Blogue de la rédac

Des gourous dont il faut se méfier

Une équipe de journalistes de La Presse a sillonné le Web et visité des gourous en tout genre. Des charlatans qui jonglent avec les chakras, l’équilibre énergétique, les aimants et autres méthodes douteuses.

Shutterstock

Ces jours-ci, je suis avec intérêt une série d’articles sur les gourous dans La Presse. Pendant trois mois, une équipe de journalistes a sillonné le Web et visité « des pseudo-guérisseurs et des gourous en tout genre. » On parle ici d’individus qui se prétendent au-dessus de la médecine et de la science. De « guérisseurs » qui exploitent la vulnérabilité et le portefeuille des gens. De charlatans qui jonglent avec les chakras, l’équilibre énergétique, les aimants et autres méthodes douteuses.

J’ai presque honte de vous raconter l’aventure que j’ai vécue il y a plusieurs années. Plus naïf que ça, tu vénères Raël et tu lui donnes ta chemise.  J’étais jeune, aventureuse, curieuse… et fragile. Psychologiquement amochée. Le poisson tout désigné qui mord sans hésitation à l’hameçon d’une promesse de mieux-être. Mes questions existentielles demeuraient sans réponse et j’avais un immense besoin de comprendre ce que diable je foutais sur la terre. J’étais alors la réceptionniste d’un médecin généraliste, membre en règle du Collège des médecins. Le Dr Tremblay (nom fictif)  n’était pas un médecin comme les autres. Il était aussi thérapeute en musico-chromothérapie, une technique qui consiste (grosso-modo) à  éliminer les blocages énergétiques qui empêchent le développement harmonieux de la personnalité en désencrassant les vortices (sortes de canaux d’énergie). Ayoye! Toutes les semaines, nous étions une dizaine à nous regrouper en cercle autour d’une radio qui jouait de la musique classique dont les cd avaient été magnétisés par le professeur Zébério, le gourou argentin de mon boss, grand maître de la musico-chromothérapie. Tous vêtus de jaquette dont la couleur avait été choisie  par Zébério à partir de l’énergie que dégageait notre photo (de quoi rendre Raël jaloux), nous exécutions docilement les exercices dictés par le Dr Tremblay pour faire pénétrer dans nos vortices bloqués la musique réparatrice. Oh Lord!

Le groupe était composé en grande partie de professionnels jouissant d’un statut social enviable. Comme quoi la souffrance de l’âme touche aussi les plus nantis. Et les gourous l’exploitent très bien. Heureusement qu’il me restait assez de sens critique pour réaliser que je perdais mon temps et le peu d’argent que j’avais. J’ai donc tout arrêté.  Pour sa part, le Dr Tremblay a commencé à intégrer la musico-chromothérapie à sa pratique médicale, dans son cabinet. Des gens, parfois condamnés par une maladie incurable, venaient de loin pour recevoir le traitement du dernier espoir. En plus de présenter leur carte d’assurance-maladie, ils devaient payer une fortune (jusqu’à 300$ par séance). Dr Tremblay leur promettait 80% de chances de réussite! Un jour, le parent d’un patient décédé d’un cancer a porté plainte. Dr Tremblay s’est vu retirer son permis de médecine. C’était il y a fort longtemps. J’ai fait une petite recherche, il a repris sa pratique, tout à fait légalement, après avoir purgé sa peine. Je ne sais pas s’il s’en tient à la médecine traditionnelle ou s’il utilise  d’autres « méthodes ». Inquiétant, non?

Le cas du Dr Tremblay est exceptionnel et je fais confiance à la plupart des médecins que je consulte. Mais je laisse toujours mon sens critique à « on ». Reste que ces gourous minent la crédibilité d’autres professionnels de médecine alternative qui font un travail sérieux, utile et remarquable, comme les ostéopathes, acupuncteurs ou naturopathes.  Malheureusement, il y a aussi, parmi ce groupe, des charlatans.  Espérons que notre système de santé mette sur pied un programme pour reconnaître, réglementer et encadrer ces pratiques afin que l’on puisse départager les arnaqueurs des professionnels et consulter sans crainte de se faire enfirouaper.