Londres, mon (ex) amour

Montréalaise, notre collaboratrice vit à Londres depuis sept ans. Elle nous raconte son histoire d’amour avec cette ville. Pourquoi elle l’a choisie, comment elle l’a aimée. Et pourquoi elle la quitte.

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C’est la faute à Dave Gahan, chanteur de Depeche Mode, et à son pantalon de cuir noir. Je me souviens encore de mon émoi d’adolescente, hypnotisée par ses déhanchements alors qu’il chantait Strangelove aux MTV Video Music Awards. C’était en 1988 ou 1989. « Will you give it to me? » Oui, Dave, tout ce que tu veux! Je suis tombée amoureuse de l’Angleterre avant même d’y avoir mis les pieds.

En mai 2005, je déposais mes valises à Stratford, quartier défavorisé où se tiennent les Jeux olympiques. Du coup, ma qualité de vie a sombré dans des profondeurs abyssales. Chères Québécoises, n’oubliez jamais ceci : vous vivez dans la ouate ! Ce voile diaphane, je l’ai retiré de mes yeux et le monde entier s’est révélé à moi.

Bien sûr, vivre à Londres, c’est courir la chance de siroter un thé à l’une des quatre traditionnelles garden-partys de Sa Majesté la reine en écoutant Arcade Fire répéter pour un concert qu’on verra le lendemain à Hyde Park. C’est admirer le plus grand nombre de toiles de Léonard de Vinci réunies sous un même toit. C’est être capable de reconnaître dans la rue, d’un simple coup d’œil, les Italiens, les Espagnols, les Polonais, les Chinois et les Somaliens. Mais c’est aussi vivre dans un sous-marin, sous des kilomètres de nuages sans fin, et donc se précipiter dehors à la moindre éclaircie.

J’ai appris mon métier de correspondante au rythme des attaques terroristes, des procès de parias et de héros, des assassinats d’anciens agents du KGB, des scan-dales politiques et des extravagances royales.

Londres, ma vieille amie, il est temps pour moi de te dire adieu. Tu auras eu ma peau avant que j’aie réussi à percer ton mystère. Merci de m’avoir donné confiance en moi, en mes moyens, en l’humanité. Je te quitte sans regrets pour le pays qui a fondé le mouvement de la lenteur (phénomène Slow Movement) et qui célèbre la simplicité, pour ne pas dire la paresse volontaire. Après sept ans de survie, à nourrir mon cerveau, je suis prête à me nourrir le coeur. À moi, la dolce vita. Rome, me voici!

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