Blogue de la rédac

De la supériorité morale des femmes

Les hommes posent beaucoup plus de gestes violents que les femmes. Peut-on en conclure que ces dernières ont une meilleure nature?

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Les hommes posent beaucoup plus de gestes violents que les femmes. L’actualité confirme régulièrement la tendance, comme en témoignent les cas récents du « dépeceur » Luka Rocco Magnotta et de Thomas Lubanga, tout juste reconnu coupable de crimes de guerre au Congo.

Au Québec, 91% des prisonniers sont des hommes; 96% des auteurs de crimes sexuels sont des hommes; 81% des agressions conjugales sont dirigées contre une femme (des études font entendre un autre son de cloche, ceci dit). L’homme est d’ailleurs le seul mâle du règne animal à tuer sa partenaire, les autres étant trop préoccupés par la survie de leur espèce pour éliminer des femelles.   

Ces statistiques sont accablantes. Mais peut-on conclure, parce qu’elles utilisent moins leurs poings, que les femmes sont naturellement meilleures sur le plan moral que les hommes? Question provocante posée par le magazine français Philosophie, un mensuel grand public qui traite de sujets passionnants (on peut acheter les articles en ligne, ou se le procurer en librairie et dans les kiosques de magazines au Québec).

Le débat sur la supériorité morale des femmes refait surface à l’heure où celles-ci s’affirment comme jamais dans l’espace public: aux États-Unis, elles sont majoritaires dans les entreprises privées et l’ensemble de leur salaire dépasse celui des hommes, révélait le Time en mars dernier. Au Québec aussi, elles dominent à l’école et dans certains secteurs d’emploi. Cet automne, à l’issue des élections, une femme pourrait même diriger le Québec pour la première fois.

Ces dames feront-elles meilleur usage du pouvoir que les hommes?

Certains pensent que oui, nous apprend la journaliste de Philosophie. Dont le spécialiste en psychologie de l’évolution à l’université de Harvard, Steven Pinker, qui estime que si les femmes prenaient des décisions d’ordre militaire, il y aurait « moins de guerres idiotes » menées par vengeance ou par orgueil. Il observe aussi que les pays où les femmes ont conquis l’égalité sont plus pacifiques. En outre, l’économie y est plus florissante, selon le magazine The Atlantic.

Le « Care », un mouvement né aux États-Unis il y a 20 ans, promeut d’ailleurs la montée des valeurs soit-disant féminines dans la société, tels que la négociation, l’empathie, le souci d’autrui et de la planète, afin de faire contrepoids à la morale dominante dite masculine, basée sur la justice (i.e. règle, droit, devoir).

Mais d’autres experts mettent à mal cette perception, révèle Philosophie. D’abord, les expériences en psychologie sociale prouvent que les femmes sont capables d’autant de dureté que les hommes lorsqu’elles sont en position d’infliger des sévices. Rappelons que dans les camps de concentration nazis, les gardiennes SS ne donnaient pas leur place au rayon de la cruauté, le cas le plus célèbre étant Irma Grese, surnommée la « hyène de Belsen » tant elle était immonde envers les captifs.   

Aussi, les études en neurobiologie démontrent que les différences observées entre deux cerveaux ne dépendent pas du sexe des individus, mais de leur environnement et de leurs expériences.

Pour citer l’anthropologue française Françoise Héritier, « aucune valeur spontanée naturelle n’échoit à un sexe plus qu’à un autre. Il n’existe que des valeurs attendues que l’on cultive dès la naissance dans l’un ou l’autre sexe. Les femmes ne sont pas moralement meilleures. Quand on remarque leurs capacités d’empathie, d’oubli de soi et de souci des autres, elles sont seulement dans leur rôle assigné. Ces qualités sont peut-être plus profitables au monde, mais ça n’a rien à voir avec la moralité des femmes! »

On peut d’ailleurs se demander si les femmes auraient été plus agressives physiquement si elles avaient eu la même force musculaire que les gars. Il leur reste la violence psychologique, dont on ne saurait sous-estimer les ravages. Notamment au sein des couples. Qui n’a pas au moins une « Lyne la pas fine » dans son entourage? Manipulation, mesquinerie, avarice et malhonnêteté ne sont pas l’apanage des hommes.

Pourtant, on parle peu de la violence des femmes (l’historien français Christophe Regina a consacré un essai à ce tabou l’an dernier). Il y a dix ans, la philosophe et féministe Élisabeth Badinter a osé l’aborder dans son ouvrage Fausse route. Nous invitant à « renoncer à une vision angélique des femmes qui fait pièce à la diabolisation des hommes », elle écrit: « À vouloir ignorer systématiquement la violence et le pouvoir des femmes, à les proclamer constamment opprimées, donc innocentes, on trace en creux le portrait d’une humanité coupée en deux peu conforme à la vérité. D’un côté, les victimes de l’oppression masculine, de l’autre, les bourreaux tout-puissants ». Résultat : elle a perdu le compte des tomates qu’on lui a lancées. Certains l’accusent de traîtrise, allant jusqu’à lui refuser le titre de féministe.

Selon vous, ça existe, une « nature féminine »? Et, si oui, croyez-vous qu’elle soit supérieure à celle des hommes sur le plan moral? Vos commentaires sont les bienvenus, sur le site web ou la page Facebook de Châtelaine.