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Voyages et escapades

Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques

Il arrive que la seule tâche à accomplir soit de se la couler douce, à contempler les splendeurs tropicales. Halte rédemptrice aux «îles Turquoises», où le luxe se vit pieds nus.
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Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques

Photo: Experience Turks & Caicos

Je m'avance jusqu'à la pointe du Tiki Bar flottant de l’hôtel Ambergris Cay, lové dans un paysage aux horizons déserts, pour jauger la profondeur. Vais-je plonger? L’étendue de mer cristalline, qui laisse voir un fond de sable opalin s’étirant à perte de vue, me le confirme : je peux m’élancer sans crainte. Allez, hop!

Dans ce bassin d’eau tiède, mes tensions s’apaisent. C’est alors que Vanessa, directrice de l’accueil au luxueux complexe, agite les bras pour attirer mon attention. Un requin nage juste à côté de moi. Je suis cuit, me dis-je en sortant de l’eau presto. Vanessa, qui peine à réprimer un fou rire à la vue de mon échappée convulsive, m’assure que les requins-nourrices – nombreux dans l’archipel – se moquent éperdument des mollets humains.

« Les espèces plus menaçantes se tiennent loin des côtes, et, de toute façon, avec la clarté et la faible profondeur de la mer, on les voit venir », précise mon hôtesse. Me voilà rassuré et prêt à replonger dans ces eaux turquoise, qui baignent l’île de Providenciales – point d’arrivée de la plupart des voyageurs –, d’Ambergris Cay ou de South Caicos. Un homme à la mer!

Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques
Photo: Salterra

Presque comme chez soi

Petite leçon d’histoire récente. Dans les années 1970, le Canada a sérieusement envisagé d’annexer ce chapelet de 76 îles (d’appartenance britannique et dont la plupart sont inhabitées) pour en faire sa 11e province. Le projet a été remis à l’ordre du jour à quelques reprises, notamment en 2016 à l’initiative du NPD. En vain. Les Canadiens n’auront pas leur « Hawaï » de sitôt. Quand j’en glisse un mot à mon chauffeur de taxi, il sourit : « On fait presque partie de la même famille. »

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Si le passage de notre hiver presque polaire à cette chaleur moite frôlant les 30 °C est abrupte après un peu plus de quatre heures de vol, l’adaptation, elle, se fait presque instantanément. Je me sens ici chez moi. Malgré la distance, un lien particulier semble m’unir à ces insulaires caribéens. Leur calme, leur retenue, leur gentillesse jamais envahissante… Ici, personne ne m’aborde pour me vendre un chapeau sur la plage, pas même lorsque j’étends ma serviette sur celle de Grace Bay, la plus populaire, dont les kilomètres de sable blanc, d’une beauté rare, invitent à la contemplation.

Peu importe, j’ai beau ne pas avoir besoin d’un pare-soleil, l’envie de faire un peu de lèche-vitrine est plus forte que moi. J’arpente Regent Village et Saltmills Plaza, toujours à Grace Bay, où je découvre des galeries d’art, des bijouteries, des cafés-bars et des boutiques de produits écologiques ou de souvenirs. Chez Potcake Place, organisme communautaire, les amoureux des animaux peuvent emprunter, pendant quelques heures, des chiots sauvés de la rue pour les promener en laisse dans les environs. Ma plus belle prise du jour (hormis un petit labrador de sept mois)? Une chandelle d’Island Organics dont la cire de noix de coco se transforme, une fois fondue, en huile de massage.

La balade m’a ouvert l’appétit. Je monte dans une minifourgonnette en direction de la toute nouvelle station balnéaire South Bank, à une dizaine de minutes de Grace Bay. Des villas contemporaines, des maisons de ville modernes – offertes en location ou détenues par de riches propriétaires étrangers – et un spa élégant bordent le seul lagon des îles dans lequel on peut nager. Avec mes comparses, invités comme moi, je m’installe à deux pas du plan d’eau paisible, au restaurant Lua, pour tremper mes lèvres dans ma première « I-Ain-Ga-Lie », une lager locale dont le nom signifie « je ne vais pas te mentir ». Et je ne vous mentirai pas : jusqu’à maintenant, absolument tout est délicieux ici. Je me délecte surtout de la pizza au homard, cuite au four à bois et garnie de piments calabrais. D’innombrables visiteurs, m’assure-t-on, font des milles en motomarine pour mordre dans sa croûte, à la fois moelleuse et croquante.

Plutôt envie de connecter avec les locaux sans trop dépenser? Une visite au Fish Fry s’impose. Chaque jeudi soir, des dizaines de kiosques servent du poisson fraîchement pêché, du poulet jerk et une spécialité de friture locale, le lambi (un mollusque à la chair ferme et au goût légèrement sucré). On mange, on parle fort, on danse, on s’en retourne repus, le cœur léger et, sans doute, avec une jolie création dénichée à l’un des kiosques tenus par un artisan du coin.

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Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques
Photo: Ambergris Cay

Le grand bleu

Pour un coût raisonnable, on peut passer d’une île à l’autre par la voie maritime. Ces trajets en petit traversier deviennent autant d’occasions d’admirer la faune marine (des requins, comme on le sait déjà, mais aussi des baleines, présentes pendant la saison de reproduction, de janvier à avril). Manque de temps? Des transporteurs aériens locaux, dont plusieurs utilisent de petits appareils non climatisés, assurent la liaison entre la plupart des îles.

