, tu comprends ? Cette intransigeance me dérange beaucoup parce qu’elle peut blesser des gens.

Une passion qu’on ne me connaît pas
Me retrouver seule dans le bois. Oui, j’aime la ville, j’y habite, je dirais même que Montréal, c’est pas assez gros ! Mais sentir le sable, la terre, la forêt… J’suis chez nous, dans le bois !

Une chose que j’aimerais apprendre
Des langues. Même avec l’anglais, j’ai de la difficulté. Je fais toujours un effort avant de partir en voyage, pour pouvoir baragouiner quelques mots dans la langue du pays que je visite, c’est un minimum de politesse.

Un lieu qui me ramène à mon enfance
N’importe quel quai. Mes grands-parents avaient un chalet au lac Souris, en Mauricie, où je passais une bonne partie de mes étés. Quand je suis assise au bout d’un quai, les pieds dans l’eau, je revois les partys de famille sur le bord de l’eau… ou ma grand-mère maternelle y prenant son café très tôt le matin.

Une œuvre qui a changé ma vie
Another Woman, de Woody Allen (1988). C’est l’histoire d’une femme dans la cinquantaine (Gena Rowlands), professeure de philosophie, qui prend un congé sabbatique pour écrire un livre. Elle loue un petit appartement pour être tranquille, mais elle réalise qu’elle peut entendre toutes les conversations qui proviennent du bureau du psychanalyste voisin. Elle en viendra à faire sa propre psychanalyse : que veut-elle laisser comme traces ? A-t-elle blessé des gens, réussi sa vie ? Et elle prend conscience que la perception que les autres ont d’elle ne correspond pas à la réalité. Ça m’a chamboulée. Je suis sortie du cinéma en me disant : c’est horrible, je ne peux pas rater ma vie comme ça !

Un livre sur ma table de chevet
Je viens de finir la lecture de Mille secrets mille dangers d’Alain Farah (Le Quartanier, 2021). L’amitié féminine dans ce livre : j’ai rarement lu quelque chose d’aussi beau, d’aussi puissant sur une relation entre deux femmes !

Je n’ai aucune tolérance pour…
L’incompétence, l’impolitesse, la mauvaise foi.

Ce qui me fait rire à tout coup
Les niaiseries de mon chum.

Des mots qui m’ont marquée et ils ont été prononcés par…
Ma grand-mère, paternelle cette fois, qui était une femme assez sèche. J’étais ado et elle avait dit : « Ah ! Johane, belle, grande et grasse jeune fille ! » J’avais des hanches fortes, ça m’avait insultée. Mais pour elle, c’était un compliment ! [Rires.]

Un moment déterminant pour moi
L’une des dernières fois où j’ai parlé à ma mère, qui a souffert d’un cancer pendant sept ans. Ma famille et moi, on était rassemblés autour d’elle le jour de Noël, aux soins palliatifs, et je pense qu’elle était tannée de nous faire de beaux adieux. Chaque fois qu’on se voyait, on en profitait pour se dire de belles choses. Et là, elle a lancé : « Je vous aime, mais là, allez-vous-en ! Fêtez Noël et laissez-moi mourir. » Avec le recul, j’ai trouvé ça beau qu’elle ait exprimé ça. C’était un cadeau. Elle nous encourageait à profiter de la vie sans culpabilité.

Je me sens privilégiée…
D’être aimée. Mes parents me le disaient, mes fils me le disent, mon chum me le dit encore après 30 ans. Je trouve que c’est un privilège extraordinaire.

 

Johane Despins reprend la barre de L’épicerie, les mercredis à 19h30, à compter du 14 septembre 2022, en compagnie d’une nouvelle coanimatrice, Myriam Fehmiu.

 

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