Culture

Tête-à-tête avec Luce Dufault

Depuis qu’on l’a découverte dans Starmania, il y aura bientôt 30 ans, la lumineuse Luce Dufault jouit d’une cote d’amour qui semble inépuisable. Interprète hors pair, elle charme par son authenticité et l’impression de liberté qu’elle dégage.

Luce Dufault

Photo : Jean-Marie Zucchini

Trois mots qui me définissent
Intègre, passionnée… et décousue! [Rires] Moi, quand j’aime pas un boute, j’le coupe. Que ce soit un vêtement que j’achète auquel j’ai envie d’enlever une partie, ou une chose du show-business à laquelle je ne veux pas adhérer, mes ciseaux ne sont pas bien loin. Je pense qu’on peut toujours dire non sans blesser personne. Plus les années passent, plus je suis capable de couper.

Si je n’avais pas été une artiste…
Plus jeune, avant de me rendre compte que j’étais pourrie en sciences, je voulais être vétérinaire pour être constamment entourée d’animaux. Je ne changerais pas de métier, mais je confirme que, si j’habitais à la campagne, j’aurais beaucoup plus que quatre poules! Une vache, un cheval…

On dit souvent de moi que je suis…
Interprète. C’est un mot qui revient souvent, mais sur des tons variés, et avec des qualificatifs qui font toute une différence. Une « grande interprète », une « très grande interprète », « juste une interprète »… Heureusement, on l’entend moins celui-là ! Est-ce qu’on dit ça d’un comédien qui n’écrit pas ses rôles : il est juste un comédien ? À une chanteuse d’opéra qui ne compose pas son aria ?

J’ai besoin de…
Voir l’horizon. Oui, j’apprécie marcher dans le bois, explorer la forêt… Mais j’aimerais mieux être sur le bord de l’eau ou voir un champ que d’habiter dans le bois. J’ai trop besoin de lumière tout le temps.

Un parfum dont je raffole
Quand j’étends mon linge sur la corde, je le sens avant de l’épingler, puis avant de le déposer dans le panier. Je suis allée me promener récemment sur le bord du fleuve, à La Malbaie et aux Grandes-Bergeronnes. Cette odeur de marée basse me fait tellement de bien. Je la mettrais en pot !

Le film qui a changé ma vie
Hair (Miloš Forman, 1979), dont j’intégrais même les chansons dans mes sets de spectacles de bar au début de ma carrière. Je chantais ses grosses ballades, alors que tout le monde était soûl dans le bar et aurait sûrement eu besoin de quelque chose de moins mollo. Mais moi, je m’en foutais. Ce film-là m’a fait rêver : il m’a donné envie de chanter.

Une belle rencontre artistique
La trilogie de David Goudreault, La Bête, m’a happée. Ce qui est spécial, c’est que j’ai rencontré l’homme avant de plonger dans ses écrits. C’est Richard Séguin, avec qui je faisais le spectacle de la fête nationale sur les Plaines, qui avait lancé à David, dans le brouhaha : « Hey, David, je te présente Luce, il faut que tu lui fasses des tounes, ça va être écœurant ! » Et il m’arrive le lendemain avec Débrise-nous, écrite pendant la nuit. Juste pour moi. C’est un texte hallucinant. Nous sommes allés souper ensemble, j’ai appris à connaître l’être extraordinaire, puis j’ai plongé dans sa trilogie qui peut aussi être tellement trash

Le plat que je réussis le mieux
Ça fait 31 ans que je suis avec mon chum, un Marseillais, et c’est lui qui cuisine à la maison. D’ailleurs, quand on s’est rencontrés, il travaillait au restaurant où je chantais. Il avait suggéré aux proprios d’y installer un four à pizza pour faire de la vraie pizza marseillaise. Pour me cruiser, il me préparait des pizzas qui n’étaient pas sur le menu. Par exemple, des pizzas au camembert, t’imagines ? Il m’a eue par le ventre !

Mon dessert de prédilection
Mon fondant au chocolat, avec une cuillerée à soupe de farine dedans. Le reste, c’est du beurre, du chocolat noir et beaucoup d’œufs. Et quand je veux que ça soit vraiment cochon, je fais une croûte de biscuits Graham en dessous, avec une chantilly à la vanille. Ça, c’est pour le jour de l’An… Quand ton foie n’en peut déjà plus, et que tu veux l’achever !

Une région du monde qui m’attire
Je vais en Corse chaque année depuis une trentaine d’années. La maison familiale est à deux kilomètres de la mer, il y a les oliviers en bas… C’est magnifique. Il y aussi le rythme insulaire qui est palpable. Lorsqu’on débarque sur une île, le temps n’est plus le même.

Le livre qui m’a le plus marquée
Je suis une lectrice avec des dispositions plutôt étranges. Soit je suis boulimique, soit je ne lis pas pendant un an. Et ça doit venir me chercher tout de suite, sinon je me sauve. Il pleuvait des oiseaux (Jocelyne Saucier, 2011) : j’étais en train de faire plein de choses dans la maison, j’ai lu une page, et je ne me suis plus relevée.

L’artiste qui m’émeut le plus
Peter Gabriel ! J’avais la chance de le rencontrer, mais je suis partie en courant dès qu’on m’a dit « he’s coming ». J’avais trop peur d’être déçue. Cet artiste a marqué mon adolescence et, encore aujourd’hui, sa voix me ramène à cette époque où j’avais autant de fragilité que d’exaltation.

Un endroit où j’irais vivre demain matin
Notre grande fille Lunou n’habite plus ici, mais notre fils Mika est encore avec nous. C’est sûr que, quand il va partir, la maison sera trop grande pour deux. Actuellement, nous ne sommes pas sur le bord du Richelieu parce que, quand j’étais enceinte de Lunou, j’avais une peur bleue de la noyade. Le terrain de la maison sur laquelle nous avions un œil n’était pas clôturé. Aujourd’hui, je serais prête à aller plus loin en campagne, et près d’un plan d’eau.

J’ai mes meilleures idées…
En marchant dans la nature, en regardant l’horizon, l’eau. Et si j’ai en plus la chance d’être avec les gens que j’aime, c’est le summum. Je me dépose alors complètement.

Un vêtement qui me fait sentir belle
Tous ceux de Marie Saint Pierre, dont je suis fan depuis plus de 20 ans. Je les porte encore, ils ne passent pas de mode, et ils ne me font jamais sentir trop habillée non plus.

Je n’aime pas
Ce qu’on apprend sur les traitements faits aux Autochtones me bouleverse. Et la violence faite aux femmes en général : pourquoi tant de féminicides? Ça me sidère, tout comme le sort réservé à nos aînés. On a trouvé tellement d’argent pour aider les gens à traverser la pandémie… Comment se fait-il qu’on n’en trouve pas pour nos personnes âgées et les organismes qui œuvrent à protéger les femmes ?

 

Luce Dufault présente son spectacle Dire combien je t’aime partout au Québec. Elle repartira en tournée dès la levée des restrictions sanitaires.  lucedufault.com


Cet article est paru dans notre numéro de novembre/décembre.
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