Culture

Vanessa Bell : rencontre avec une plume engagée

Poète, performeuse, autrice et… nageuse en eau froide. Rencontre avec Vanessa Bell, l’une des voix les plus envoûtantes de sa génération.

Vanessa Bell

Vanessa Bell est en train de s’imposer en poésie. (Photo : Perrine Estienne)

Tout en blondeur et en volubilité, Vanessa Bell rayonne sous le soleil du nord de la France. Je la rencontre à la Villa Marguerite Yourcenar, qui accueille les écrivains en Flandre française, terre d’enfance de l’illustre romancière. Vanessa y est invitée en résidence. « C’est l’occasion de vibrer en écho à la fougue, à la cruauté, à l’excitation des premières œuvres de Yourcenar. C’est créer avec le fantôme d’une amie », dit la poète de 37 ans, le regard pétillant.

C’est ici que Vanessa a entamé l’écriture de son premier roman, Unes, qui aborde l’enfermement de la femme dans la maternité. Un sujet de réflexion pour cette mère de trois enfants, malgré tout l’amour qu’elle ressent pour chacun d’eux. Elle savoure d’ailleurs chaque instant de son mois « en solo » à la Villa, gracieuseté d’un partenariat entre l’Union des écrivaines et des écrivains québécois et la Délégation générale du Québec à Paris.

Unes est né sous forme de nouvelle, d’abord publiée en février 2022 dans la revue XYZ. L’autrice a extrapolé la matière pour en faire un roman qui s’annonce puissant : réalisant qu’elle ne possède plus ni son corps, ni son temps, ni son espace, une mère commet un infanticide multiple. Le récit nous transportera au-delà du cercle polaire arctique, où Vanessa s’est découvert une passion pour la nage en eau froide : « une manière de me rappeler que j’ai un corps que je dois habiter. »

Ce projet audacieux a aussi valu à Vanessa une foule de bourses et une sélection, comme première francophone, au programme Rising Stars du Writers’ Trust of Canada. Ces récompenses lui permettront d’écrire à temps plein durant deux ans.

Née à Québec, où elle habite toujours, Vanessa a un parcours peu banal : elle a vécu dans un couvent et œuvré dans une prison pour femmes en Équateur, puis étudié en arts visuels et en littérature avant de bifurquer vers l’intervention en délinquance. Tout ça sans cesser d’écrire. De la poésie, surtout. « C’est ce qui me vient le plus facilement. Peut-être à cause de sa musicalité, de la liberté dans le phrasé, le rythme. »

Engagée dans le rayonnement de la littérature, Vanessa se voit d’abord comme une « passeuse » qui s’emploie à faire connaître le travail des autres. Elle a codirigé l’imposante Anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec 2000-2020. C’est « sur le tard » qu’elle a publié, en 2019, son premier recueil de poésie, De rivières (La Peuplade). Un chant d’amour, de douleur et de colère d’une mère à ses filles portées, mais jamais nées. Des textes envoûtants salués par la critique.

Elle vient de lancer en août Monuments (Noroît), un livre d’artistes, conçu avec son mari, Kéven Tremblay, musicien, et le designer Maxime Rhéault. Ce projet est un « accident de parcours, un accident d’amour », dit-elle. Inspiré d’un voyage à Terre-Neuve, Monuments fera l’objet de performances au festival Québec en toutes lettres (du 14 au 16 octobre 2022) et à la Maison des arts littéraires de Gatineau (9 et 10 décembre 2022).

Livre Monuments

Monuments, par Vanessa Bell et Kéven Tremblay, Noroît, 216 pages.

 

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