Blogue de la rédac

Comprendre l'insomniaque

Le journal d'une insomnie collective.

Connaissez-vous la réalité des insomniaques, ces êtres cernés et toujours fatigués? Les statistiques indiquent que « 80% d’entre eux sont rongés par l’anxiété, l’angoisse, la peur et le stress ». Le manque de sommeil modifie le rapport à la vie et aux autres.  Marie-Renée Lavoie le décrit très bien dans son récent roman  Le syndrome de la vis (qui a reçu beaucoup d’éloges, avis aux intéressées).

J’ai déjà souffert d’insomnie. Lorsque je ne dormais pas, j’étais comme en retrait dans une épaisse bulle de brouillard, un peu en décalage avec mon entourage. Je fonctionnais comme un robot et gardais mes minces réserves d’énergie pour l’essentiel : mon fils et le boulot. La simple perspective d’un souper entre amis ou d’une sortie suscitait plus d’angoisse que d’enthousiasme.  L’insomniaque ne vit pas, il survit. Son système nerveux, surexploité, est toujours sur le point de craquer. Mais il s’accroche, parce qu’il le faut bien. Ajoutez à l’insomnie un événement difficile comme un divorce, un souci financier ou un deuil, et le terrain devient fertile pour vous taper un épuisement majeur. Mais sachez que les insomniaques ne sont pas du genre à demeurer passifs et à s’apitoyer sur leur sort. Oh que non! Ils sont prêts à tout essayer et dépensent parfois beaucoup d’argent et d’énergie pour arriver à dormir.

Dessin tiré de la production du Journal d’une insomnie collective – ONF

 

Les somnifères?  Les médecins, du haut de leur savoir, et souvent insensibles à la souffrance de l’insomniaque, les prescrivent mécaniquement. Ces petites pilules rendent accro et bousillent la vivacité d’esprit. Rien de mieux qu’un bon somnifère pour s’embrouiller le cerveau d’aplomb.  Les médecines alternatives? On vous conseillera la valériane, les tisanes de mélisse, de camomille, les gouttes homéopathiques,  les cd de relaxation, de méditation, et quoi encore… Les thérapeutes sont toujours très enthousiastes et confiants qu’ils vont réussir à vous faire dormir. On réalise vite qu’ils sont complètement dans le champ malgré leurs bonnes intentions! C’est un c’est un peu comme si on équipait nos soldats de fusils à eau pour aller combattre les Talibans! Ah, et il y a les amis zen qui vous proposent, pour bien faire, l’approche « focus sur le moment présent », le « ici et maintenant » qui selon eux est une panacée. Tu dors pas? N’y pense pas, vis le moment présent, ça ira mieux. Ben oui chose… La preuve que celui qui dort comme un loir ne comprend rien à l’insomnie.

C’est justement ce mur d’incompréhension qui a amené l’ONF à créer un web-documentaire interactif  qui aborde l’insomnie non pas sous un angle clinique ou médical, mais d’un point de vue humain et personnel.  « 90% de l’insomnie est liée au stress et à l’angoisse. Ça en dit beaucoup sur notre société » explique le producteur et idéateur du projet Hugues Sweeney .

Le journal d’une insomnie collective s’adresse à tous ceux qui vivent l’insomnie, qui l’ont déjà vécue ou qui côtoient de près ou de loin un insomniaque. Les insomniaques ont jusqu’au 2 mars pour répondre en ligne à un questionnaire sur l’insomnie : ils peuvent s’exprimer avec les mots ou par le dessin. Ces témoignages serviront de matériau de base à la création du documentaire. Par ailleurs, dès le printemps, vous pourrez prendre un rendez-vous  nocturne avec un insomniaque.  Comment ça marche? Durant la nuit, à l’heure convenue, vous vous extirpez de votre lit douillet pour aller à la rencontre « virtuelle » d’un insomniaque, via une capsule vidéo. Vous devenez ainsi « voyeur » en vous immisçant dans son univers intime d’insomniaque tourmenté, tout en expérimentant la privation de sommeil. D’avance, on salue la générosité de ces gens qui auront accepté de de se dévoiler, de se laisser observer dans toute cette vulnérabilité qui les habite.

Le projet n’a aucune ambition thérapeutique. Le but est de questionner l’insomnie dans le contexte de nos sociétés modernes qui carburent au stress et à la performance. Une expérience collective, une réflexion sur ce qui nous empêche tous, à un moment ou à un autre, de dormir.