Voyages et escapades

Voyage à Washington

Histoire, technologie, arts, nature, l’élégante Washington offre plein de découvertes à prix raisonnables et séduit même les enfants !

Demain, à l’aube, nous partons pour Washington DC. Ce voyage s’impose pour nos deux enfants, 10 et 13 ans, qui connaissent peu les États-Unis. Ça manque à leur éducation ! La capitale est une formidable introduction à l’histoire américaine, une sorte de condensé du pays et une vitrine, aussi, dans laquelle nos voisins étalent ce qu’ils sont et ce qu’ils savent.


 


La Maison-Blanche

VENDREDI

On arrive à la nuit tombée après 12 heures de voiture (1 000 km). Les enfants somnolent. J’attire leur attention sur le Capitole, qui trône tout éclairé sur sa colline. Sur Constitution Avenue, nous longeons le National Mall, un parc qui s’étend sur 5 km, du Capitole jusqu’au fleuve Potomac. Les splendides façades des musées nous font de l’œil… C’est le moment d’annoncer le programme aux enfants : visites de musées et marche à pied. Indignés, nos chérubins, qui exècrent ces deux activités, sont soudain bien réveillés !


 


Le Capitole

Aubaine culturelle inouïe, à Washington, les musées sont gratuits. Du moins, ceux que chapeaute l’institut Smithsonian, une institution philanthropique qui promeut l’éducation et la recherche et est à la tête du plus grand complexe muséal au monde. Imaginez : un zoo et 19 musées d’art et de sciences abritant 137 millions d’artefacts.

Nous nous installons au pratique et économique Virginian Suites, en Virginie, de l’autre côté du Potomac. Notre nid spacieux avec cuisinette est à moins de 30 minutes du National Mall en métro.

SAMEDI

On fait la queue pendant une demi-heure pour monter en ascenseur au sommet du Old Post Office Pavilion. Il s’agit du tout premier gratte-ciel de Washington (et l’un des rares puisque toute construction de plus de 13 étages y est interdite). D’en haut, la vue est décevante. Washington, avec ses 600 000 habitants et son relief paisible, prend les allures d’une bourgade.


 


Washington Circle

C’est à pied qu’on apprend à l’aimer. À pied qu’on goûte sa lumière, magnifique sur le blanc de ses immeubles à l’architecture néoclassique et sur le vert de ses nombreux parcs. Le plan de la ville est d’une géniale simplicité : rues en damier et belles avenues larges qui débouchent sur des places circulaires – Washington Circle, Logan Circle, Dupont Circle – ornées de fontaines et de statues. Époustouflante d’élégance, la capitale.

En route pour le musée de l’espionnage, nous croisons le Ford’s Theater, où le président Abraham Lincoln a été assassiné.


 


International Spy Museum

L’International Spy Museum n’étant pas dans le giron du Smithsonian, il faut payer 66 $ pour une famille de quatre. Cet antre de l’espionnage propose plein d’anecdotes et de renseignements en plus de présenter la quincaillerie du parfait espion à travers les âges.

Notre James Bond maison s’est procuré deux billets pour Operation Spy, « mission » consistant à retrouver, en compagnie d’autres espions (lire : une quinzaine de touristes excités), un détonateur nucléaire volé à Kandahar ! Père et fils sortiront enchantés de l’aventure.


 


National Portrait Gallery

Pendant ce temps, j’entraîne ma fille en face, à la National Portrait Gallery. Je déambule parmi les portraits (plus de 1 300) de gens qui ont façonné l’histoire. Ma fille lit, affalée dans un fauteuil. Joli tableau en soi que sa fille lisant au musée. Coup de cœur : la splendide cour intérieure. C’est là que nos deux espions nous rejoindront.

DIMANCHE

La journée commence par une épreuve pour mes enfants : une initiation à l’art moderne et contemporain. J’y tiens. Je considère qu’il n’y a pas meilleur endroit qu’un jardin pour apprécier la sculpture. Et quel jardin que celui du musée Hirshhorn ! Mais mes enfants ne veulent rien savoir. Exaspérée, je menace de les priver de lunch s’ils ne se donnent pas la peine de regarder les œuvres qui se dressent devant eux. Ils maugréent, nous suivent et… la magie opère. Mon fils tombe en arrêt devant une gomme à effacer géante et colorée. La pièce est plantée dans l’herbe par un miracle d’ingéniosité et d’ingénierie. Plus loin, un lièvre réfléchit sur sa roche, parodiant le Penseur de Rodin.


 


Lièvre parodiant le Penseur de Rodin, dans le jardin du musée Hirshhorn.

Pour pénétrer à l’intérieur de la Maison- Blanche, il faut réclamer des laissez- passer auprès de son ambassade plusieurs mois à l’avance. Comme mes démarches en ce sens ont été vaines, nous nous contentons de l’observer à distance, nous fondant dans la foule tranquille des badauds qui prennent des photos le long des clôtures métalliques érigées à environ un kilomètre de la demeure présidentielle.