C’est le moyen de transport que j’emprunte, non sans une certaine appréhension, pour atteindre South Caicos. Assis dans un siège bancal, à moins d’un mètre du pilote (je pourrais presque toucher le tableau de bord devant lui), je sens mon rythme cardiaque s’accélérer au décollage. Puis, la vue m’apaise. Sous mes yeux, une nappe d’eau turquoise qui semble infinie et dans laquelle je peux apercevoir les plus grands poissons et, au passage, l’ancienne résidence de vacances du chanteur Prince, dont la cour est toujours peinte en mauve, sa couleur fétiche.

À mon arrivée à South Caicos, je suis charmé : des ânes sauvages broutent en bordure des routes. Introduits par les colons au 17e siècle pour faciliter le commerce du sel – l’or blanc des îles Turques et Caïques –, ces bêtes de somme ont été abandonnées à leur sort après la mécanisation du transport et ont continué de se reproduire.

Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques
Photo: Salterra

Je m’installe au chic complexe hôtelier Salterra. Inauguré en 2025, le site immaculé comprenant 100 chambres et suites, toutes ouvertes sur l’océan, permet de goûter, l’espace de quelques jours, à une vie de pacha. Vaste spa avec douches glacées – salvatrices par grandes chaleurs –, transats matelassés, zone réservée aux enfants et restaurants de choix pour se régaler des délices locaux. Mon préféré : le Brine, qui sert un menu spécial s’articulant autour de la ressource première de l’île : le sel.

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Majoritairement alimenté par l’énergie solaire – les surplus d’électricité sont partagés avec les habitants –, l’hôtel est loin d’être le seul à mettre les bouchées doubles pour verdir l’archipel. « Nous travaillons fort pour être plus écoresponsables, tout en continuant de promouvoir le tourisme [de] », plaide Paul Pennicook, directeur général intérimaire d’Experience Turks & Caicos. « Notre gestion des déchets s’améliore, notre production d’énergie renouvelable aussi, et nous protégeons nos récifs coralliens comme jamais auparavant. »

Les îles Turques et Caïques recèlent d’innombrables coraux multicolores devant lesquels se pâmer. L’archipel abrite l’un des plus grands écosystèmes marins au monde, avec une barrière s’étendant sur plus de 540 km. Le Reef Fund, organisme à but non lucratif qui me reçoit dans ses bureaux de Providenciales remplis d’aquariums, en assure la préservation. « Nous restaurons les écosystèmes, notamment en multipliant [en] des espèces menacées, afin que les prochaines générations puissent en profiter », précise sa directrice, Alizee.

Lors d’une excursion au large du parc national Admiral Cockburn, à South Caicos, je peux observer de jolis spécimens coralliens et manipuler, avec délicatesse, quelques étoiles de mer, dont les ventouses s’agrippent plus fermement à ma main que je ne l’aurais souhaité. Mes guides me recommandent aussi, pour en avoir plein la vue sous l’eau, le parc national marin de West Caicos, ou « le Mur » de Grand Turk. Ce sera pour une prochaine fois.

Le luxe de ralentir aux Îles Turques-et-Caïques
Photo: South Bank

Un dernier privilège

Sous un soleil de plomb, mon séjour s’achève sur l’île privée du tout-inclus Ambergris Cay. Ici, place aux villas ultra-intimes d’une fabuleuse opulence et aux bungalows douillets disséminés en bordure de mer. Toutes les installations sont accessibles en voiturettes de golf, fournies avec le séjour, tout comme l’avion privé pour accéder à l’île. Et les parties de pêche guidées. Et les cours de tennis. Et les tours de bateau au coucher du soleil. Vous l’aurez compris, la formule est onéreuse (à compter de 3000 $ la nuit). Certaines résidences ont même droit à un chef privé. Ou à deux, comme dans le Dream Estate (où j’ai eu la chance de séjourner) comprenant 10 suites. Rien que ça!

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Si la clientèle est majoritairement aisée, ou composée de voyageurs venus pour une occasion spéciale, ici, les frontières entre les classes sociales s’estompent, comme partout aux îles Turques et Caïques, d’ailleurs. Personne n’enfile de robe de gala pour aller souper. On se rencontre en sandales, dans une ambiance ouatée et sans façon. Et c’est sans doute cela, plus encore que le luxe, qui donne envie d’y retourner, encore et encore.

À prix doux

Pour jouir de cette destination de luxe sans casser votre petit cochon, mettez le cap sur les îles Grand Turk – où se trouve la capitale, Cockburn Town – ou North Caicos, et envisagez la basse saison, de la fin août au début novembre. Plusieurs plages paradisiaques, dont Grace Bay, Taylor Bay, Leeward Beach, Mudjin Harbor et Governor’s Beach sont, par ailleurs, accessibles gratuitement toute l’année.


Notre journaliste était l’invité d’Experience Turks & Caicos, qui n’a eu aucun droit de regard sur le contenu du reportage. Il a voyagé avec Air Canada, qui propose des vols directs de Montréal vers l’Aéroport international de Providenciales.

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Philippe a été rédacteur en chef adjoint chez Châtelaine de 2023 à 2026 et signait l'infolettre stylée C'est extra. Il a travaillé au sein de médias d'information - La Presse, HuffPost, Métro, L'actualité - comme journaliste et directeur multiplateforme. Il se spécialise dans la couverture des enjeux sociaux, des tendances beauté, de la gastronomie, du voyage et du style. Lauréat du prix Lizette-Gervais de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), il allie professionnalisme et personnalité dans tout ce qu’il écrit. Vous risquez fort de le croiser dans un nouveau restaurant montréalais.

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