 


Washington Monument

La visite du National Mall, incontournable quand on passe à Washington, est une expérience impressionnante. Les monuments commémoratifs disséminés dans cet immense parc en sont l’attrait principal. Leur démesure laisse pantois. Le Jefferson Memorial est une rotonde de marbre blanc surmontée d’un dôme. Le Washington Monument est un obélisque égyptien de 167 m de hauteur. Le Lincoln Memorial est un temple de style grec. Ils sont fous, ces Américains !

Nous suivons Ben, notre guide, un rouquin verbomoteur qui, avec un copain, a fondé DC By Foot (DC à pied). Ses visites, gratuites, se déroulent en anglais, mais Ben gesticule tant et si bien que les enfants rigolent même s’ils en perdent des bouts.


 


Vietnam Memorial

Personne cependant ne rigole au pied du Vietnam Veterans Memorial. Sur ce long mur de granit noir sont gravés les noms des 58 249 soldats américains ayant péri dans la guerre du Vietnam. Le mur s’enfonce progressivement dans le sol, telle une fracture ou une tranchée. Les visiteurs l’effleurent du bout des doigts dans un murmure recueilli. Impressionnée, ma fille glisse sa main dans la mienne. Je sonde ses impressions : elle s’imagine qu’on a enterré ces milliers de soldats sous le mémorial. Ce n’est pas le cas.


 


Mémorial dédié aux vétérans de la guerre de Corée.

Le papa veut poursuivre la visite guidée jusqu’au mémorial dédié aux vétérans de la guerre de Corée (d’imposantes statues de soldats en acier). La maman a un projet : trouver la plaque qui désigne l’endroit précis où Martin Luther King a prononcé son fameux discours, « I have a dream… », en 1963, moment culminant de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-Américains. La plaque se trouve dans la volée de marches menant au Lincoln Memorial. Les enfants sont éreintés. Nous nous séparons donc momentanément. Ils choient au pied des marches, le regard perdu sur le Reflecting Pond, ce splendide étang si caractéristique du National Mall.

J’entreprends mon escalade. La plaque est toute petite mais, de ce promontoire, la vue est imprenable. Un garde national à cheval gravit les marches, cloc, cloc, cloc, sous un soleil étincelant. Je suis émue.

LUNDI

Dans l’immense hall du National Museum of Natural History, nos garnements braillent que ce voyage tout en musées n’est pas pour eux. Pourtant, autour de nous, il n’y a que ça, des parents et des enfants.

Le must de ce musée d’histoire naturelle ? Les dinosaures. Loin d’être un symbole d’échec et d’extinction, ces bêtes constituent au contraire un exemple frappant d’adaptation : ils ont régné pendant plus de 150 millions d’années et ont donné naissance aux oiseaux.

Dans la salle qui leur est consacrée, d’inquiétants mastodontes griffus sont suspendus au plafond. Certains sont des moulages de spécimens qu’on conserve ailleurs par précaution.

On file ensuite vers le National Air and Space Museum. On s’extasie devant Mercury Friendship 7, cette espèce de boîte de conserve géante dans laquelle l’astronaute américain John H. Glenn a fait trois fois le tour de la Terre dans l’espace.

Fiston s’engouffre dans un simulateur de vol avec son père. Cette aventure de six minutes pile permet à Senior de piloter un chasseur à réaction pendant que Junior abat des cibles comme un conquérant implacable. Notre adolescent en ressort tout sourire. Il commence sérieusement à aimer Washington…

MARDI


 

Au zoo, la famille exulte. Des fourmis jusqu’aux pandas, ce parc de 163 acres permet aux visiteurs non seulement d’admirer les animaux mais aussi de comprendre leur rôle dans la nature. Dans l’espace des primates, un gorille femelle observe les visiteurs avec tant de perspicacité que j’en viens à me demander qui, d’elle ou de nous, est en montre !

MERCREDI

L’hôtel est à deux pas du cimetière d’Arlington et du Pentagone. Dans le cimetière, des croix blanches par milliers et plus de 300 000 dépouilles dont celle de John F. Kennedy. Au Pentagone, siège de la Défense américaine, 23 000 employés, une ville en soi. Sauf qu’on n’a pas le temps de visiter, il faut partir. Au retour, nos enfants donneront une note de 8 1/2 sur 10 à leur périple… qui pourtant ne leur disait rien au départ.

Dangereuse, Washington ?


 

Au début des années 1990, la réponse était oui. Maintenant… ça dépend. Par exemple, le Southeast, à un jet de pierre du Capitole, jadis déconseillé aux touristes, accueille un stade de baseball tout neuf. On recommande aux visiteurs de s’en tenir au secteur Northwest, où évolue le jour un mélange hétéroclite de fonctionnaires, de congressistes et de touristes. Sans oublier l’élite politique. C’est là également que sont concentrées la plupart des attractions touristiques. Quant au métro, propre et efficace, on peut l’emprunter le soir sans problème.